Piero della Robbia. San Quirico d'Orcia, Toscane. ©fc

Le jour de Noël à Saint-Merry

Mais c’est justement là que notre mission de chrétien prend sa pleine mesure comme au temps de saint Jean : l’incarnation de Dieu n’est pas un fait imaginaire. Elle est un fait réel qui apporte une lumière nouvelle aux hommes. Nous ne sommes plus convoqués à Bethléem. Nous sommes invités à découvrir dans la petitesse dérisoire d’un enfant la présence mystérieuse de Dieu qui s’incarne dans chacune de nos existences. Comme le disait mon confrère Bruno Chenu « Dieu en Jésus est un visage à contempler, un regard à croiser, une parole à écouter ».

Lecture du livre du prophète Isaïe Is 62, 1-5

Pour la cause de Sion, je ne me tairai pas,
et pour Jérusalem, je n’aurai de cesse
que sa justice ne paraisse dans la clarté,
et son salut comme une torche qui brûle.
Et les nations verront ta justice ;
tous les rois verront ta gloire.
On te nommera d’un nom nouveau
que la bouche du Seigneur dictera.
Tu seras une couronne brillante
dans la main du Seigneur,
un diadème royal
entre les doigts de ton Dieu.
On ne te dira plus : « Délaissée ! »
À ton pays, nul ne dira : « Désolation ! »
Toi, tu seras appelée « Ma Préférence »,
cette terre se nommera « L’Épousée ».
Car le Seigneur t’a préférée,
et cette terre deviendra « L’Épousée ».
Comme un jeune homme épouse une vierge,
ton Bâtisseur t’épousera.
Comme la jeune mariée fait la joie de son mari,
tu seras la joie de ton Dieu.

 

Évangile Jean 1, 1-18 traduction Bible de BAYARD

« Au commencement, la parole
la parole avec Dieu
Dieu, la parole.
Elle est au commencement avec Dieu.
Par elle tout est venu
et sans elle rien n’a été de ce qui fut.,
En elle, la vie
la vie, lumière des hommes
et la lumière brille à travers la nuit
la nuit ne l’a pas saisie.

Il y eut un homme envoyé par Dieu
nommé Jean.
En tant que témoin il est venu
témoigner de la lumière
afin que tous, par son intermédiaire, aient foi.
Il n’était pas la lumière
mais il s’en portait témoin.

Elle, la seule et vraie lumière,
en venant au monde
a éclairé chaque homme.
Elle a été dans le monde
le monde fait par elle
et le monde ne l’a pas reconnue.
Elle est venue chez elle
et les siens ne l’ont pas reçue.

Mais à tous ceux qui l’ont reçue
elle a donné le pouvoir d’être enfants de Dieu
et ceux qui font confiance à son nom
ne sont plus nés du sang
ni de la volonté charnelle ou virile
mais de Dieu.
La parole a pris chair
parmi nous elle a planté sa tente
et nous avons contemplé son éclat
éclat du fils unique du Père
plein de tendresse et dè fidélité.

Jean témoigne, il s’écrie : C’est lui
dont je disais : Lui qui vient après moi
est plus grand que moi car il était avant.
De sa plénitude nous avons tous- reçu
tendresse sur tendresse.
La Loi fut donnée par Moïse
par Jésus la tendresse et la fidélité.
Dieu, personne ne l’a jamais vu
mais le Fils unique, Dieu
appuyé contre le cœur du Père,
l’a raconté. »

 

Bienvenue à vous tous, qui que vous soyez, d’où que vous veniez !

Il aura fallu attendre des siècles pour que soit célébrée la « Nativité du Sauveur ». Jusqu’au 3e siècle, les premiers chrétiens qu’il fallait d’abord attendre le retour du Seigneur. Il faudra attendre plus de trois siècle pour que Noel devienne une fête religieuse officielle et encore deux siècles pour que cette fête soit généralisée à tout le monde chrétien

Alors vous n’êtes pas en retard ! Le Messie et Sauveur nous attend. Jésus ressuscité triomphant de la mort est aussi celui qui était présent par son incarnation au cœur des réalités de notre monde. Noël se trouvait là, au cœur des fêtes païennes, comme il se trouve au cœur de nos activités, de nos désirs, de nos passions, des recherches, des questions mais aussi des convictions que nous portons.

L’enfant est né. Aidons le à grandir en nous et autour de nous !

Commentaire de l’Évangile
Au terme de la nuit de Noël, je ne sais pas quel était votre sentiment : louange ? étonnement devant la puissance de Dieu qui se révèle dans un enfant ? Méditation sur la vie du Seigneur et notre propre vie ? Communication des merveilles : allez annoncer à tous vos frères qu’un Sauveur vous est né !

