Juditha triumphans. Un oratorio de Vivaldi pour le 40e anniversaire du Cphb

Le combat de la liberté contre le pouvoir. Voici le sujet de « Juditha triumphans », l’oratorio de Vivaldi inspiré par l’histoire biblique de Judith et Holophernes. C’est par cette œuvre – interprétée et mise en scène par Camille Fritsch et Léopold Laforge – que nous avons choisi de fêter le 40e anniversaire du Centre Pastoral Halles-Beaubourg. Rendez-vous le 8, 9 et 10 octobre, à Saint-Merry

Le combat de la liberté contre le pouvoir. Voici le sujet de Juditha triumphans, l’oratorio de Vivaldi inspiré par l’histoire biblique de Judith et Holophernes.
C’est par cette œuvre – interprétée et mise en scène par Camille Fritsch et Léopold Laforge – que nous avons choisi de fêter le 40e anniversaire du Centre Pastoral Halles-Beaubourg.
Rendez-vous le 8, 9 et 10 octobre à 21 heures. À Saint-Merry

 

Lucas Cranach - Judith et HolophernesJuditha Triumphans est sans doute l’oeuvre vocale la plus fine d’Antonio Vivaldi et qui propose une personnalisation si particulière d’un récit biblique n’ayant pas vocation à servir d’œuvre théâtrale.

Le roi Nabuchodonosor envoie ses armées envahir Israël :
c’est ici qu’une femme illustrera le combat de l’amour face au pouvoir.
Amour, tout d’abord, pour son peuple et sa terre que Judith cherche à défendre face à des envahisseurs qu’elle apprendra a découvrir et à apprécier. Sont-ils si terribles que ce que l’on peut imaginer ? Et pourquoi l’a force-t-on à tuer leur séduisant chef, qui lui propose une vision de la vie si douce, où le poids de la religion n’existe pas ?
Pouvoir ensuite, lorsque son peuple lui rappelle son appartenance et son devoir de réaliser à bien sa mission homicidaire. Les représentants de Dieu sur terre l’ordonne !
Judith doit choisir.
Ce combat est peut être celui qui nous rappel à nos doutes et choix de vie : aimer, se réaliser, accepter ou refuser la norme, ainsi que le dogme. Qu’elle est également la place que nous laissons à l’inconnu ?
Juditha Triumphans nous donne la chance de repenser le pouvoir de l’église, passé comme actuel et de le confronter à l’idée que l’on se fait du christianisme et de Dieu.

L’œuvre

En un foisonnement certain, Vivaldi interprète assez librement le Livre de Judith, et de nouveau son oratorio se voit adapté par les metteurs en scène à des problématiques qui leur sont contemporaines. Les décalages pourront donc sembler nombreux à ceux qui ont pu lire ce livre de la Bible.

Voici ce qui se passera pour notre Juditha Triumphans. Les habitants de Béthulie, ville fictive d’Israël, refusent de se soumettre à l’autorité du général Holopherne, représentant de l’empire de Nabuchodonosor. Dans le but de les punir, les Babyloniens imposent un siège d’une extrême rudesse à la cité. Au bord de la reddition les Juifs décident en dernier recours d’envoyer Judith, la femme la plus belle de la ville, séduire Holopherne afin de l’assassiner. Ils répondent ainsi à une prophétie du grand prêtre Ozias qui voit en Judith une héroïne pouvant délivrer le peuple juif. Cependant Judith, bien que soucieuse de l’avenir de son peuple, refuse de répondre à la barbarie par le meurtre. Fervente croyante, elle ne se sent pas l’âme d’une guerrière et s’insurge à l’idée qu’on puisse l’utiliser en tant qu’objet de séduction aux dépens de ses choix, de sa dignité de femme et de sa vie. Aussi, forcée de se rendre vers le camp ennemi, se sent-elle presque expulsée. Contre toute attente, elle découvre alors un Holopherne beaucoup plus subtil que la grosse brute sanguinaire qu’on lui avait décrite. Celui-ci prêche avant tout les plaisirs divers, non point la guerre. S’il se retrouve là c’est également pour l’intérêt d’une tierce personne, Nabuchodonosor. Se découvrant l’un l’autre – en dépit des nombreuses différences culturelles qui les séparent, voire les opposent – ils tombent tout deux sous leur charme réciproque. Le combat commence pour nos deux héros qui tentent de se libérer du carcan de la guerre faisant rage entre les deux camps. Mais trop apprivoisés par leurs mondes respectifs, allant de maladresses en maladresses, ils échoueront à vivre leur amour naissant tant le poids de leur environnement demeurera oppressant. Judith ne pourra faire autrement que de tuer Holopherne pour protéger le peuple Juif. Se mêle à leur histoire une foule de serviteurs soulignant certains traits de leurs maîtres.

