Jusqu’aux extrémités de la terre

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17 avril 2016

 

1ère lecture : « Nous nous tournons vers les nations païennes » (Ac 13, 14.43-52)

Psaume : Ps 99 (100), 1-2, 3, 5 Nous sommes son peuple, son troupeau.

2ème lecture : « L’Agneau sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie » (Ap 7, 9.14b-17)

Evangile : « À mes brebis, je donne la vie éternelle » (Jn 10, 27-30)

 

Vous, familiers de cette église ou vous de passage ce matin, soyez les bienvenus.
Bienvenue tout particulièrement à vous, Père, dans cette église Saint Merry
qui réunit la communauté paroissiale qui vit une proximité de quartier
et le Centre Pastoral Saint Merry qui rassemble des personnes
venant de tout Paris et d’Ile de France.

Nous sommes heureux de partager aujourd’hui avec vous
notre prière au cours de cette messe.
Dans ce partage, permettez-nous de vous appeler aussi « frère » !
Nous allons écouter la Parole proposée aujourd’hui par l’Eglise.
Nous avons à cœur de l’inscrire dans nos vies individuelles,
communautaires, et aussi citoyennes.
Nous avons à cœur qu’elle nous aide à vivre la mission
donnée au Centre Pastoral  en 1975 par le cardinal Marty :
« inventer des modes nouveaux pour l’Eglise de demain ».
Pour cela nous sommes attachés à la coresponsabilité entre prêtres et laïcs,
tous appelés à être responsables, et de manière particulière
une équipe pastorale élue par la communauté.
Pour cela aussi, nous voulons vivre l’Evangile au cœur de la ville
et 3 mots nous guident plus particulièrement : écoute, accueil, solidarité.

Ecoute et accueil de la  diversité de nos contemporains
dans leurs multiples situations de vie :
couples, personnes seules, divorcés, homosexuels, migrants, réfugiés.
Accueil, dans ce quartier de Beaubourg, des artistes,
et de ce qu’ils ont à nous dire de l’homme,  oui,
cet homme qui est fait à l’image de Dieu.
Enfin, solidarités nationales et internationales à travers différents groupes
dont le dernier né, suite à notre fort investissement lors de la COP21,
travaille, avec l’aide de la lecture pas à pas de Laudato si,
à concrétiser, ici, des changements dans nos modes de vie communautaires.
La célébration dominicale est au cœur de ces engagements,
à la fois source et lieu de leur expression.

Père – frère – merci d’être venu la vivre avec nous aujourd’hui.

Introduction à la célébration

Lundi dernier, lors de la préparation de cette célébration,
nous avons été sensibles à l’ouverture au monde exprimée dans les textes.
St Jean dans l’Apocalypse parle
« d’une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues ».
Luc, dans les Actes des apôtres parle de salut
qui parvient jusqu’aux extrémités de la Terre.

Cette ouverture nous a semblé particulièrement en phase
avec ce que notre communauté cherche à vivre.
C’est cela que nous voulons célébrer :
la bonne nouvelle est annoncée à tous et,
ceux qui l’entendent, sont dans la joie.

 

Myriam Glorieux

Le récit de Luc est empreint de joie,
Cette joie communicative des jeunes communautés chrétiennes qui
élargissent leur accueil par la conversion des païens,
ces femmes et ces hommes aux extrêmités de la terre juive.
Cette joie de l’évangile offerte à tous.
Un exemple pour nous aujourd’hui ?
Ce n’est pas aussi simple.

Parce que nous sommes ici des communautés de vieille chrétienté
à qui Frédéric Nietzsche demandait d’avoir des têtes de ressuscité.
Parce que nous ne sommes plus face ou au sein d’un monde paën
c’est à dire un monde de toute manière sensible
à une transcendance même multiple.
Mais bien dans un monde indifférent voire
souvent hostile à toute culture religieuse.
En Europe occidentale, 44% des gens sont des non croyants
ou des athées convaincus. Dans la France de 2016,
ils représentent même les deux tiers de nos concitoyens.

Que faire pour les rejoindre ? Quelle langage adopter ?
Sûrement plus celui des églises
et de leurs formules toutes faites
souvent inaudibles même pour des chrétiens.
Quels témoignages actifs, quels engagements réels
pour signifier aux périphéries notre foi incarnée?

Sûrement pas en nous barricadant derrière
nos rigidités dogmatiques et dans nos sacristies :
Mais en ouvrant nos portes pour accueillir,
en allant au dehors à chaque occasion possible ou initiée.
Et à la différence des apôtres ou des disciples de Paul,
c’est notre poussière de certitudes pharisiennes
qui a si longtemps collé à nos pas de croyants
que nous devons secouer sur nos parvis.

