L'arbre de vie, Gustav Klimt, 1909, musée des Arts appliqués, Vienne

« Je suis à mon Bien-aimé et mon Bien-aimé est à moi »

Extrait intégral du chapitre 6 de l'ouvrage d'Elisabeth Smadja : "Prier avec le Cantique des cantiques" édité par Salvator.


Chapitre 6

2) Mon bien-aimé est descendu dans son jardin, vers les plates-bandes d’aromates, pour faire paître son troupeau dans les jardins et cueillir des roses.

Oui, mon Bien-aimé a plusieurs roses, mais je ne suis pas jalouse, chacune d’elle a son odeur, sa carnation, son mouvement, sa forme, sa vibration. Chacune d’elle est l’Unique. Je suis l’Une de l’Un car je porte en moi un rayon singulier de Sa lumière qu’il a scellé en ma chair, et c’est dans l’espace de cette singularité dévoilée que je nomme « ma sainteté », que je peux m’unir à lui qui est Saint, dans une intimité qui ne ressemble à aucune autre. 
Nul ne peut me remplacer et je ne peux remplacer personne. C’est ma différence qui justifie mon existence, me donne ce visage, cette empreinte, cet ADN qui n’est semblable à aucune autre et dont il se délecte.
Mon Bien-aimé descend en son jardin pour se réjouir de la présence de la communauté des Saints, tous les lis, ces roses, qu’il a fait germer et qui se sont épanouis.
Je suis à mon Bien-aimé et mon Bien-aimé est à moi, c’est ma réponse à son amour exclusif et exigeant… Des milliards de cellules dans un corps, toutes uniques, toutes indispensables, toutes participant de sa vie. Nous sommes son corps de Gloire.

9) Unique est ma colombe, ma parfaite. Elle est l’unique de sa mère, la préférée de celle qui l’enfanta.

Pour Toi mon Dieu je suis unique comme est unique pour une mère chacun de ses enfants. Elle peut en avoir dix, si elle en perd un seul, elle demeure inconsolable et porte le deuil de son absence à jamais. 
Si un seul d’entre eux la rejette, elle souffrira toujours en son cœur de ce désamour qui ouvre en son être une brèche que toute l’affection des neuf autres, ne saurait combler.
Tous sont inscrits dans sa chair et elle a tissé en son ventre, avec chacun d’eux une relation personnelle et particulière. Elle les a portés, et bien qu’elle les ait mis au monde, ils sont toujours en elle car chaque gestation à opérer dans l’intériorité de son être de profondes transformations dont elle n’a souvent pas conscience, ni connaissance à moins de s’y plonger, et d’analyser la nature si vive et inconditionnelle de son attachement. 
De même, elle est toujours en eux car ils se sont nourris intimement de ses émotions, ses pensées, ses préoccupations durant neuf mois. Elle a été leur terreau. 
On porte toujours sa terre en soi.

L’arbre de vie, 17e siècle, MET

11) Je suis descendue dans le verger aux noyers.

Dans la Bible, l’homme est souvent comparé à un arbre et plus précisément à un arbre des champs (Deut 20,19). Dieu y est également désigné sous des noms différents qui expriment un de Ses attributs (la justice, la paix, la miséricorde…). Un de ces Noms est Shadaï, « le Tout Puissant », ce mot lu Saddé, signifie « champs ». L’être humain est tel un arbre planté dans le verger du Seigneur.
Les pieds sous la terre, la tête dans les étoiles, tendue comme un arc, je n’ai qu’un seul but mon Dieu, que Tu te délectes de tous mes fruits car je n’ai d’autre désir et de bonheur que de Te réjouir.
Je voudrais, comme la vigne, produire le vin doux et enivrant du festin des noces et me bonifier jusqu’à devenir vin de messe, coupe du salut. Je voudrais, comme la grenade m’emplir tout entière de bonnes actions et m’offrir à Toi, comme autant de grains juteux qui feraient tes délices. 
Je descends chaque jour, dans l’humide et le noir de mes terres intérieures m’abreuver à la source cachée, eau sainte qui coule du côté du Temple, ton côté Seigneur, percé pour moi, sève de vie que je fais monter dans tout mon arbre jusqu’à la plus haute cime. 
Je descends tout d’abord dans le jardin des noyers, c’est par eux que tout commence. Briser la coque de mon ego et de mon mental, puis ôter tous mes masques, mes vêtements, ces membranes qui recouvrent le fruit, jusqu’à la dernière, celle qui adhère comme une seconde peau et qui ne s’arrache que dans un cri, plus puissant et plus prolongé que tous les autres déjà poussés, pour la mise au monde de celui en moi qui criera : « Abba ».

Élisabeth Smadja

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