Abra, la suivante de Judith, est la figure de la femme dévouée à la loi de sa religion contre tous les aléas. Elle est plus résistante et engagée dans son action que ne l’est Judith, qui ne peut retenir ses doutes quant à la bienveillance de son monde juif.

Vagans, le page fasciné d’Holopherne (et son amant ?), est quant à lui représentant tout à la fois de l’arrogance du monde de la guerre et de la dureté de sentiment des gens qui fondent leur bonheur sur une logique de toute-puissance. Il cherche avant tout la multiplication des plaisirs sans se soucier de l’autre.

Artemisia Gentileschi - Judith et Holophernes

L’interprétation

a. Judith et Holopherne, la foi et l’amour contre le pouvoir

Juditha Triumphans est une œuvre qui parle manifestement de liberté. Mais quelle liberté ? C’est la question que nous nous sommes en permanence posée dans la mise en scène de l’œuvre, et que par nos représentations nous voulons poser au public. Quand l’oratorio fut créé, Vivaldi cherchait à attaquer la barbarie des Turcs, mais aujourd’hui nous cherchons à élargir notre champ de création et de questions. Parfois subtiles, certaines questions correspondent à des problématiques de notre quotidien.

Aussi, où est la liberté individuelle quant il s’agit de défendre la liberté de son peuple ? Est-ce se proclamer peuple de Dieu que de commander en son nom un meurtre pour le salut ? Répond-on à la barbarie par la vengeance, sans avoir cherché à rencontrer et à partager avec l’autre, si cruel ou inabordable qu’il puisse sembler ?
Nous remettons donc en cause la suprématie dont se targue Ozias, le grand prêtre dont le discours est toujours univoque dans son appel au combat. Il représente la figure du chef religieux et politique confondant dans sa personne et sa pratique foi et exercice du pouvoir. Face à lui se dressent Judith et Holopherne qui cherchent à se libérer de leurs deux mondes

respectifs, l’un trop violent et trop festif, l’autre faussement pieux. Ils tenteront de se comprendre et de vivre un amour sans absolutisme.

b. Liens de l’œuvre avec le 40e anniversaire du CPHB

Juditha Triumphans illustre le conflit entre pouvoir et liberté. Ce débat est au cœur de la création et de la continuité du CPHB.
La communauté du CPHB a permis à de nombreux chrétiens de s’émanciper de lois ou d’interprétations extrêmement conservatrices réglant ce qui devait être ou comment devait agir un bon chrétien. Pour parler de mon cas personnel, sans rencontrer des personnes de cette communauté, je vois aujourd’hui difficilement comment j’aurais pu garder la foi puis en venir au baptême.

Cette œuvre pour le 40e anniversaire est à la fois un remerciement et une véritable manière de questionner notre foi à tous.

 

Les interprètes

CAMILLE FRITSCH
JUDITHA – MISE EN SCÈNE

Après un séjour de deux ans au Brésil, Camille Fritsch, mezzo-soprano, commence le chant à la Maîtrise de Paris avec Patrick Marco. Elle a ainsi l’occasion de participer à de nombreux concerts, tout en se formant en parrallèle à la harpe classique et à la danse. Après son baccalauréat, elle entre dans la classe de chant lyrique de Sophie Hervé au conservatoire du 18e arrondissement de Paris. Parallèlement, elle obtient une licence de Lettres et Arts à l’université de Paris Diderot. Elle entame ensuite une formation de musique ancienne au CRR de Tours avec Véronique Bourin, tout en travaillant à Paris avec de jeunes enfants dans les écoles primaires sur le thème de l’impro jazz.
Israel van Meckenem (1440-1503), Judith et Holophernes
LEOPOLD LAFORGE
HOLOPHERNES – MISE EN SCÈNE
Egalement instrumentiste, Léopold intègre le CRR de Paris au collège dans la classe d’orgue de Sylvie Mallet et étudie la flûte traversière avec Annick Mancone, ce qui lui permet de de découvrir la pratique orchestrale. Ayant commencé le chant dès l’école primaire, il étudie depuis de 2010 à 2014 plusieurs approches de la technique lyrique avec de multiples professeurs, tel que Colette Hochain, Yves Sotin, Rosa Dominguez et Robert Expert. Durant cette période, il commence à écrire ses premières ébauches de mises en scènes d’opéras et d’oratorios.Donnant une forte importance à la pratique du chœur, il achève sa formation chorale en intégrant pendant deux ans la Maîtrise de Notre-Dame de Paris, dirigée par Lionel Sow. Depuis 2014, il est formé par Sophie Hervé pour développer sa voix de contre-ténor dans sa classe du conservatoire du 18e arrondissement.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *