« Au Jardin d’été, ce samedi, après le marché, danses indiennes...»

La danse des jours

« Au Jardin d’été, ce samedi, après le marché, danses indiennes, africaines, hip-hop, flamenco... » Jean Verrier nous guide sur les routes de Provence. Quatrième chapitre de son journal émerveillé
« Au Jardin d’été, ce samedi, après le marché, danses indiennes...»
« Au Jardin d’été, ce samedi, après le marché, danses indiennes…»

Samedi 19 juillet. En clôture des Suds à Arles, les stagiaires des 50 ateliers de danse, chant, musique ont rendu public leur travail de la semaine. Nous avions eu un de ces ateliers sous nos fenêtres, dans le cloître de Saint-Césaire devenu cour de l’école Maternelle, qui nous a tenus à demi éveillés chaque après-midi par des chants corses dont l’âpreté s’est heureusement adoucie au fil des jours. On a pu les entendre de nouveau Cour des Podestats, derrière l’Hôtel de Ville. Au Jardin d’été, ce samedi, après le marché, danses indiennes, africaines, hip-hop, flamenco… On pouvait aussi pique-niquer sur place, mais il a fallu rentrer à la maison avec les paniers pleins, surtout à cause du poisson qui lui n’aurait pas pu attendre. Le soir, Place Voltaire, tangos et danses d’Afrique du Sud. Et les spectateurs se sont joints à la danse. J’aime bien cette alliance de professionnalisme et d’amateurisme le temps d’une saison.

 

« Valentin, Alexandre, Éric, Hélène et les autres ont encore gagné leur pari : faire paraître pendant deux semaines un  'quotidien arlésien' »
« Valentin, Alexandre, Éric, Hélène et les autres ont encore gagné leur pari : faire paraître pendant deux semaines un  ‘quotidien arlésien’ »

Dimanche 20 juillet. Valentin, Alexandre, Éric, Hélène et les autres ont encore gagné leur pari : faire paraître pendant deux semaines un « quotidien arlésien » de 12 pages format A4, avec de nombreuses photos en noir et blanc, à 1 euro, distribué un peu partout dans la ville. Son titre : le gai savoir, renvoie à Nietzsche mais aussi au « gai saber » ou « gaya scienza » des poètes occitans. Ils se sont connus pour la plupart au lycée Pasquet d’Arles et étaient camarades de classe de nos petites-filles. Leur objectif : « raconter la ville et ses aspérités », et c’est plus accrocheur que les pages de La Provence ou de La Marseillaise ! Ça va du détail insolite aux grandes questions. Ainsi ils ont interrogé François Hébel, le directeur des Rencontres qui a donné sa démission quand Maja (prononcer Maya) Hoffmann et sa fondation Luma ont pris possession des Ateliers de la SNCF où se tenaient la majorité des expositions de photos. « Je souhaite juste qu’Arles garde un petit côté hippie et insolent », leur a confié Hébel. Ils ont interrogé aussi la riche mécène et le maire d’Arles, Hervé Schiavetti (apparenté PC), qui tente l’arbitrage. Ils sont fouineurs ces jeunes gens, et parfois insolents, quittes à reconnaître le lendemain leurs dérapages. Chaque année, depuis 2008, c’est la même question : reviendront-ils l’été prochain ?

 

Lundi 23 juillet. Nous recevons Hiroshi Sanko, étudiant à l’université Paris 8 — Vincennes dans les années quatre-vingt. Il est aujourd’hui critique musical, spécialisé dans l’opéra (il en voit et entend une centaine par an) pour des journaux japonais. Il revient de 3 jours à Aix (bonne Flûte enchantée, nous dit-il) et repartira mercredi pour les Chorégies d’Orange. Mais plutôt que des concerts, des photos ou des monuments, il souhaite voir, et entendre, la campagne. Je l’emmène donc à la Chapelle Saint-Gabriel, petite merveille pré-romane aux pieds des Alpilles, qui sont malheureusement fermées à la marche tout l’été par peur des incendies, mais par plus de 35 degrés nous ne serions pas allés bien loin. Au retour, exploration d’un mas du XVIe siècle, abandonné, à l’écart de la route de Tarascon, le Mas des Mottets (le nom lui plaît), et enfin halte à l’abbaye de Montmajour avec son donjon médiéval et son abbaye du XVIIIe. La visite sera pour une autre fois. Ici culture et nature font trop bon ménage.

