La décision

« Je ne sais pas ce qu’est un homme, je n’en connais que son prix » écrit Brecht dans La décision. La première fois que j’ai entendu cette phrase, sortie de son contexte, j’ai pensé qu’en effet, il était sage de reconnaître que nous ne savions pas ce qu’était un homme ; que la diversité des cultures et des histoires nous gardait de définir aisément un homme ; mais qu’une chose, par contre, était sûre, c’est qu’au-delà de nos différences, nous pouvions décider du prix d’un homme, à savoir, paradoxalement, qu’il n’en a pas : la vie d’une femme, la vie d’un homme, n’a pas de prix.

Or La décision est parue en 1930, en plein éclatement de la Grande Dépression où des millions de femmes et d’hommes furent réduits au chômage, à la misère, à l’émigration… Les œuvres de Brecht furent bientôt brûlées en place publique par les nazis, et lui-même fut contraint à l’exil. La phrase, dans La décision, est en fait prononcée par un marchand. Elle pourrait l’être par un passeur de migrants, un proxénète, un esclavagiste des temps modernes.

Souvenons-nous de ces bateaux de fortune où sont parqués celles et ceux qui tentent de gagner une terre d’accueil loin des conditions de vie difficiles, parfois insoutenables, dans leur pays natal ! Le prix, le nombre. A partir de combien de milliers de morts allons-nous finir par être sérieusement scandalisés et prendre la décision de devenir acteurs ? La destruction à venir des vestiges de Palmyre par Daesh suscitera-t-elle plus de désapprobation que celle de milliers d’être humains ? Le prix d’une pierre, le prix d’un homme, même combat ?

Benoît

Billet du dimanche 7 juin 2015

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