Le Seigneur nous y appelle

Alain Cabantous

Bien que peu nombreux lundi pour la préparation,
nous étions un petit groupe mixte ; hommes/femmes ;
paroisse/Centre Pastoral ; français – et une étrangère

Loin de la  «  foule de toutes nations, tribus, peuples et langues»
qu’on trouve dans les autres textes de ce matin
mais suffisamment divers pour donner envie d’entendre
une deuxième langue….

So, I have been asked to say a few words in English.
I see movement and energy in the reading from the Acts of the Apostles
we have just heard, and many parallels with our lives today :
Paul and Barnabas are travelling in Asia Minor,
to the west of the country now called Turkey.
They are on a mission ;
to build and bond a community of Christians : de faire église.
We learn of some of the difficulties they come up against ;
the inévitable rivalries, tensions and disputes  
There are even expulsions.
And yet the message of encouragement in this text
is as relevant today as it was then.
So is the question :
how ready and willing are we to shake off the dust of our routines,
our certitudes, our prejudices ;
to open ourselves to the word of God – and in so doing,
bring joy and hope to our lives and those of others?

Josephine de Linde

 

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Homélie du cardinal André Vingt-Trois

Frères et Sœurs, chers Amis,

Depuis trois ans que le Pape François a été appelé à conduire l’Église du Christ,
celui-ci nous a répété à plusieurs reprises un message exprimé de façons diverses,
mais permanent dans ses objectifs :
raviver au cœur de l’Église sa mission d’annoncer la Bonne nouvelle,
raviver au cœur de l’Église la mission pastorale du Christ,
la rendre active et perceptible pour nos contemporains.

Quand nous entendons de façon aussi claire l’objectif pastoral de l’Église
– et donc la manière dont s’applique aujourd’hui la mission pastorale du Christ -,
nous comprenons que nous sommes invités continuellement
à déplacer notre point de vue, à ouvrir notre regard et nos cœurs.

Dans les réunions qui ont précédé l’élection du pape,
je me souviens avoir entendu la communication
de celui qui était alors le cardinal Bergoglio.
Il s’exprimait sur la manière dont l’Église devait vivre le troisième millénaire,
non pas comme une réalité auto-référencée, mais comme une réalité
qui trouve son identité dans la relation avec les autres.

Une réalité auto-référencée cela veut dire :
un corps ecclésial qui se replie sur lui-même parce qu’il ne pense qu’à lui,
ne réfléchit que sur ses projets, n’examine que ses propres idées,
ne se définit que par ses propres objectifs.

Ce qui peut arracher l’Église à cette tentation permanente
de ne regarder qu’elle-même,
et donc ce qui peut nous arracher, nous chrétiens,
à la tentation permanente de croire
que l’avenir de l’Évangile,
c’est celui que nous lui réservons,

c’est de découvrir à chaque moment, à nouveaux frais, le Christ
qui nous arrache à la contemplation de nous-mêmes,
à la satisfaction de ce que nous faisons,
à l’espoir de voir enfin reconnu que nous sommes meilleurs que les autres…

Le Christ manifeste dans sa vie
que le Père a voulu se faire proche des hommes.
Il nous invite, non pas à le garder proche de nous,
mais à nous laisser entraîner par lui
pour devenir à notre tour proches de nos frères.

Echapper à la tentation de se référencer à soi-même,
c’est aussi se laisser appeler par les besoins des hommes.
C’est accepter que la population humaine ne soit pas telle que nous l’imaginons.
C’est accepter que les attentes, les besoins, les souffrances,
les espérances qui traversent le monde
ne correspondent pas à ce que nous avons préparé pour y répondre.
C’est accepter que nous devions d’abord
ouvrir les yeux et reconnaître
celles et ceux auxquels nous sommes envoyés.

C’est cette attitude pastorale que le pape a développée abondamment
dans l’Exhortation apostolique Amoris laetitia que nous avons reçue
il y a quelques jours, en nous invitant à prendre conscience que
le premier lieu de l’annonce de la Bonne nouvelle, ce n’est pas nous,
c’est le lieu où nous sommes appelés.

Le premier lieu de témoignage de la miséricorde de Dieu,
ce n’est pas nous mais ceux qui ont besoin de miséricorde.
Le monde a besoin de miséricorde.

Notre société est traversée
par une frénésie de jugements et de condamnations.
Alors qu’on lui avait annoncé
qu’il n’y avait plus de bien ni de mal,
on assiste sans cesse à la chasse
à ceux que l’on considère comme les pécheurs.