Avec Hiroshi Sanko...
Avec Hiroshi Sanko…
...à la Chapelle Saint-Gabriel, petite merveille pré-romane aux pieds des Alpilles
…à la Chapelle Saint-Gabriel, petite merveille pré-romane aux pieds des Alpilles

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

«... à l’écart de la route de Tarascon, le Mas des Mottets... »
«… à l’écart de la route de Tarascon, le Mas des Mottets… »

 

« ...et enfin halte à l’abbaye de Montmajour »
« …et enfin halte à l’abbaye de Montmajour »

 

 

 

 

 

 

 

 

Mardi 22 juillet. Je me fais couper les cheveux chez Sylvie, « la déesse du ciseau », près du Pont de Trinquetaille, dans un de ces salons arlésiens où l’on cause. Je lui dis que mes cheveux sont trop longs, que je ne sais pas me faire cette sorte de queue-de-cheval appelée « catogan » qui permet pourtant d’identifier dans les rues d’Arles « l’artiste », spécialement l’artiste photographe. Chez moi, en tirant, ça fait plutôt comme la queue d’un melon, ou comme un de ces casques que portent aujourd’hui les cyclistes du Tour de France. « Je peux vous les couper, me dit Sylvie, mais vous irez moins vite. »

 

« Cela nous vaut à chaque fois une joyeuse improvisation, voire une petite parade »
« Cela nous vaut à chaque fois une joyeuse improvisation, voire une petite parade »

Mercredi 23 juillet. Retour au Festival d’Avignon avec Anne, Juliette et Claire. Il fait très chaud mais le climat spirituel est lui aussi beaucoup plus chaleureux qu’il y a quinze jours. Déjeuner d’une salade dans un square au pied d’une église. Les jeunes comédiens du Off défilent à notre table en nous proposant l’un ou l’autre des 1200 spectacles au programme pour la saison. Cela nous vaut à chaque fois une joyeuse improvisation, voire une petite parade, si bien que nous avons failli demander à ces deux vieillards en short et chemisette colorée qui s’approchent de nous dans quelle pièce ils jouent, où et à quelle heure. Notre spectacle, nous l’avons retenu au Théâtre de l’Observance pour 13 h 20. Une valeur sûre : Les Précieuses ridicules dans une mise en scène endiablée de Gaël Albesoy, avec seulement 5 comédiens. La salle est petite, ce n’est pas la Cour des Papes, mais il y a quelques excellentes trouvailles et nous sommes entraînés dans la danse. Au retour, halte dans la cour de la Maison Jean Vilar où nous sirotons un sirop d’orgeat en écoutant distraitement un débat sur la pièce « L’Élu » d’après Thomas Mann donné dans le In.

 

« ...dans la Chapelle de la Charité, joyau de l’art baroque... » 
« …dans la Chapelle de la Charité, joyau de l’art baroque… »
« ...Christian Lacroix a rassemblé photos anciennes et modernes de l’insaisissable personnage de l’Arlésienne »
« …Christian Lacroix a rassemblé photos anciennes et modernes de l’insaisissable personnage de l’Arlésienne »

Jeudi 24 juillet. Petit tour aux expos : la très intéressante collection Walther à l’Espace Van Gogh (mais l’expo est sur deux étages et nous finissons complètement frigorifiés par la climatisation), et, dans la Chapelle de la Charité, joyau de l’art baroque, le couturier (devenu « designer ») Christian Lacroix a rassemblé photos anciennes et modernes de l’insaisissable personnage de l’Arlésienne. Par exemple, un ensemble de photos prises par Philippe Praliaud d’Arlésiennes d’aujourd’hui, des brunes et des blondes, des jeunes et des plus âgées, chacune photographiée en habit de ville à gauche et en costume d’Arlésienne à droite (mise en scène de Clément Trouche), avec ce commentaire : « Nombreuses sont les Arlésiennes importées qui redonnent du sang neuf et un souffle nouveau ou une saveur inconnue à la ville. »

Jean Verrier

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