Mais ce matin, la narration de Dieu prend un tout autre tour : fini les gestes précis et maternels de Marie, fini le décorum de l’âne et du bœuf, fini la délicatesse des bergers… Nous sommes invités à repartir du très bas (la mangeoire) vers le très haut (le mystère tel que saint Jean l’a perçu)

Autrefois ce texte d’Évangile nous était plus familier. Maintenant on se demande s’il n’excède pas un peu nos capacités de compréhension. À la limite nous serions presque plus disposés, aussi étranges soient ils, aux titres de « Fils du Très Haut », « Fils de Dieu », même s’ils sont donnés par un ange que celui de « Verbe de Dieu ». Nous préférerions, dans nos sociétés urbaines, être du côté des gardiens du bétail et du peuple, dans les paroles et les chants de joie, que du côté de haute spéculation de saint Jean. Et pourtant, pour saint Jean comme pour Luc et Matthieu, c’est bien de la même réalité dont on parle, tout aussi révolutionnaire : celle d’un Dieu qui déjoue toutes les attentes, on serait tenté de dire aujourd’hui tous les pronostics. S’il y avait eu un sondage à l’époque, les résultats auraient été plus catastrophiques que pour les primaires pour les présidentielles !

La gloire de Dieu, la manifestation visible et toujours étonnante de la divinité, surpasse toutes nos représentations. Avec saint Jean, l’enfant n’est pas seulement « Christ et Seigneur », « sauveur » ou « fils de David », ce qui, excusez du peu, n’est déjà pas rien. Il est Verbe de Dieu, c’est-à-dire Parole de Dieu. Qu’un Dieu puisse se faire homme, voilà ce qui était une énigme dans l’Antiquité mais qu’il puisse nous parler à nous les humains, on a envie d’ajouter « d’homme à homme », voilà qui dépasse encore aujourd’hui.

Et bien, non, aujourd’hui, comme Jean Baptiste, nous avons à rendre raison et rendre grâce pour cette lumière qui perce toutes les obscurités de ce monde et de notre cœur. Nous ne sommes plus devant la sentimentalité parfois un peu accolée devant le nouveau né emmailloté et couché dans une mangeoire mais devant une vie extérieure à nous, plus exactement présente en nous mais aussi en dehors de nous, qui nous rejoint. Le prologue de saint Jean trace l’écart incommensurable entre nos pauvres mots et la réalité de cette présence. Les bergers, qui n’étaient pas aussi naïfs qu’on le pense, ont cru tout suite. Et nous ? Qu’est ce que croire ou ne pas croire ? Qu’est ce qu’une joie authentique ? Une joie venue de la foi ? Reconnaissons le : comme saint Augustin, ou de façon plus contemporaine Etty Hillesum, le chemin qui mène à Dieu est, comme dans l’image du puits bouché par les pierres, parfois en partie obstrué par ces gravats que sont l’indifférence, l’ignorance, le matérialisme consumériste. Nous n’aurons pas assez de toute notre vie pour sonder la hauteur la profondeur, la largeur de cette relation à Dieu qui nous donne l’être et la vie.

St Jean nous fait quitter les rivages de Bethléem. À la mémoire des lieux, aussi controversée soit elle, il substitue le pèlerinage spirituel, qui nous concerne tous, les petits et les grands, pour que la Nativité ne concerne pas simplement un temps, un lieu, un espace, qu’on recouvrirait de reliquaires précieux comme pour les tenir à distance. Les mots de st Jean aident à préciser le sens d’une expérience toujours vive, vivante, sans chercher à reconstruire les murs d’une forteresse, fût elle sacrée.

Dès lors, il nous fait échapper à toutes les tentatives d’instrumentalisation. Et elles n’ont pas manquée dans l’histoire. Mais la foi, notre foi, ne s’évalue pas à la puissance ou au carbone 14. Elle déjoue les appartenances. Elle est indocile. En un mot, elle est libre. Elle favorise une naissance ou une renaissance possible pour tout homme, c’est-à-dire pour chacun de nous.

Loin de moi l’idée de vous faire remballer les crèches plus vite que prévu. C’est le lieu essentiel d’une initiation familiale, à la prière, à la connaissance de la religion. Mais la crèche a été aussi le lien du progrès spirituel, d’une foi exigeante, notamment parce que chaque figurine était œuvre de patience, de prouesse technique et d’imagination artistique, de créativité culturelle pour rendre témoignage à Celui de qui nous devons la vie.

Et nous qui sommes en plein cœur de la ville, au cœur des réalités humaines, qu’avons-nous envie d’y inventer et d’y vivre ? Comment Dieu continue il de naitre dans nos maisons, nos églises, nos lieux d’existence ?

Décidément, Noël n’est pas une fête comme les autres, non pas parce qu’elle aura été célébrée très différemment dans l’histoire et qu’elle n’aura pas refusé de se laisser influencer par les milieux, en l’occurrence ici les croyances gnostiques qu’a du affronter saint Jean, mais, parce qu’en dépit de tout, elle résiste à tout, à la folie des guerres et des massacres en série, à la barbarie terroriste qu’aux délires consuméristes, comme pour ceux qui en Chine ou ailleurs en ignorent l’essentiel du contenu la célébration de la naissance de Jésus était portée en creux, en désir plus qu’en acte.

