Sculpture dePierre de Grauw. ©fc

« Je ne me tairai pas »

« Migrants et réfugiés nous interpellent ! La réponse de l’Evangile de la miséricorde ». Notre communauté du CPHB Saint-Merry veut célébrer cette journée,

P107058317 janvier 2016
2ème dimanche du Temps Ordinaire
Année C

Journée mondiale du migrant et du réfugié

Regardez-les
Regardez-les, ces hommes et ces femmes qui marchent dans la nuit.
Ils avancent en colonne, sur une route qui leur esquinte la vie.
Ils ont le dos vouté par la peur d’être pris
Et dans leur tête,
Toujours,
Le brouhaha des pays incendiés.
Ils n’ont pas mis encore assez de distance entre eux et la terreur.
Ils entendent encore les coups frappés à leur porte,
Se souviennent des sursauts dans la nuit.
Regardez-les.
Colonne fragile d’hommes et de femmes
Qui avance aux aguets,
Ils savent que tout est danger.
Les minutes passent mais les routes sont longues.
Les heures sont des jours et les jours des semaines.
Les rapaces les épient, nombreux.
Et leur tombent dessus,
Aux carrefours.
Ils les dépouillent de leurs nippes,
Leur soutirent leurs derniers billets.
Ils leur disent : « Encore »,
Et ils donnent encore.
Ils leur disent : « Plus ! »,
Et ils lèvent les yeux ne sachant plus que donner.
Misère et guenilles,
Enfants accrochés au bras qui refusent de parler,
Vieux parents ralentissant l’allure,
Qui laissent traîner derrière eux les mots d’une langue qu’ils seront contraints d’oublier.
Ils avancent,
Malgré tout,
Persévèrent
Parce qu’ils sont têtus.
Et un jour enfin,
Dans une gare
Sur une grève,
Au bord d’une de nos routes,
Ils apparaissent.

Honte à ceux qui ne voient que guenilles.
Regardez bien.
Ils portent la lumière
De ceux qui luttent pour leur vie.
Et les dieux (s’il en existe encore)
Les habitent.
Alors dans la nuit,
D’un coup, il apparaît que nous avons de la chance si c’est vers nous qu’ils avancent.
La colonne s’approche,
Et ce qu’elle désigne en silence,
C’est l’endroit où la vie vaut d’être vécue.
Il y a des mots que nous apprendrons de leur bouche,
Des joies que nous trouverons dans leurs yeux.
Regardez-les,
Ils ne nous prennent rien.
Lorsqu’ils ouvrent les mains,
Ce n’est pas pour supplier,
C’est pour nous offrir
Le rêve d’Europe
Que nous avons oublié.

Laurent Gaudé
Publié le 15 septembre 2015 dans le 1 Hebdo, puis dans « Bienvenue », 34 auteurs pour les réfugiés, Points, déc 2015.

Entrée dans la célébration
Bonjour, bonjour, bonjour !
En ce dimanche 17 janvier 2016, avec l’Église universelle, il nous est proposé de fêter la 102e  Journée mondiale du migrant et du réfugié, dont le thème est « Migrants et réfugiés nous interpellent ! La réponse de l’Evangile de la miséricorde ».
Notre communauté du CPHB Saint-Merry veut célébrer cette journée, avec le Réseau chrétien- Immigrés. Dans cette célébration, nous suivrons un enchaînement de trois verbes¸
Ecouter, Accueillir, se Recueillir :
oui, c’est ce que nous allons faire, ce seront trois manières de vivre notre assemblée, selon les différents temps de notre célébration.
ECOUTER ?  Nous venons d’écouter Jean, qui a lu un texte poétique de Laurent Gaudé, tiré d’un recueil où 34 auteurs ont publié, chacun à sa manière,  des mots de «  Bienvenue ».
ACCUEILLIR ? Des migrants, des demandeurs d’asile ? Oui, notre communauté est engagée dans l’accueil d’une famille de migrants, mais aujourd’hui, plus simplement, nous pourrons écrire des messages de bienvenue, de paix, de joie, pour les migrants. Ce messages seront lus et affichés dans le chœur en prière universelle ; mais ensuite, il faudra qu’ils sortent de nos murs et qu’ils soient portés au dehors, qu’ils rayonnent dans les lieux où nous recevons des migrants, cours de langue française, permanence d’accueil, dîners « le Goût de l’autre ».
Accueillir dans la fête et la joie, comme le texte d’Isaïe, comme aux noces de Cana, dans l’évangile de Jean. Certes Jésus accomplit quelque chose de l’ordre de la miséricorde, mais Laure nous proposera d’ECOUTER autrement ce beau texte,  à la fois familier et inouï.
Se RECUEILLIR dans la prière eucharistique mais également par la « Prière pour la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié », écrite pour ce jour de miséricorde et de joie, et qui sera lue en fin de célébration, avec des chrétiens du monde entier.
Entrons dans la prière au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.

Céline Dumont

Réflexion sur l’évangile

Il y a des textes dans l’Evangile qui nous parlent plus ou moins, qu’on aime plus ou moins, ça évolue au fil des années. Moi, ce texte, je l’adore. Depuis toute petite, il me parle parce qu’il est si imagé et si proche de notre réalité. C’est un texte qui possède plein de lectures différentes et qui est rempli de contrastes. C’est le texte qui révèle la mission de Jésus et il commence avec une phrase aussi banale que « il n’y a plus de vin ». C’est quand même génial ! Et c’est pas n’importe qui qui énonce cette phrase, c’est Marie, la mère de Jésus. Et Jésus, fils de Dieu, qu’on attendrait irréprochable, parfait, prêt en toutes circonstances à servir les autres et Dieu, Jésus répond par cette phrase magnifique « mon heure n’est pas venue ». Phrase qui, aux yeux de Marie, est à peu près aussi convaincante que s’il avait dit « je peux pas Maman, je joue à la console ». En gros, attends je ferais un miracle plus tard. Si même le fils de Dieu en vient à procrastiner, où va-t-on ?