Pour les chrétiens qui auraient encore
quelques difficultés à comprendre
ce qu’étaient les pharisiens,
ils n’ont qu’à regarder ce qui se passe autour d’eux
et ils auront une illustration
de ce que c’est que l’esprit pharisien.
L’esprit pharisien, c’est
la volonté de la perfection sans la miséricorde.
C’est la volonté du commandement,
de la loi, des lois, de plus de lois,
de toujours plus de lois,
pour éviter que la liberté humaine soit amenée
à choisir et à se prononcer.

Dans la dureté de ce monde, dans cette forêt de procureurs
qui sont tout prêts à dénoncer le mal chez les autres,
notre premier témoignage consiste à montrer
que la miséricorde de Dieu
nous rend capables de devenir miséricordieux.

Nous ne sommes pas constitués en association de chasse aux mauvais.
Nous ne sommes pas constitués en association de purificateurs de la société.
Nous ne sommes pas constitués en association de procureurs.
Nous sommes constitués en association de pécheurs pardonnés.

Nous sommes constitués en association d’hommes et de femmes
qui connaissent la faiblesse humaine.
Ils l’éprouvent dans leur propre vie et ils sont heureux de montrer
à travers leur vie que cette faiblesse ne dépasse pas
la puissance de l’amour de Dieu.

Ainsi, frères et sœurs, le Bon pasteur auquel nous sommes invités
à nous référer nous appelle à faire de nos communautés chrétiennes
un lieu d’action de grâces et de joie, comme cela apparaît
dans le livre des Actes des apôtres,
un lieu où l’on se réjouit d’avoir été touchés
à la fois ensemble et chacune et chacun pour nous-mêmes,
d’avoir été touchés par l’amour de Dieu au cœur de notre faiblesse.

Paris est comme le monde : Paris a besoin de miséricorde !
Les Parisiens ont besoin de savoir qu’il existe des lieux
et surtout des personnes capables de les aimer tels qu’ils sont
et de les aider à progresser dans leur vie.

Cette mission de notre Église composée de pauvres pécheurs,
consiste à manifester aujourd’hui dans notre ville
que nous sommes attentifs à ce que vivent nos contemporains,
que nous sommes attentifs à leur annoncer que dans leur vie actuelle,
telle qu’elle est, il y a une espérance possible,
de leur annoncer que l’amour de Dieu ne se lasse pas de venir à leur rencontre.

Amen.

 

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Qu’à la suite du Synode sur la famille
et de l’exhortation finale du Pape François,
chacune, chacun, dans notre communauté
comme dans l’Eglise toute entière
– quelle que soit sa situation familiale –
ne soit pas jugé(e) par quiconque
ou condamné(e) par une règle, une loi, une doctrine,
mais, accueilli(e) avec miséricorde
pour pouvoir exercer librement son discernement,
décider selon sa conscience personnelle
et prendre toute sa place dans une communauté ecclésiale
qui témoigne d’abord de l’amour de Dieu
pour toute femme et pour tout homme.
« Jusqu’aux extrémités de la terre ».
« Jusqu’aux périphéries du monde“.

Michel Bourdeau

« Annoncer la bonne nouvelle jusqu’aux extrémités de la terre ! »
disaient Paul, nouveaux convertis !
Aujourd’hui, notre terre s’est comme rétrécie:
des migrants, demandeurs d’asile ou réfugiés,
afghans, pakistanais, érythréens, soudanais, irakiens, syriens et d’autres…
arrivent à Lampedusa, à Lesbos, à Calais ou à la Grande Synthe ;
à Paris ils sont là, près de nous, dans des campements
sous le métro parisien de la Chapelle ou à Stalingrad.

Seigneur,  comme aux apôtres il y a plus de 2000 ans,
tu nous proposes aujourd’hui d’être « lumière des nations »,
porteurs de « salut », messagers de « vie éternelle » !

Quel sens peut avoir cet appel si tu ne nous donnes l’audace
de répondre « oui », personnellement et en église ?
Seigneur, donne-nous ton Esprit,
pour que nous inventions – encore- des moyens concrets
de recevoir nos frères du bout du monde,
et partager avec eux ce que nous avons,
jusqu’aux extrémités de nos forces,
jusqu’au plus profond de notre cœur !

 

Céline Dumont

À Saint-Merry, nous accueillons,
au nom d’une église ouverte et sensible au monde,
des artistes de la musique contemporaine,
des arts vivants et visuels,
des créateurs très divers venant des extrémités de la terre,
du Japon pour l’exposition de cet été
et d’Argentine pour la Nuit Blanche 2016.

Que notre communauté voie et entende la foi
dans l’homme à l’origine de leurs œuvres,
qu’elle se laisse bousculer par leur regard et leur  poésie,
qu’elle sache nouer avec eux un dialogue qui laisse passer l’Esprit.

