Jésus pour le XXIème siècle

Un livre de John Shelby Spong.

Celui-ci a été évêque de l’Église épiscopale des Etats-Unis à Newark (New Jersey) pendant une trentaine d’années.  Son  livre, d’abord paru en 2007 sous le titre : « Jesus for the Non-Religious », a connu un très grand succès dans le monde anglo-saxon. Il est traduit en français par Raymond Rakower.

L’auteur part en guerre contre le « théisme », à savoir l’idée d’un Dieu extérieur au monde, extérieur à l’humanité, et qui, venu « d’en haut », du ciel sur la terre avant de descendre 3 jours aux enfers, s’incarne dans un homme qui rassemble en sa personne les péchés du monde. Et sa mort libère l’homme de ses péchés.

Dans une perspective darwinienne J.S. Spong retrace depuis les origines l’émergence de ce théisme, rempart que jesus-pour-le-xxie-sieclel’homme, ayant atteint la conscience qu’il était mortel,  s’est construit pour se défendre contre l’angoisse de la mort. C’est ce rempart, fait de surnaturel, de mythes, qu’il s’applique à détruire de façon assez radicale : pas de de naissance virginale, pas de miracles, pas de Cène, pas de derniers mots sur la croix, pas de corps ressuscité monté au ciel.

L’arrivée de Jésus marque une rupture avec le théisme. Jésus a détruit les frontières tribales (Paul), les sources de la haine religieuse, les préjugés nés de la peur ancestrale. J.S. Spong veut témoigner de son attachement à ce Jésus de Nazareth qui lui a révélé que  c’est en l’humain et en l’humain seul qu’il faut chercher Dieu.  Pour lui,   Jésus est l’homme en qui la présence divine est la plus accomplie.

Chemin faisant il ouvre de pistes qui m’ont intéressé,  en particulier  la mise en évidence d’une période d’une trentaine d’années entre la mort de Jésus et la rédaction des premiers évangiles, période de « tradition orale » pendant laquelle les contemporains n’auraient pu parler de Jésus qu’à travers les schémas de la liturgie juive,  par exemple  le récit de la crucifixion chez Marc s’inscrirait dans un cycle liturgique de 8 fois 3 heures. J.S. Spong insiste aussi sur ce qu’on peut imaginer du désarroi des disciples qui ne pouvaient accepter l’échec de leur Messie. Comme beaucoup d’autres commentateurs de la Résurrection, il affirme qu’il s’est passé « quelque chose ».

Je ne suis cependant pas complètement convaincu par cette « vie de Jésus revisitée » (titre de la 3ème et dernière partie).  Une de mes réserves tient à ce que son Jésus ne prie jamais, ne parle jamais de son Père. J.S. Spong laisse en grande partie de côté l’évangile de Jean, ce que je peux comprendre : « Au commencement était la Parole… et la Parole s’est faite chair et il a habité parmi nous… » doit être pour lui du théisme ? En dépit de nombreuses annonces, il ne dit rien de ce « quelque chose » et ne montre  pas bien la dimension divine qu’il découvre dans Jésus. On en reste à Mat 25. Enfin, je le trouve bien sûr de lui, trop sûr de lui. Il ne cherche plus, il a trouvé. Sa toute dernière phrase est en forme de CQFD : « le cercle a été bouclé ».

Jesus Asurmendi, avec qui, à Saint Merry, nous avons lu récemment  Jésus. Approche historique, de José Antonio Pagola (Le Cerf , 2007) et à qui j’ai demandé son avis, est bien sûr encore plus sévère (absence de méthode, confusion entre l’approche historique et l’appropriation théologique, bibliographie surannée…). Mais, à ma connaissance, ce livre n’a pas eu grand écho en France dans la presse et les médias (rien dans La Croix ni dans La Vie) et c’est bien dommage car il mérite discussion et fait partie des nombreux ouvrages à succès qui ont paru cette dernière décennie concernant « l’affaire Jésus », auxquels on peut ajouter, dans un genre différent, Le Royaume d’Emmanuel Carrère.

 Jean Verrier

 Jésus pour le XXIème siècle, Karthala, 2014, 328 pages, 19 euros

A noter :

À l’occasion de la parution de la 5ème édition revue et enrichie de l’ouvrage, Les Nouvelles hypothèses sur les origines du christianisme, de Jacques GIRI, les éditions Karthala organisent une soirée de présentation et débat

le mercredi 4 février de 18h à 20h30,

au DEPAA,102 Bd Arago, 75014 Paris. Métro : Denfert-Rochereau, Bus : 38. Un apéritif suivra.

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