Jeanne Rimbert. Construction/Destruction

Nouvelle exposition à Saint-Merry (jusqu'au 15 mai). Deux étranges pyramides de céramique blanche encadrent l’autel de la chapelle de Communion. Mais l’œuvre ne traite pas d’architecture, elle est avant tout symbolique. On peut la lire comme une Vanité du XXIe siècle.

Les deux sculptures de Jeanne Rimbert attirent le regard, elles surprennent par leurs couleurs, leur matière, l’organisation des éléments et leur installation dans la chapelle du XVIIIe, sous d’immenses toiles imprégnées de la religiosité grandiloquente du XIXe. Dans ce lieu à l’architecture baroque, le titre fait référence à l’acte de bâtir et à son contraire, mais va au-delà de ce registre.

Jeanne Rimbert. Construction / Destruction (G)

De taille analogue, elles sont différentes : celle de gauche, avec ses cubes rigoureux, tient du constructivisme ; celle de droite, avec ses pyramides, cônes, boules et cubes, est plus souple, a plus de mouvement. Dans l’une comme dans l’autre, tous les éléments ont des failles, des trous, des cassures. Ordonnancement et destruction s’entremêlent. L’œuvre n’est pas chaotique pour autant et sa beauté ne réside pas dans la perfection que l’on attendrait.

Cette installation utilise la céramique, un matériau qui revient en force dans la création contemporaine et n’est plus seulement décoratif ; mais l’artiste semble brouiller les codes en travaillant autrement la terre. Rappelons-nous la Genèse…

Jeanne Rimbert. Construction / Destruction (D)

Jeanne Rimbert n’est pas dans la démarche romantique de la ruine et ses blocs élémentaires de céramique n’ont pas été volontairement brisés comme au temps des nouveaux réalistes des années 70. Elle a « simplement » laissé en suspens son acte de création avant la cuisson : la matière a poursuivi selon ses lois et s’est exprimée à sa façon. La créatrice s’est retirée ; elle rejoue le Tsimtsoum de Dieu (son retrait) devant une création non terminée, imparfaite, fragile.

Après avoir mis les éléments élémentaires en relation visuelle, Jeanne Rimbert laisse le visiteur face

  • au monde tel qu’il est,
  • à l’habitat, à ce qui nous abrite et devrait nous protéger,
  • et à lui-même.

Cette œuvre modeste, insolite et splendide d’une artiste, née en 1985, vivant et travaillant à Paris et en Italie, est une méditation sur le monde, une Vanité du XXIe siècle.

« Que deviendraient nos architectures et nos rêveries de gloire, cathédrales baroques ou gothiques une fois livrées à elles-mêmes ?  À un moment clef du processus de création, mon geste s’arrête [avant la cuisson] et laisse la matière achever la forme. La nature repre­nd alors ses droits et, sous la pression de la terre qui se rétracte, crée failles et ruptures, nous menant de la presque symétrie à la totale dissymétrie, de la construction à la déconstruction, voire même à la destruction. »

Retrouver l’œuvre, le dialogue avec l’artiste et les autres photos sur Voir et Dire.

Jean Deuzèmes

 

Retrouvez l’esprit de cette chronique sur www.voir-et-dire.net, l’expression du réseau des arts visuels de Saint-Merry. Un moyen de découvrir l’art contemporain par les photos, les films, les analyses d’expositions et les commentaires d’œuvres. Une manière d’entrer dans les expos de Saint-Merry, par les mots.

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