 

Jean Deuzèmes

Seigneur écoute les appels qui nous arrivent des 4 coins de l’horizon,
dès que nous ouvrons les portes de notre église.

Ecoute ce steward d’Algérie, musulman,
qui vient se ressourcer spirituellement ici
à chacun de ses passages en France,

ce Chinois de Pékin, qui cherche à connaitre le christianisme

cette jeune Colombienne en pleurs
venant d’apprendre la maladie incurable de son frère,

ce Syrien, exilé politique , arrivé en France avec sa famille
et qui cherche du travail.

cette femme âgée, venue nous confier sa douleur ….

Tous ces visages, toutes ces langues,
tous ces citoyens du monde sont ton peuple,
Seigneur, apprends nous à les  accueillir.

Jacqueline Bruas
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Mot d’envoi en fin de célébration.

La bonne nouvelle est pour tous, même ceux qui semblent si loin !
Nous sommes invités à la découvrir là où peut-être nous ne l’attendons pas.
Nous sommes invités à la joie. Encore faut-il ne pas rester figé.
Sachons secouer la poussière qui nous retient, nous appesantit.

Nourris de la parole partagée et du corps du Christ,
allons le reconnaitre là où Il  nous précède !

Myriam Glorieux

 

Conclusion du cardinal André Vingt-Trois

Au cours des trois années écoulées, le Pape, à plusieurs reprises, a employé une formule qui donne à réfléchir sans que l’on trouve toujours la solution immédiate : « Ce qui est premier, ce ne sont pas les espaces, ce sont les processus ». J’ai médité souvent sur cette formule qui a un peu varié – ce ne sont pas les lieux, ce sont les temps ; ce ne sont pas les espaces, c’est le temps – pour essayer de comprendre ce qu’il voulait bien dire.

Alors évidemment, j’ai été éclairé par d’autres propos du pape qui donnent accès à sa pensée : il faut que les Églises sortent, qu’elles aillent vers les périphéries, ou bien encore : il ne faut pas se laisser engluer par nos propres pensées, mais il faut nous remettre constamment dans la pensée du Christ.

En réfléchissant, je me suis dit que les espaces ou les lieux, ce sont des endroits qui sont définis parce qu’ils sont fixes ; quand on y est, on est fixé, fixé quelque part et fixé dans un statut. Le processus et le temps, c’est l’indicateur d’un cheminement, d’une histoire, d’une éventualité, d’une possibilité de changer, de progresser, de ne pas se laisser nécroser par les habitudes, par le savoir-faire, par l’histoire… Le Christ nous appelle toujours vers un en-avant !

Je pense que cela nous aide à mieux comprendre notre propre vie, comment nous-mêmes nous sommes invités à ne pas nous définir d’abord par des lieux, mais par un chemin, par une histoire, par un développement. Et nous sommes invités aussi à voir les autres avec ce regard qui ne laisse pas conditionner par le lieu, à ne pas se laisser saisir, arrêter par la « niche » où l’on a fixé quelqu’un en pensant qu’il n’en sortira pas, qu’il ne voudra pas vivre autre chose. Nous sommes invités à nous laisser conduire par l’espérance que chacune et chacun est appelé à une vie nouvelle.

Être appelé à une vie nouvelle, cela ne veut pas dire être approuvé de ce que l’on  vit déjà, cela veut dire s’interroger, se remettre en question de ce que l’on vit pour vivre autre chose. Cela s’appelle, dans la tradition biblique, depuis les prophètes jusqu’à nos jours, la conversion. Il n’y a pas de vie nouvelle là où il n’y a pas conversion. Il n’y a pas de conversion si on est fixé dans les espaces plutôt que dans les processus.

Cette approche m’aide dans ma responsabilité à comprendre la mission des paroisses qui sont, non seulement des lieux, mais des bâtiments, des espaces définis destinés à rassembler. Cela m’aide à réfléchir pour aider chacune de ces communautés à passer de la notion de lieu ou d’espace, à la notion de processus, de mission, d’accueil, bref à aller vers les autres.

Je suis sensible au fait que, dans le tissu pastoral de la Ville de Paris, avec tant de visages différents, les participants de cette paroisse Saint-Merry et de son centre ont été capables de se laisser porter pour être décentrés, pour laisser leurs rencontres, leur accueil, leurs dialogues avec les autres, donner forme à leur expérience dans la foi, à leur expérience de la vitalité du Christ et poursuivre la mission qui leur a été confiée il y a 40 ans dans un monde qui n’était pas tout à fait le même qu’aujourd’hui mais où les impératifs de la mission sont demeurés les mêmes, c’est-à-dire que nous soyons toujours davantage capables d’aller à la rencontre du monde qui nous entoure.

 

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