Itinéraire d’un premier communiant

A l’ombre de la Tour Saint-Jacques, enfant, il habitait 11 rue Saint-Martin. C’est en juin 1911 qu’il faisait sa première communion à Saint-Merry. Il avait nom Robert Desnos ! Un poète qui rejoindra l’armée des ombres.

« Poétiser », la chose la plus importante, disait Hölderlin. De fait, depuis toujours les poètes ont existé et tous les pouvoirs totalitaires ont constamment tenté de les faire taire.

« Dieu, le fracas que fait un poète qu’on tue » écrivait Aragon.

Desnos saura anticiper car pour lui « ce n’est pas la poésie qui doit être libre, c’est le poète » : dès 1936, il rejoindra le comité de vigilance des intellectuels, antifascistes.

Cela n’empêchera pas la « bête immonde » de submerger le continent et cela le mènera jusqu’à la mort en déportation.

Merveilleux le poète qui nous fait rêver tout en nous mettant Debout ! Comme le dit Marie-José Chombart de Lauwe, une rescapée des camps qui vient de fêter ses 91 ans « il y a aujourd’hui des signaux d’alerte, mais je crois qu’il y aura toujours des hommes capables de se lever pour modifier le cours des choses ».

Sans doute un soir de découragement, Desnos a pu écrire : « L’oiseau…a perdu sa clef, sa clef des champs, sa clef de voûte. Voilà pourquoi il ne chante plus ».

Comme en écho, Aragon magnifié par Jean Ferrat lui répondra un jour rejoignant son rêve de premier communiant :

« Un jour pourtant, un jour viendra couleur d’orange…un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront, un jour comme un oiseau sur la plus haute branche ».

 Jean-Marc Lavallart