Israël-Palestine. Arrêter la spirale de la violence

« Les doux hériteront la terre », dit le psalmiste. Mais c’est une autre histoire que nous raconte l’actualité du Proche Orient. Les appels des chrétiens pour la paix

« Les doux hériteront la terre », dit le psalmiste. Mais c’est une autre histoire que nous raconte l’actualité du Proche Orient.
Violences, vengeances : rien ne semble arrêter la spirale de la haine.
Nous publions ici deux appels de chrétiens pour la paix

 

Qu’exige un temps comme celui que nous vivons ? 

Par le Rev. Dr. Naim Ateek Centre Œcuménique de Théologie de la Libération Sabeel,
Jérusalem 4 juillet 2014

 

Au cours des trois derniers mois, environ 200 détenus administratifs palestiniens ont fait la grève de la faim pour protester contre leur détention sans inculpation ni jugement.

Le 15 mai 2014, le jour de la Nakba, quelques semaines avant l’enlèvement des trois jeunes Israéliens, l’armée israélienne a tué de sang-froid deux jeunes Palestiniens près de Ramallah.

Lundi 30 juin dans la soirée, l’armée israélienne a trouvé les corps des jeunes Israéliens disparus. Mardi matin 1er juillet, l’armée israélienne a tué un jeune Palestinien de 16 ans à Jénine et des colons ont tenté de s’emparer d’un garçon de 9 ans à Beit Hanina, mais il a été secouru par sa mère et des passants. De bonne heure mercredi matin 2 juillet des colons ont enlevé un garçon de 17 ans de Shu’fat, l’ont tué et ont brûlé son corps. En outre, au cours des deux dernières semaines plus de 10 Palestiniens ont été tués par l’armée israélienne, certains d’entre eux très jeunes, plus de 500 ont été mis en détention et des centaines d’autres ont été blessés.

Nous pleurons avec toutes les familles – palestiniennes et israéliennes. Nous condamnons les assassinats que ce soit par l’armée israélienne, les colons dans l’illégalité, les Palestiniens extrémistes ou des suspects inconnus. Nous affirmons le caractère sacré de toute vie humaine, israélienne comme palestinienne, juive comme musulmane, musulmane comme chrétienne.
Pour ceux qui ont des yeux pour voir, tous les assassinats qui ont eu lieu étaient insensés et le principal coupable est le gouvernement de droite israélien. Sa politique a été un refus total de la paix sur la base des exigences du droit international. Il refuse de partager le territoire et d’accepter sur seulement 22 % de la Palestine historique un État palestinien souverain qui souhaite vivre en paix aux côtés d’Israël. Le gouvernement d’Israël pense qu’il peut faire tourner vers le passé les roues de l’histoire pour créer un État ethnico-religieux. Il pense qu’il peut imposer sa volonté aux Palestiniens parce qu’il possède la force militaire et la technologie nécessaires. Cela n’est pas possible. C’est à contre-courant de l’histoire. L’histoire elle-même y est opposée, pas seulement les Palestiniens. L’avenir du monde est à des communautés multiethniques, multiraciales, multireligieuses vivant ensemble. L’histoire est à la diversité et non à l’uniformité. Le gouvernement de droite d’Israël est le coupable. Il est responsable ; il est l’agresseur. Il arrache à la vie des jeunes Israéliens et Palestiniens parce qu’il planifie un déroulement de l’histoire ethnique et raciste insoutenable.

Les gens raisonnables d’Israël, de Palestine et la communauté internationale doivent mettre un terme à cette folie. Il y a longtemps Jésus a dit, citant le psalmiste : « Les doux hériteront la terre ». Les doux sont les gens de la terre et ce sont les Israéliens et les Palestiniens, mais ce ne sont pas les exclusivistes arrogants de ce monde. Les exclusivistes finiront par passer et un jour de nouveaux dirigeants apparaîtront, un Abraham Lincoln israélien ou un De Klerk israélien qui conduira Israël à une paix fondée sur le partage de la terre où toutes les personnes – hommes et femmes, Israélens et Palestiniens – vivront en citoyens égaux dans leur dignité d’êtres humains. Nous appelons nos sœurs et nos frères palestiniens à continuer à résister à tout acte d’injustice par des actions non violentes, nos chefs religieux, musulmans et chrétiens, à élever une voix prophétique contre l’injustice et l’oppression, et l’Autorité Palestinienne à rester ferme dans son engagement pour un gouvernement d’union. Si le gouvernement israélien veut la paix, il lui faut changer. Il doit croire au pouvoir d’une paix fondée sur la justice et l’égalité. En un temps comme celui-ci, les dirigeants israéliens doivent avoir le courage et la volonté de faire ce qui suit :

Prendre conscience que la violence ne peut qu’engendrer la violence et que le désespoir ne peut qu’entraîner des actions désespérées. C’est pourquoi l’État doit arrêter le cycle de la violence et le cycle de la vengeance.

S’attaquer aux causes qui sont à la racine des problèmes : les lois racistes, l’occupation militaire et les colonies illégales.

