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La confiance et l’entreprenant en période de Covid

La confiance est un socle pour vivre une relation de personne à personne, et co-construire notre société et son avenir. C’est ce que nos politiques ne cessent de dire, alors que les ménages ont cumulé en ce temps de Covid plus de 80 milliards d’euros depuis janvier pour parer à des temps difficiles à venir, une épargne qui fait suite aux manifestations des « gilets jaunes », période pendant laquelle de fortes sommes avaient aussi été épargnées. Confiance encore mise à mal à la lecture de l’enquête annuelle sur « les fractures françaises » (8èmevague du sondage Ipsos/Sopra Steria pour Le Monde, la Fondation Jean Jaurès et l’Institut Montaigne) où, entre 2013 et 2020, les Français sont 78 à 80 % à adhérer à l’item « on n’est jamais assez prudent quand on a affaire aux autres » ; ceci est complété par «la France doit se protéger davantage du monde d’aujourd’hui » pour 63 à 65 % des Français. Une situation de non-confiance « corrigée » en 2020 pour 47 % des Français qui acceptent le propos « quand je pense à la France dans les années qui viennent, je me dis que son avenir est plein d’opportunités et de nouvelles possibilités ». 

Ces propos tenus, plutôt pessimistes, sont le reflet d’une non-confiance, mais ne manifestent-t-ils pas tout autant une attente ?

Mais comment peut-on évoluer vers un avenir meilleur sans aller de l’avant ? Le relatif « confort », pendant ce temps du Covid, avec les mesures gouvernementales de financement du temps partiel, et d’appui aux entreprises, et plus largement le filet de protection sociale en place depuis de longues années, n’ont-ils pas estompé l’envie de se battre, conduisant à prioriser les avantages acquis ?

Y a-t-il des entreprenants pour faire avec cette épidémie ? Qui sont ces entreprenants ? Par entreprenant, j’entends ceux qui agissent pour changer « les choses », quels qu’ils soient (chefs d’entreprise, membres impliqués dans les associations, les entreprises, dans la vie de la cité). J’aurais pu citer le personnel de santé entreprenant, dont on a beaucoup parlé ; je me calerais plutôt sur les patrons de PME.

La plupart des études actuelles estiment que notre économie 2020 régressera de l’ordre de 5 % avec 800 000 à 1 million d‘emplois perdus (essentiellement des CDD, des intérimaires et des salariés de grands groupes en restructuration) ; ceci ne préjuge pas des vraisemblables défaillances d’entreprises à venir (il a fallu 7 ans après la crise financière de 2 008 pour stabiliser le nombre de défaillances). Les créations d’entreprise entre janvier et août, au nombre cumulé de 510 600, ne régressent que de 4 % par rapport à 2019. Autant d’éléments qui manifestent une certaine confiance en l’avenir, dans un contexte de difficultés bien plus grandes dans nombre de pays, ce qui n’écarte pas les fortes difficultés à affronter. 

Les différents sondages montrent qu’une majorité de dirigeants de PME s’inscrit dans une attitude optimiste. Cette majorité pense le retour à la normale pour la fin de l’année, voire en début d’année prochaine, mais bien sûr pas pour les secteurs les plus impactés (tourisme, hôtels-restaurants, culture, aéronautique). Les créateurs d’entreprise, au projet ambitieux de développement, sont les plus optimistes, imaginant même connaître une croissance effective.

Pourquoi cette confiance ? Certes, l’entreprise indépendante est pour beaucoup un projet de vie que son créateur ou son repreneur se donne les moyens de mener à bien. Certes, ils ont capacité à prendre des décisions, comme le font des capitaines de navire face aux tempêtes, et donc à influer sur le cours des choses. Certes, l’appui des Pouvoirs Publics est actuellement vigoureux.

Un pari sur l’avenir ? Une approche qui tiendrait d’un déni de situation ? Ou plutôt pour beaucoup une vision de l’avenir, un projet lucide non sans audace, une agilité face à la complexité des incertitudes, une remise en cause des situations acquises, une volonté de mobilisation des énergies avec ceux qui sont acteurs de cet avenir, qu’ils soient salariés, banquiers, clients, structures d’appui, pouvoirs publics…

Sommes-nous attentifs à l’apport de ces personnes « au bien commun », au-delà des stéréotypes souvent exprimés dans bien des discours tenus en Église, pour ne retenir que le profit égoïste ?

Ce comportement d’entreprenant peut-il interroger nos propres comportements et celui de nos communautés chrétiennes, car entreprendre n’est pas réservé aux seuls chefs d’entreprise. D’ailleurs nombre d’entre nous, au nom de leur foi, entreprennent notamment dans des associations, dans de nombreuses implications militantes pour plus de justice. 

La Covid nous a conduit à inventer des modalités de partage et de prière, par exemple via Zoom, Skype, WhatsApp… Mais aussi pour certains, à distribuer des repas à ceux dans le besoin, ou pour d’autres à prendre soin de qui était en isolement ou en difficulté de santé. D’autres ont beaucoup réfléchi sur l’après-Covid. Allons-nous poursuivre ? Quels consommateurs sommes-nous devenus ?

Quelles visions renouvelées par cette tempête avons-nous, osant affronter des cadres qui demandent à être réinterrogés en communauté (le cléricalisme, la place des femmes dans nos églises, l’importance accordée à œuvrer dans « la maison commune » …), au-delà de nos nombreuses implications personnelles ? De quelle audace faisons-nous montre, en communauté, pour bousculer l’attentisme de notre société ? François, notre pasteur, ne nous encourage-t-il pas à ces mutations qui inscrivent la confiance en l’avenir ?

André Letowski

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André Letowski

André Letowski est expert en entrepreneuriat, particulièrement en direction de l’analyse et de l’accompagnement des petites et moyennes entreprises indépendantes, une activité qu’il poursuit bien que retraité. Il est depuis toujours impliqué dans la recherche et un partage de foi en communautés, doublé d’une écoute de la pluralité des cultures, notamment à travers le voyage.

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