Jacques Noyer, sourcier de l’espérance

L’ancien évêque d’Amiens est mort le 2 juin, à l’âge de 93 ans. Il a été pendant toute sa vie un extraordinaire sourcier de l’amour et de l’espérance. Les témoignages de Jacques Debouverie et d’un ami.

Jacques Noyer est décédé le mardi 2 juin 2020 à l’âge de 93 ans. Ordonné prêtre en 1950, il fut évêque d’Amiens de 1987 à 2003, et membre du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement de 1995 à 2004. Certaines de ses prises de position inattendues l’avaient classé atypique et iconoclaste dans la hiérarchie de l’Église. Il avait appelé à faire barrage au Front National en 2002, il prônait le dialogue avec tous les cultes et avec les athées, et il s’était insurgé devant la « croisade anti Islam » d’un de ses curés. Il a proposé audacieusement des responsabilités importantes aux laïcs dans la vie diocésaine. Il désirait une Église grande ouverte sur le monde. Il s’intéressait aux médias et ses derniers livres s’intitulaient « Libres pensées d’un cyber-évêque » (2017) et « Dire Dieu autrement » (2016).
J’ai croisé à plusieurs reprises Jacques Noyer, notamment chez lui au Touquet dans sa maison nommée « Pentecôte ». Cet homme m’impressionnait par son ouverture d’esprit remarquable, sa qualité d’écoute, sa façon incomparable de mettre en confiance sans chercher à en imposer, sa chaude voix. Il n’aimait pas les pompes de l’Église, il préférait le dialogue avec les gens simples et déshérités, les chercheurs de sens au cœur de l’humanité. Une grande voix pour notre Église.

Jacques Debouverie

Le témoignage d’un ami

Jacques Noyer

Jacques Noyer nous a quittés ce matin… Après un accroc récent à l’Ascension, il était revenu chez lui libéré par l’hôpital de Boulogne. Grand Jacques était un merveilleux Monsieur, déroutant, imprévisible parfois, mais toujours cet extraordinaire sourcier de l’amour dont les hommes ont besoin et qu’il débusquait dans chaque signe des temps. Chacun de nous va pouvoir revendiquer la relation particulière qu’il savait entretenir avec chacun d’entre nous. C’était cela le charisme du berger (son image favorite pour qualifier la mission de l’évêque qu’il fut).
Il connaissait chacun de nous par son nom et l’aimait d’une spéciale affection. Sa haute silhouette, sa chevelure magnifique étaient le repère de tous, son panache blanc ! 
Nous sommes tristes aujourd’hui à la pensée de ne plus pouvoir aller au devant de lui recevoir sourire et bras ouverts… 
À jamais Merci de tout cœur au vieux noyer dont les murmures savaient si bien éveiller en nous le désir d’aimer… Merci de rester en nos cœurs et à nos côtés… 
2 juin 2020

Habiter Dieu
de Jacques Noyer

Si je me tourne vers la mer, j’aime souhaiter 
aux vagues, une large frange d’écumes
aux mouettes, des espaces où glisse leur vol
aux dunes, des oyats échevelés
au sable, un soleil pour égayer ses marées basses…
Mais si je me tourne vers la terre, je veux souhaiter
aux anciens, un corps assez souple pour qu’on l’oublie
ou mieux, un regard perçant pour voir au travers !
aux jeunes, une société accueillante et confortable
ou mieux, une énergie assez patiente pour en transformer le paysage !
aux pères et mères de famille, une maison de joies et de rires
ou mieux, une espérance assez forte pour toujours garder la porte ouverte !
aux amoureux, des yeux pleins d’oiseaux et de fleurs
ou mieux, un dialogue qui permette à chacun de s’approcher de l’autre
aux malades, la bonne nouvelle d’une guérison prochaine
ou mieux, la découverte du secret de leur utilité
aux chômeurs, la fin de la crise et une embauche rapide
ou mieux, le combat solidaire qui refuse le chacun pour soi !
aux marins-pêcheurs, une mer sans traquenard et du poisson bien payé
ou mieux, le courage dans la tempête et la passion du métier !
aux commerçants, des clients qui emplissent leur caisse
ou mieux, la gentillesse et la compétence qui donneront renom à leur enseigne !
aux politiques, des bons sondages et des urnes pleines
ou mieux, l’écoute et l’imagination pour inventer des chemins nouveaux !
à l’Eglise, des prêtres dynamiques, des laïcs militants et des foules ferventes
ou mieux, des communautés vivantes pour proclamer l’évangile et lui seul !
à tous, à vous, à moi, aux autres, aux vôtres, aux miens, je souhaite 
peut-être de recevoir mais surtout de créer
peut-être d’avoir mais surtout d’être plus
d’exister davantage, de vivre plus profond, de voir plus loin, de respirer le ciel
Je vous souhaite d’habiter Dieu !

Je crois
de Jacques Noyer

Je sais que beaucoup d’hommes vivent sans espérance,
et je crois pourtant que Dieu ne désespère d’aucun d’eux.

Je sais que le monde est imparfait, ingrat et cruel,
et je crois pourtant que Dieu compte sur nous
pour le rendre habitable.

Je sais que dans tout homme se cachent
des réserves insoupçonnées de cruauté,
et je crois pourtant que l’Esprit Saint
peut le rendre capable d’aimer.

Je sais que notre liberté est souvent illusion
et nos pouvoirs minuscules,
et je crois pourtant que rien n’est fatal,
surtout pas le sens des choses.

Je sais que la mort a toujours le dernier mot,
et je crois pourtant que le cœur de Dieu
ne laisse perdre aucun moment de vie.

Je sais que ma vie est celle d’un pécheur :
je ne compte pas sur ma vertu,
et je crois pourtant que Jésus
m’ouvrira le pardon de Dieu.

Je sais que les hommes naissent
dans une culture, une histoire, une religion,
et je crois pourtant que l’amour
a quelque chose d’éternel.

Je sais que ce que je sais du monde n’est presque rien,
et je crois pourtant que je sais l’essentiel
quand je dis en Église :
je crois en Dieu le Père tout puissant,
Créateur du ciel et de la terre.

2 commentaires

  • Le Credo de Jacques Noyer que nous avions récité ensemble il y a trois ans avec Jérôme Beau, alors évêque auxiliaire de Paris, dit ,enfin, avec les mots d’aujourd’hui une parole de croyant d’aujourd’hui pour les femmes et les hommes d’aujourd’hui !!!! Merci à lui et grâces à Dieu.
    La compréhension de cette proclamation collective de la foi n’a de sens que de cette manière. Sinon sa récitation s’apparente à ce que nous faisons en chantant la Marseillaise…. et encore, pour l’hymne national, il y a la musique.
    Hégésippe Simon

  • Je connaissais Jacques Noyer pour ses écrits dans Témoignage Chretien
    Je lisais avec joie ses articles en tout premier lieu des l’arrivée de l’hebdomadaire.
    Il était un évêque d’avenir et du présent.
    Il a beacoup compte pour Daniel Duigou.

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