« La folie de Dieu plus sage que les hommes ! »

Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. » Des Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? » Jésus leur répondit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. » ...il parlait du sanctuaire de son corps.

 

8 mars 2015
3ème Dimanche de Carême
Année B

Lectures
1ère lecture : La Loi fut donnée par Moïse (Ex 20, 1-17)
2ème lecture : « Nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les hommes, mais pour ceux que Dieu appelle, il est sagesse de Dieu » (1 Co 1, 22-25)
Evangile : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai » (Jn 2, 13-25)

Nous, nous proclamons un Messie crucifié,
scandale pour les Juifs,
folie pour les nations païennes.
Mais pour ceux que Dieu appelle,
qu’ils soient juifs ou grecs,
ce Messie, ce Christ, est puissance de Dieu et sagesse de Dieu.
Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes,
et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.
                                                                                                     (1 Co 1, 23-25)

 

à propos d’Ex 20, 1-11

Toute quête de Dieu génère des représentations, au moins au début, mais il y en a qui passent plus mal ! « Moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux » en est un bon exemple. Ce Dieu là semble tout droit sorti d’une de ces mythologies que l’on trouve dans des œuvres de science fiction. Avec les défauts des hommes, mais en plus dévastateur. Il faut se souvenir aussi que cette formulation a servi d’argument à la thèse des deux dieux, distincts quand ils ne sont pas opposés l’un à l’autre : celui de l’ancien Testament, possessif et sanguinaire ; celui du nouveau Testament, plein d’amour et de miséricorde… Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Essayons d’y voir de plus prêt, autant le dire tout de suite, avec un a priori : j’aime bien cette représentation de Dieu.

Premières remarques : il semble qu’il s’agisse d’une originalité du Dieu d’Israël et qu’on ne retrouve pas ailleurs une définition semblable. Par ailleurs, elle est loin d’être secondaire : la racine hébraïque qui exprime la jalousie a de nombreuses occurrences dans l’ancien Testament. Quant au nouveau Testament, il n’hésite pas à utiliser le mot qui est utilisé dans la Septante, la version grecque de la Bible hébraïque, pour traduire le terme hébreu. La continuité entre les deux Testaments n’est donc pas absente.

Mais toutes les images anthropomorphiques de Dieu ont leurs limites, comme les traductions. Que pourrait bien vouloir dire pour Dieu le désir de posséder ce qui appartient à d’autres, au risque de la violence morbide et de la haine auxquelles peuvent conduire la jalousie ? Tout est à lui. De même, il ne faut pas prendre au pied de la lettre ce qui n’est qu’un effet rhétorique : l’accent du texte n’est pas mis sur la sévérité d’une punition divine qui porterait sur quatre générations, mais sur la disproportion qui existe entre la menace et l’étendue de la promesse, sur mille générations.

C’est pourquoi des biblistes ont recours aussi à d’autres traductions pour insister sur ce qui serait la spécificité de la jalousie divine. C’est ainsi que certaines versions de la Bible parlent de « passion jalouse ». La jalousie comme signe d’amour, d’un amour sans cesse bafoué et qui pourtant n’arrête pas d’aider chacun d’entre nous à se libérer de ses maisons d’esclavage.

Les rédacteurs de la Bible ont cherché ainsi à exprimer que Dieu prend l’homme au sérieux, collectivement et individuellement ; qu’il ne nous voit pas comme des marionnettes interchangeables, comme des ressources humaines… Pouvons-nous en dire autant ? Une manière d’entendre Dieu nous dire : jamais sans l’homme, jamais sans ma créature, jamais sans toi. Pourquoi Dieu tient-il autant aux hommes, à chaque homme en particulier ? Nous ne comprendrons jamais la gratuité absolue de l’amour, qui ne s’explique pas, qui ne sert à rien, parce que cet amour ne se justifie que par lui-même. Nous ne comprendrons jamais l’amour excessif, démesuré de Dieu. Nous ne pourrons au mieux qu’en être les témoins, les signes ; et en vivre pour y répondre.

La Bible nous dit aussi autre chose : cette passion a vocation à être communicative et réciproque. C’est ce que l’on peut comprendre en lisant Saint Paul, qui utilise le même mot à propos des croyants non-juifs, dans l’épître aux Romains. Il détecte chez eux « une passion jalouse pour Dieu » (Rm 10, 2). Il va même jusqu’à s’attribuer le même sentiment dans la seconde épître aux Corinthiens vis-à-vis de ses interlocuteurs : « J’ai une passion jalouse pour vous, la passion jalouse de Dieu lui-même, parce que je vous ai fiancé à un seul homme, pour vous présenter au Christ comme une vierge pure » (2 Co 11, 2).

Qu’attend donc de l’homme ce Dieu à la passion jalouse ? L’amour véritable de Dieu qu’il espère, consiste à faire sa volonté, qui s’exprime dans les deux commandements de l’amour pour Dieu et de l’amour du prochain. « Aimez-vous les uns les autres de l’amour dont je vous ai aimés » (Jn 15, 12).

C’est ce que dit, à sa manière, Pedro Arrupe : « Rien n’est plus réalisable que de découvrir Dieu, c’est-à-dire de tomber amoureux d’une façon tout à fait absolue, finale. Ce dont tu es amoureux, ce qui saisit ton imagination, transformera tout. […] Tombe amoureux, reste amoureux et cela décidera de tout ».

