La Cène de Léonard de Vinci, version chinoise

Le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris propose une rétrospective de Zeng Fanzhi, artiste internationalement reconnu. Dans une des dernières pièces est accroché « The Last Supper » (2001). Ce tableau a défrayé la chronique après avoir fait l’objet d’une vente aux enchères dépassant toutes les cotes atteintes jusqu’alors par un artiste chinois.

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The Last Supper (2001) de Zeng Fanzhi

SONY DSCSONY DSCUne œuvre exceptionnelle à voir au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, jusqu’au 16 février. Décodage d’un tableau : masque, pastèque, foulards, cravate et calligraphie.

Le MAM propose une rétrospective de l’artiste internationalement reconnu, Zeng Fanzhi. Dans une des dernières pièces est accroché « The Last Supper » (2001). Ce tableau  a défrayé la chronique après avoir fait l’objet d’une vente aux enchères dépassant toutes les cotes atteintes jusqu’alors par un artiste chinois. Mais son tableau très imposant par ses dimensions doit être aussi replacé dans l’œuvre et la vie de l’artiste pour en comprendre les codes.

Né en province, Zang Fanzhi vint à Pékin pour faire ses études aux Beaux Arts dans les années 80. Il fut surpris de voir que les personnes de la rue n’affichaient aucune expression particulière et cachaient toute opinion dans ce pays totalitaire.

Dans une attitude critique, mais ne risquant pas sa carrière, il prit alors l’habitude de respecter les codes de la peinture post-socialiste réaliste en revêtant tous les visages du même masque blanc, c’est donc lui et le genre humain qui sont représentés dans ses tableaux. Par ailleurs, dans une période difficile de sa vie, il parcourut son pays sans argent, réduit à manger des pastèques, fruit traditionnel de ce pays. C’est pourquoi, ce fruit à la chair rouge est souvent représenté dans ses peintures. Les foulards rouges des personnages font référence à un épisode de son enfance où il ne fut pas admis dans la jeunesse du parti (les scouts dirait-on), du fait de l’accusation portée contre son père d’être contrerévolutionnaire au moment de la révolution culturelle.

SONY DSCCes trois éléments font mémoire de sa vie personnelle, un écho peut-être au texte où Jésus demande de faire mémoire. D’autres détails donnent de la valeur à cette toile. Le ciel du fond et les calligraphies des murs font directement référence à toute l’iconographie de la peinture classique chinoise. Judas, lui, est représenté avec une cravate dorée, signe du pouvoir de l’argent ,et dans la figure de l’homme d’affaires contemporain, la forme de capitalisme adoptée par la Chine. La critique implicite du tableau est forte et dénonce ainsi la traîtrise du Parti vis à-vis de toute une civilisation traditionnelle.

Si vous voulez en savoir plus sur la place de la Cène dans l’art contemporain, retrouvez le dossier de Voir et Dire (>>>)

Jean Deuzèmes

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