Mettre un terme à toute punition collective, à tout meurtre arbitraire et à toutes les exécutions extrajudiciaires pour laisser la loi s’appliquer normalement. Il est injuste de punir des personnes innocentes pour les actes de quelques suspects.

Travailler avec les Nations Unies et l’Autorité Palestinienne pour, sur la base du droit international, trouver au conflit une solution qui garantisse les besoins de paix et de sécurité d’Israël et de la Palestine.

Nous déplorons l’inaction des dirigeants du monde face au renforcement de l’occupation. Ils doivent prendre conscience qu’en fin de compte la résolution du conflit exige une intervention extérieure. Les puissances mondiales ont contribué à créer le conflit et c’est aux puissances mondiales d’aider à le résoudre. Pour un temps comme celui-ci, « On t’a fait savoir, homme, ce qui est bien et que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer avec tendresse et de marcher humblement avec ton Dieu. » (Michée 6, 8)

Enregistré par Ranjan Solomon, Forum Œcuménique Palestine Israël
Transmis par Nora Carmi Mouvement Kairos Palestine

 

Message de l’association YWCA Palestine

Chères collègues et amies des organisations de femmes, Nous à l’Association Chrétienne des Jeunes Femmes (YWCA) de Palestine sommes sérieusement inquiètes pour la situation en matière de sécurité à Jérusalem, dans le reste de la Cisjordanie et à Gaza, et les conséquences principalement sur la sécurité des femmes et des enfants. Veuillez voir ci-dessous la déclaration que nous publions. Nous vous demandons de la diffuser en urgence et de la communiquer à vos membres, vos organisations, vos amis… 2014 est l’Année de la Solidarité avec la Palestine… nous vous supplions de vous montrer solidaires des mères, des sœurs, des filles et des enfants de Palestine qui continuent à se battre tous les jours pour protéger leurs familles ! En solidarité YWCA de Palestine le 4 juillet 2014

Au service de la justice ?
Des hélicoptères bourdonnent au-dessus de nos têtes à longueur de journée. Des gaz lacrymogènes empestent l’air autour du camp de réfugiés de Shu’fat alors que des jeunes armés de pierres affrontent les soldats en riposte à de nouveaux meurtres. Près de Beit Hanina les routes sont fermées ou bloquées. « Mort aux Arabes » était le cri de ralliement de milliers de gens dans la rue de Jaffa la nuit dernière, prêts à lyncher après les obsèques des trois jeunes Israéliens trouvés morts le 29 juin. Cela pour couronner l’incendie des maisons des familles de suspects de l’assassinat de Hébron et les bombardements de nuit sur Gaza. Deux jeunes Palestiniens de plus ont été assassinés dans le camp de réfugiés de Shu’fat près de Jérusalem – l’un d’entre eux brûlé à mort. Nous essayons de tenir face à ce tribut de mort pendant le règne de terreur sacralisé par l’État. Des communautés entières sont enfermées ou sous contrôle de l’armée tandis que les autres parmi nous revivent des traumatismes passés ou les souvenirs des intifadas. Le déchaînement d’Israël n’est pas une réponse à la terreur ni une chasse à l’homme militaire dans la mesure où il est aussi le fait de colons paramilitaires qui agissent et tuent en toute impunité. Les Nations Unies exigent des preuves que les prétendus suspects ont commis le crime ou ont des liens avec le Hamas qui n’a pas revendiqué les meurtres. Le 2 juillet Amnesty International a condamné le recours par Israël à des sanctions collectives contre les Palestiniens. « Israël ne servira pas la justice en imposant des sanctions collectives aux Palestiniens ni en commettant d’autres violations des droits des Palestiniens » a déclaré le mouvement.

Alors comment servir la justice ?
Ce serait de protéger les droits de tous en particulier des plus vulnérables comme nos enfants car toute vie est précieuse. D’après le Middle East Monitor et le ministre palestinien de l’information, 1.518 enfants ont été tués entre l’an 2000 (le début de la seconde intifada) et 2013. Cela fait un enfant palestinien tué par Israël tous les trois jours pendant près de 13 ans. Le ministre a ajouté que depuis l’an 2000, près de 6.000 enfants ont été blessés et 9.000 enfants palestiniens arrêtés. On ne devrait jamais fermer les yeux sur la violence visant des civils désarmés et des chefs de gouvernement ne devraient jamais y faire appel. La justice ne consisterait pas seulement à condamner Israël mais aussi à le tenir pour responsable au regard du droit international et des droits humains par tous les moyens légaux. 2014 est l’année de la solidarité avec la Palestine. La solidarité implique prière et action. « Aucun État ni aucun peuple, indépendamment de leur histoire, ne peut se voir exempté quand il s’agit de respecter le droit international et les droits humains. Justice et sécurité sont les deux faces de la même pièce. La sécurité d’Israël ne pourra jamais servir d’excuse à la violation des droits humains ou au refus de la justice au peuple palestinien. » (Jeremy Corbynn, « Qui pleure sur les Palestiniens ? ») Nous vous appelons à vous tenir solidaire de la Palestine.

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