 Olivier

 

Commentaire de l’Evangile (Jn  2,13-25)0P1060245(1)P1060245(1)

Diantre ! Mais quelle mouche a piqué Jésus ! Quelle fougue !  Quelle hargne !

Pourquoi est il  fâché à ce point ?Est il devenu fou ? A-t-il pété un plomb ?

Oui apparemment rien ne va plus dans ce « royaume » : ce qui devrait se trouver le plus saint est dévoyé, perverti, monétarisé, échangé contre monnaie sonnante et trébuchante…

Et quoi ? nous n’aurions pas le droit de faire un peu de business ? même sur les franges, même sur les marges ? quelques petits arrangements entre amis ? et pourquoi pas avec Dieu ?

Et bien non, on ne  marchande pas avec Dieu. On n’honore pas du bout des lèvres. On ne substitue pas au don véritable une économie des offrandes désormais périmées. Rassurez vous, on fera bien la quête tout à l’heure. Et vous donnerez, généreusement, surtout pour aider en cette période de Carême des organismes, comme le CCFD, qui, jusqu’à preuve du contraire, sont habilités par les évêques pour nous faire sortir du misérabilisme, de l’assistanat, pour entrer dans une vraie démarche de solidarité, pour aider réellement les Eglises du Sud qui sont souvent les seules institutions qui tiennent debout dans des pays délabrés, ravagés par la corruption mais aussi la mondialisation de notre indifférence.

Pourquoi ne pas le dire ? Le procès de Jésus qui se joue ici, c’est celui de tous les gêneurs, qui, au nom de la pureté de leur relation à Dieu, cassent le système. Et la liste est longue… si la lumière n’est pas faite sur l’assassinat des sœurs américaines ayant défendu les Sans Terre au Brésil enfin –  enfin-  la cause de Mgr Romero arrive au but au Salvador. Car pas de réconciliation sans reconnaissance de la vérité, pas de pardon sans justice.

De quoi donner du baume au cœur à tous ceux qui en ont bavé, des héros de la théologie de la libération aux plus modestes défenseurs des immigrés, des sans papiers… à qui, parfois, on n’a pas donné d’autres choix que de quitter l’Eglise, préférant les « fidélités infidèles » à l’audace apostolique, le risque pris au nom de l’Evangile

Evidemment, au cours du partage pour préparer cette célébration, comme par hasard – que dis je par miracle – un nom est apparu : celui du pape François. Toute ressemblance entre la scène des vendeurs chassés du Temple et la situation au Vatican serait évidemment purement fortuite. Traquer les monsignore mafieux, les affaires louches de la banque du Vatican, châtier avec la plus extrême sévérité des prêtres pédophiles, refuser le carriérisme et l’alzheimer spirituel de cardinaux infidèles au pape n’a évidemment rien à voir avec la monnaie des changeurs et les marchands de colombes de l’Evangile…

Mais ne cherchons pas la diversion dans la critique facile de l’institution. Regardons plutôt ce que Dieu vient purifier dans nos organisations. Est-ce que l’amour de Dieu fait vraiment notre tourment ? Qu’est ce qui nous fait courir ? Nous met en route ? Mais surtout, comme Michel de Certeau invite à se demander : sommes nous témoins d’un Autre ?  Comment empêchons-nous chacun de se clore sur son narcissisme et son égocentrisme ?  Comment collectivement permettre que ce monde ne se boucle pas sur lui-même ?

Allons plus loin : de quels signes avons-nous vraiment besoin ? Qu’est ce que nous reconnaissons comme signes ?  nous sommes-nous demandés en équipe de préparation, ce qui est  deux choses différentes.

Dans ce temple, il se passe décidément le meilleur comme le pire… alors faut il abolir tous les temples  s’ils sont abandonnés à nos dérives mesquines et à nos petits commerces ? faut-il fermer st Merry alors que nous venons de refaire la façade (et la transformer en boutique de fringues, salle de spectacle ou galerie marchande) ? Ah ben non alors !

Non, ce dont témoignent les lectures de ce dimanche, c’est que Dieu s’intéresse à l’homme, s’intéresse à chacun de nous, à moi, à toi… infiniment plus que nous ne pouvons imaginer alors.  Vouloir vivre de cette folie là, c’est assurément inverser beaucoup, beaucoup de priorités dans nos existences,  c’est donner du goût à nos existences et bien plus précisément encore, participer au relèvement, à la résurrection promise pour tous. Si Jésus est le véritable Temple, alors terminé les temples du consumérisme, des bricolages hasardeux , des compromis douteux…

Il y a dans cet Evangile un appel et une promesse : un appel à un véritable radicalisme évangélique.  Pour faire de la mauvaise publicité – vous voyez que l’on s’en sort  pas – je lisais dans la Croix du 20 février l’appel à nous mettre en mouvement pour que des congrégations d’un nouveau genre naissent aujourd’hui comme au XIXe siècle dans les quartiers populaires et une promesse, car ce choix de mettre sa vie à la suite du Christ, même s’il peut coûter, s’il dérange, est un cheminement et jamais un aboutissement. Il s’agit d’aimer vraiment.

Alors mettons nous en route, en route communautairement. Dieu veut faire alliance avec nous. Ne soyons pas des petits boutiquiers de la grâce aurait dit Péguy.  Et si cela ne fait pas plaisir aux puissants sur leurs trônes, et bien tant pis.  Amen.

Jean-François Petit

 

 

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