Arche d'Alliance

 « Je dors, mais mon cœur est éveillé »

Chemin de la rencontre et de l'union, le Cantique est le chant qui montre et raconte le chemin des retrouvailles de l’Époux et de l’Épouse. La chronique d’Élisabeth Smadja

Dans le désert, l’Éternel parla à Moïse en disant « Et ils me feront un sanctuaire et Je résiderai au milieu d’eux » (Ex25, 8). Au milieu, béto’ham en hébreu, signifie aussi à l’intérieur d’eux. C’est en l’homme lui-même, en chaque individu, que Dieu désire résider. Il s’agit de faire de son corps, son cœur et son esprit, un espace sacré, un lieu de rendez-vous…
Ne savez-vous pas que vous êtes un Temple, et que l’esprit de Dieu habite en vous ? (Cor 1, 3) nous révèle Saint Paul.
Dans le Temple, dans le Saint des Saints, au-dessus de l’Arche, se tenaient les deux chérubins, ils se faisaient face et leurs ailes se touchaient et la Gloire de Dieu siégeait entre eux (Exode 25, 19).

Chérubins, mosaïque du choeur de l’oratoire de Germigny-des-Prés, IXe s.

C’est dans cet intervalle que Dieu nous donne rendez-vous. Le mot, « espace » ou « intervalle » se dit réva’h en hébreu, prononcé roua’h, il signifie « souffle ». 
Cet espace qui rend la relation d’amour véritable possible sans que l’autre ne soit ni mangé dans sa différence ni annulé dans la fusion, c’est le divin baiser du Père et du Fils, c’est le Saint Esprit. 
Le Cantique des Cantiques est enseignement du chemin de la rencontre et de l’union aussi bien entre Israël et son Dieu, le Christ et son Église, l’infini et le fini, la terre et le ciel, la matière et l’esprit, l’âme et le corps, l’homme et la femme que celui de tout individu qui désire ardemment non seulement être relié à son Créateur, mais aussi entrer dans une intimité nuptiale avec lui. 
Le Cantique des Cantiques, que Rabbi Akiba a qualifié de Saint des Saints, est le chant qui montre et raconte le chemin des retrouvailles de l’Époux et de l’Épouse.

Chapitre 5
2) Je dors mais mon cœur est éveillé. C’est la voix de mon Bien-aimé, il frappe : ouvre-moi ma sœur, ma compagne, ma colombe, mon amie accomplie ; car ma tête est couverte de rosée, mes boucles des gouttelettes de la nuit.
Celui qui ne me connaît pas pourrait penser que je suis engluée dans le quotidien de mon existence et complètement assujettie aux contingences de ma nature mais en réalité je veille. Je reste à l’écoute, je guette dans ma nuit les premières lueurs de l’aurore et c’est parce que mon cœur est en alerte que j’entends mon Bien-aimé lorsqu’il tape à la porte, qu’il m’appelle, éveillant mon âme.
Sa tête est couverte de « rosée » Tal : valeur numérique 39, trois fois 13, trois fois la valeur du mot Ahavah « Amour » – eau précieuse s’écoulant de la source cachée qui sourd de l’obscurité à l’aube de la rédemption et qui sert à la confection de l’eau lustrale, l’eau purificatrice qui nous lavera de toutes nos fautes. 
Dans le mot talith (châle de prière) clignote le mot Tal. Le châle de rosée dont Tu t’enveloppes Seigneur, est tissé avec l’eau de mes prières, larmes de joie et de peine, de reconnaissances et de louanges.

3) J’ai ôté ma tunique, comment la remettrai-je ?
J’ai lavé mes pieds, comment les salirai-je ?
Voilà, ce que dans ma paresse et mon indifférence, j’ai osé te répondre à toi qui m’appelais avec tant d’empressement. J’ai oublié l’exemple de notre père Abraham par le mérite duquel toutes les nations sont bénies, j’ai oublié de dire « me voici ! ». Cette disponibilité pleine et entière de l’être dans le moment présent est le point de rencontre de l’homme et de Dieu pour la relation consciente.
L’amour c’est cet art de l’attention, de l’écoute, de la présence, du pas accordé, des voix ajustées. Mais je n’étais pas disposée, trop prise par mes projets et engluée dans mes habitudes. Cependant, tu t’es fait si pressant que je me suis levée mais c’était trop tard, tu ne m’avais pas attendu.

8) Sa fuite m’a fait rendre l’âme et les gardes m’ont rencontrée, ceux qui font la ronde dans la ville. Ils m’ont frappée, ils m’ont blessée
Torturée et meurtrie par mon sentiment de culpabilité et mes regrets (mes gardes), je suis tombée dans une langueur insupportable, je ne puis plus vivre car tu es mon essence, le battement de mon cœur, ma respiration. 
Que tout le monde le proclame bien fort et bien haut jusqu’à ce que tu me reviennes : « si vous rencontrez mon bien-aimé, que lui direz-vous ? Que je suis malade d’amour ! » 

Élisabeth Smadja

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