J’ai peur

Oui, j’ai peur. Jusqu’à maintenant j’ai « regardé », « pris connaissance », « assisté » aux annonces d’attentats en me disant toujours, au fond de moi, que cela ne pouvait pas m’arriver. Comme une sorte de pensée magique. Les attentats de Bruxelles ont changé mon appréhension et aujourd’hui j’ose me dire : « J’ai peur ». Peur que cela m’arrive. Peur que cela arrive à des proches, des très proches, peur tout simplement que cela n’arrive encore.

Est-ce que je dois maintenant marcher dans la rue ou prendre le métro en regardant autour de moi des comportements « suspects » ? Et d’abord, c’est quoi un « comportement suspect » ? Et quel regard je pose sur autrui lorsque je me méfie ?

La peur est souvent une émotion très positive. Elle m’aide à connaître mes limites, me protéger et prendre soin de moi. Cette peur là est d’une autre nature, plus diffuse, plus proche peut-être de l’angoisse.

Et je me demande : comment les réfugiés vivent-ils ces événements ? Quelle fut leur peur lorsqu’ils quittèrent leur pays, leur place, parfois leur famille ou tout simplement leur vie ? La peur que je ressens aujourd’hui ne me fait-elle pas sentir, certes en infiniment moins dense, la peur de l’environnement qu’ils ont dû affronter ? Vue ainsi ma peur devient alors source d’empathie et m’aide à dépasser mon Je, ce trublion qui s’octroie toujours trop de place dans ma tête… Garder ma vigilance sans plonger dans la suspicion et utiliser ma peur comme source de lien.

Sylvain Tessier

Billet du dimanche 3 avril 2016

 

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