« Je te cherche et t’appelle, mon Dieu »

« À quoi s’occupe Dieu depuis qu’Il a cessé de créer ? », demanda un jour une matrone romaine à un sage du Talmud.
« À faire des mariages » lui répondit-il, employant plus spécifiquement le mot hébreu Yé’houdim pour dire mariage. Mot qui signifie plus justement « unions », du verbe ya’had « s’unir », « s’associer » et de yi’houd » retraite », « intimité », « unicité ».  
Ce terme nous enseigne qu’il ne s’agit donc pas seulement pour Dieu de s’occuper d’unir un homme et une femme, mais d’opérer des unions à tous les niveaux de sa création en partenariat avec l’Homme afin d’unir le monde d’en haut avec le monde d’en bas. En un mot, ramener tout à l’Un, celui qui est e’had.
Nous pouvons donc et nous avons à réaliser cette union en nous, dans nos vies, et nous pouvons le faire, quelle que soit notre situation : marié, divorcé, veuf, célibataire ou consacré.
Le chemin du couple, de chaque individu, comme celui du moine et de la moniale, se rejoignent dans la même vocation, celle d’épouse de l’époux. 
Le Cantique des Cantiques est enseignement du chemin de la rencontre et de l’union aussi bien entre Israël et son Dieu, qu’entre le Christ et son Église, l’infini et le fini, la terre et le ciel, la matière et l’esprit, l’âme et le corps, l’homme et la femme que celui de tout individu qui désire ardemment non seulement être relié à son Créateur, mais aussi entrer dans une intimité nuptiale avec lui. 

Chapitre 3

1) Sur ma couche nocturne, je cherchai celui dont mon âme est éprise : je le cherchai mais ne le trouvai point.

À l’heure de la prière, au temps de l’oraison, dans le secret de ma chambre, à l’heure où je m’abandonne, où je dépose les armes et enlève tous les masques, dans la solitude et le silence, je te cherche et t’appelle mon Dieu. 
Etendue sur ma couche, comme une épouse auprès de son époux, je te raconte toute ma journée, je te confie tous mes problèmes, je te fais part de mes doutes, mes faiblesses, mes manques, mes fautes. Comme une épouse au côté de son époux, je ne crains pas de te montrer ma nudité car je sais que tu me comprends, que tu prends soin de moi et qu’en toi j’ai mon refuge… Mais parfois, il me semble que tu n’es pas là, que tu ne m’écoutes pas, que je parle dans le vide. Peut-être suis-je dans cette nuit des sens dont parle Saint-Jean de la Croix.

2) Je résolus donc de me lever, de parcourir la ville rues et places pour chercher celui dont mon âme est éprise; je l’ai cherché et ne l’ai pas trouvé.
Je quitte ma solitude et ma retraite pour te chercher dans l’agitation du monde : mais là non plus « je ne t’ai point trouvé ! ».

3) Les gardes qui font des rondes dans la ville m’ont rencontrée : «Avez-vous vu celui dont mon âme est éprise?»
Je me suis heurtée à mes limites, toutes mes croyances et mes projections, « ces gardes qui font des rondes ».

4) A peine les eussé-je dépassés que je trouvai celui que mon cœur aime; je le saisis et ne le lâchai point, que je ne l’eusse emmené dans la maison de ma mère, dans la chambre de celle qui m’a mise au monde.

Mais à peine les avais-je dépassées, pour me lancer dans l’inconnu sans tenir compte du danger, j’ai trouvé celui qui est au-delà du jugement, de la rétribution et du châtiment. Je l’ai saisi fermement pour le conduire « au lieu de ma naissance » : la chambre secrète. Le lieu de ma conception, moment mystérieux où Dieu insuffle dans la matière une partie de lui, cette âme qui va s’incarner. Lieu où l’infini s’unit au fini, où le Père se fait Mère, où Il n’est plus que re’hem, « entrailles », « matrice », « miséricorde ». 
Amour miséricordieux de la mère qui toujours est présente pour son enfant, n’hésitant pas à donner sa vie pour lui, s’il le fallait. 
C’est là que je veux te conduire mon Bien–aimé. Je veux ouvrir toutes grandes les portes de la chambre de la Miséricorde ! Contre ce sein avec toi, je veux reposer.

Élisabeth Smadja

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