Mais Marie ne se contente pas de cette remise à plus tard. Elle n’écoute pas Jésus car cette fois-ci, elle sait mieux que lui-même que le temps est venu d’accomplir sa mission. On parle souvent dans les analyses de ce texte de l’obéissance docile des serviteurs qui rempliront les jarres et serviront l’eau transformée en vin par Jésus, mais on ne parle pas assez de l’acte de désobéissance que fait Marie qui se comporte en guide spirituel de Jésus. Ici, « il n’y a plus de vin » signifie « il est temps pour toi, mon fils, de révéler à toutes et tous qui tu es  et ce que tu apportes au monde ». Elle nomme ce qui ne va pas, ce qui manque et, comme Isaïe, elle refuse de se taire. Par ses mots, elle fait un acte de foi exceptionnel en son fils et en Dieu, et elle dépose ainsi sur les épaules de son fils sa lourde tâche envers l’humanité. C’est elle qui prévient Jésus que quelque chose ne va pas, que quelque chose manque et qu’il a le devoir d’y remédier.

Comme Jésus, nous avons souvent besoin d’une ou plusieurs « Maries » à nos côtés pour nous pousser à agir. Qui n’a jamais rechigné à faire le bien, à donner le meilleur de sa personne, à prouver sa foi ou l’amour de son prochain ? Cela passe souvent par un échange trivial, par ses petits gestes du quotidien : donner ou recevoir un sourire, un compliment, tenir une porte ou dire merci… Nous devons souvent ou nous aimerions souvent être guidé-e-s à nous révéler, à faire le bien autour de nous, à être à la place adéquate pour servir au mieux notre prochain et Dieu. Et si nous cherchons au fond de nous, il est très probable qu’on ait déjà rencontré des « Maries » ou qu’on en croise parfois dans notre vie.

Ce texte de l’Evangile, outre la place centrale de Marie, m’interpelle. Mais, au fait, pourquoi manquait-il du vin à ces noces ? Et j’en suis venue à faire l’hypothèse suivante : peut-être y avait-il certainement plus d’invité-e-s que prévu à ces noces ? Et ce texte, il résonne alors étrangement avec un autre que j’apprécie tout particulièrement et qui est très connu, celui de la multiplication des pains et des poissons. Ces deux textes, ils affirment que Dieu n’a pas de mépris pour la condition humaine et pour les contingences matérielles qui vont de pair avec la vie. Il n’a pas de mépris pour les besoins des êtres humains, que ceux-ci soit les besoins vitaux comme se nourrir ou les besoins liés au vivre ensemble, au lien social, à la joie, au partage que peut symboliser le vin. A travers ce texte, j’entends que si, à table, on vient à manquer, Dieu s’occupera de nous, ses invité-e-s, que toutes et tous sont les bienvenu-e-s à sa table.

Or, comme tout le monde, j’ai parfois peur de manquer. Et ces temps-ci, je pense que la peur de manquer est très présente, notamment en France et en Europe. Peur de manquer de travail, de logement, de nourriture ou d’un futur heureux. Et cette peur, elle nous crispe, elle nous pousse à la méfiance envers les autres, elle nous pousse à sélectionner qui serait digne d’être à notre table. Dans cette période, les messages d’espoir sont les bienvenus et ce premier signe, cette révélation de Jésus, elle rassure car il nous dit « même si vous venez à manquer de vin, de travail, de logement, de nourriture ou d’un futur heureux, je veille sur vous. Vous n’êtes pas insignifiants et chacun de vos besoins a de la valeur à mes yeux. Et quoiqu’il arrive, je ferai en sorte que vous trouviez du vin à votre table, quelqu’en soit le nombre d’invité-e-s ».

Puissions-nous nous en souvenir à l’heure où arrivent à notre table de nombreux migrant-e-s et réfugié-e-s.

Laure Mardoc

 

Prière pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié

Seigneur,
Tu es plein de miséricorde pour toute personne, de toute culture et de toute nation.
Chaque personne est ton enfant bien-aimé.
Dans ta miséricorde tu ne vois pas d’abord nos limites, nos difficultés, nos refus.
Mais tu crois en notre capacité d’aimer et de nous découvrir frères et sœurs.
Tu crois en notre capacité de vivre ensemble, dignement, dans la paix, la justice et la fraternité.
Façonne-nous par ta miséricorde et ta tendresse.
Aide-nous à dépasser nos peurs et nos refus de nous ouvrir à l’autre.
Apprends-nous à nous laisser toucher par la vie de nos frères et sœurs.
Ouvre nos cœurs pour aimer.
Ouvre nos mains pour construire des ponts, et non pas des murs.
Ouvre notre intelligence pour inventer le monde de demain :
un monde où chacun trouvera sa place :
un toit, du pain, un travail,
un geste de fraternité à partager,
un mot d’espérance à échanger en reflet de TOI qui es amour et miséricorde !

Envoi
Ecouter, accueillir, se recueillir, nous avons entremêlé et entrecroisé  tout cela avec des mots, des chants, des gestes, et des silences. Maintenant, nous allons continuer à « ne pas nous taire » dans  la fête ! Nous vous invitons à rester avec nous, et  autour d’un verre que le R.C.I. nous offre, nous vous proposons d’échanger, de partager des informations, des réactions,  des émotions,.. Merci !

Céline Dumont

Tags from the story
, , ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.