Mais c’est justement là que notre mission de chrétien prend sa pleine mesure comme au temps de saint Jean : l’incarnation de Dieu n’est pas un fait imaginaire. Elle est un fait réel qui apporte une lumière nouvelle aux hommes. Nous ne sommes plus convoqués à Bethléem. Nous sommes invités à découvrir dans la petitesse dérisoire d’un enfant la présence mystérieuse de Dieu qui s’incarne dans chacune de nos existences. Comme le disait mon confrère Bruno Chenu « Dieu en Jésus est un visage à contempler, un regard à croiser, une parole à écouter ».

À nous de contempler ces visages

À nous de croiser ces regards

À nous d’écouter ces paroles

 

Jean-François Petit, 25 décembre 2016

 

Prière universelle

Aujourd’hui c’est Noël, j’ai fait un rêve…

Alors, Seigneur, nous te prions :

Je rêve de voir Noël sur chacun des visages croisés.

« Car après tout il faut bien fêter, même si le cœur n’y est pas. Pourtant face à ce que nous vivons, la fête n’est-elle pas un appel à ne pas sombrer dans une tristesse mortifère ? Fêter est le meilleur antidote contre l’absurde et la désespérance.* »

Aujourd’hui je rêve que les ruines de Syrie deviennent un immense chantier de reconstruction : reconstruction des murs et des toits mais surtout reconstruction de chaque syrien, de sa vie.

« Aujourd’hui, au milieu de ce champ de ruines qu’est devenue la Syrie, pays des ombres, des spectres, où l’on ne différencie pas le cauchemar de la réalité, la moitié de ses habitants sont déplacés ou en exil… Est-ce le moment de les abandonner ? « 

C’est Noël, je rêve que toutes ces lumières dans nos cités et nos maisons, au lieu de nous étourdir, puissent nous éclairer pour voir enfin ou se trouve une solidarité possible.

« Aujourd’hui, nous vivons Noël dans l’obscurité, les rues sans lumière, éclairées par les phares des voitures… Pour la plupart pas de chauffage, pas d’électricité, sans parler de ceux qui fuient les combats et cherchent refuge. 

Peut-être ces illuminations d’autrefois nous empêchaient de voir la réalité ! Nous étions aveuglés par trop de lumières. Ces illuminations nous entretenaient dans l’illusion d’une Syrie heureuse. »

Je rêve que ce mot d’exil ne soit plus celui de la peur, la peur de toute part, mais celui d’une avancée vers une fraternité possible

« Alors, comment vivre Noël aujourd’hui ? Cette obscurité ne nous rapproche-t-elle pas de ce que fut la réalité de la naissance du Seigneur : Lui qui s’est fait SDF, Lui qui a été contraint à l’exil, … Lui qui a été condamné à mort ! «  

C’est Noël aujourd’hui, je rêve alors que l’espoir de…soit remplacé par une véritable Espérance : celle que nous ouvre ce nouveau né dans la crèche

« L’espérance commence quand nous abandonnons nos illusions, nos désirs de grandeur, une sécurité absolue. Lorsqu’au creux de la vague, tout semble perdu !

 Espérer ce n’est pas attendre un ciel nouveau, c’est marcher sur un chemin, comme Jésus, pour aller à la rencontre de l’autre, ou plutôt c’est surtout Jésus qui vient à notre rencontre et que nous accueillons. C’est chercher au milieu des ruines, de la tragédie, de l’obscurité, des signes d’espérance.

Alors avec nous, fêtez et réjouissez-vous, car, comme le dit Isaïe, le consolateur arrive. »

Oui, en ce jour de Noël nous pouvons rêver : porter dans la prière ici ce que chacun a de plus cher. Notre rêve prendra corps et réalité par cet enfant Jésus qui est ressuscité pour nous dire que notre Espérance n’est pas vaine.

Avec Jacques, toute sa communauté de Damas, Seigneur nous te prions.

  • textes en gras tirés du message de Noël 2016 de Jacques Picard, petit frère de Jésus à Damas
    Florence Carillon, 25/12/16

 

Le Verbe s’est fait chair et Jésus,
Jésus Fils des entrailles du Père, du Dieu miséricordieux,
est le fruit de son Amour même.
Et Jésus, d’amour tissé, est né
de l’amour du Père de l’Esprit et de Marie.
Jésus, fruit des entrailles de Marie
est l’Humain fait chair,
Jésus toi qui porte la libération de notre être courbé sur lui -même, sur sa solitude, sa violence et sa faiblesse,
Ô Jésus, Ô chair de ton Père, toi qui restaures l’homme dans sa beauté
et restaures Dieu dans fragilité !
Ô Jésus, mon Jésus, toi qui viens si simplement en notre nuit
Ô Jésus, grand est mon désir de Te faire demeurer dans mon humble chair.

Anne-Marie Saunal, Noël 2016
Après la lecture du livre de Jean-Pierre Brice-Olivier Op « Osez la chair »

 

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