Jeux d’esquive et fuites éperdues

Comment prendre le taureau par les cornes, en laissant toujours une place à la liberté. Par Jean Verrier

Samedi 16 août. Cette fois nous commençons le marché par le bas, à partir de la Tour de l’Écorchoir aux bords du Rhône. Tout au long du boulevard Clémenceau, le long de la Roquette et jusqu’au théâtre, c’est ce que nous appelons le « marché arabe ». Plus exactement c’est un bazar, avec toutes sortes de vêtements et d’ustensiles : robes colorées, tissus dorés, foulards, échafaudages de couscoussiers, théières rutilantes, horloges extravagantes, mais aussi cassettes de musique et pochettes pour téléphones mobiles. Il y a beaucoup de monde, et des embouteillages quand les poussettes rencontrent les caddies. Cette dame a bousculé un chibani à calotte blanche, qui, appuyé sur sa canne, tentait de résister au flot de la circulation. Elle s‘excuse. Et lui, quand il a retrouvé son équilibre : « C’est pas grave, c’est le marché. »

Dimanche 17 août. Des amis venus du « nord » (Clermont-Ferrand) ont passé la journée à Arles. La première chose qu’ils ont tenu à voir, c’est le Musée départemental de l’Arles Antiques, le « musée bleu » dont on vient l’an dernier d’inaugurer une aile nouvelle pour y installer le chaland de 31 mètres que les archéologues ont sorti du Rhône et qui a été merveilleusement restauré, avec un passage au Centre d’Étude Atomique de Grenoble. Un film passionnant raconte l’aventure. Le chaland a rejoint le buste de César, autre pièce majeure du musée pêchée en 2008. Et l’on dit que le Rhône, au bord du quel est construit le musée, recèle encore bien des trésors.

« ...c’est le Musée départemental de l’Arles Antiques, le 'musée bleu' »
« …c’est le Musée départemental de l’Arles Antiques, le ‘musée bleu’ »
«  le buste de César, autre pièce majeure du musée pêchée en 2008 »
«  le buste de César, autre pièce majeure du musée pêchée en 2008 »

 

« ...le célèbre prieuré bénédictin de Ganagobie »
« …le célèbre prieuré bénédictin de Ganagobie »

Mardi 19 août. Retour d’une visite de deux jours chez nos amis Éric et Colette, à Niozelles, petit village à quelques kilomètres de Forcalquier. Pour y arriver depuis Arles, après Aix nous avons longé la Durance dont on domine la vallée depuis le célèbre prieuré bénédictin de Ganagobie. Colette est la sœur d’André Galice qui fut de la première équipe pastorale du Centre Pastoral Halles Beaubourg. Elle a vécu en Algérie et plusieurs de ses poteries en portent la marque. Au retour, par la route d’Apt et Saint-Rémy de Provence, nous avons donné un petit bonjour à Michèle Dauger, notre responsable « com’ » qui passe une partie de l’été à Céreste. Céreste où René Char, « capitaine Alexandre » pendant la résistance, avait établi son QG et où il écrivit Les Feuillets d’Hypnos, suite de fragments comme celui-ci : « À tous les repas pris en commun, nous invitons la liberté à s’asseoir. La place demeure vide mais le couvert reste mis. »

« ...Colette a vécu en Algérie et plusieurs de ses poteries en portent la marque »
« …Colette a vécu en Algérie et plusieurs de ses poteries en portent la marque »

Mercredi 20 août. Course camarguaise aux Arènes. Ne pas confondre avec les courses de taureaux, ou « corridas », de la Feria du riz en septembre, déjà annoncée sur de grandes affiches un peu partout en ville. Ici, pas de décorum, pas de mise à mort, beaucoup de familles avec enfants occupent les gradins. Les jeunes « raseteurs », tout de blanc vêtus, sont entrés dans l’arène. Des portes du toril surgit un taureau aux cornes « emboulées », qui paraît se demander où il est, racle le sable avec fureur, museau au sol, avant de foncer sur ces silhouettes blanches qui l’appellent. Les raseteurs ont enfilé sur les doigts d‘une main un crochet à quatre griffes destiné à enlever la cocarde rouge (on parle aussi de « course à la cocarde ») attachée par une ficelle à glands entre les deux cornes du taureau. Et les jeux d’esquive précèdent des fuites éperdues vers les palissades que les raseteurs sautent d’un bond fantastique… parfois suivis par le taureau qui sème alors une petite panique parmi le personnel du couloir au bas des gradins.

 

« ...nous avons planté des lauriers et un bignonia… »
« …nous avons planté des lauriers et un bignonia… »

Jeudi 21 août. Nous nous sommes battus pendant plus d’une année pour empêcher que l’on dépose toutes sortes de déchets sous nos fenêtres : vieux postes de télé, cageots de tomates pourries, etc. en bordure de la cour de l’école maternelle construite dans le cloître des Grands-Augustins, devant l’église Saint-Césaire. Pour cela, avec nos voisins, nous avons planté des lauriers et un bignonia… que les gamins venus squatter la cour pendant les vacances scolaires ont souvent mis à mal. Mais les lauriers ont bien poussé, rendant l’escalade de la grille plus difficile. Aujourd’hui ce sont les chats qui nous occupent. Plus exactement les dames à chats venues recueillir quelques chats errants, et nourrir sous les lauriers ceux qu’elles ne peuvent pas attraper : par la même occasion tous les chats de la Roquette en profitent. « Vous aimez les chats ?  » me demande l’une d’entre elles. Marie s’est offusquée de ma réponse.

« Aujourd’hui ce sont les chats qui nous occupent... »
« Aujourd’hui ce sont les chats qui nous occupent… »

 

 

 

 

 

 

 

 

Vendredi 22 août. Je me demandais, comme pour les martinets trop tôt disparus de notre ciel, où était passé le renne violet qui a trôné en juillet pendant toute la première semaine des Rencontres de la photo, dans la fontaine de la place de la République. C’est l’emblème des Rencontres pour cet été 2014. Il figure toujours à l’entrée de chaque expo et sur les billets, et aussi à la gare, puisque la SNCF a semble-t-il, sponsorisé l’opération. Je viens de le retrouver, le renne, il est aux Ateliers de la SNCF-Campus Luma, en compagnie des animaux des années précédentes : loup, cygne, buffle, rhinocéros, sous la houlette de Lucien Clergue, photographe et académicien, statufié pour la postérité.

 

Jean Verrier

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