La Grâce

Représenter la grâce ? Un pari et des découvertes à l’Institut protestant de théologie jusqu’au 26 mars. La chronique de Jean Deuzèmes.

Pas facile d’approcher visuellement la grâce, un mot présent 215 fois dans la Bible (tout dépendant de la traduction) qui a suscité des milliers de pages de réflexion, de spiritualité et de prières. Un mot que l’on entend à toutes les célébrations ! Un mot si familier et jamais usé.

Centrée sur ce mot très dense dans le protestantisme l’exposition à l’Institut protestant de théologie, un lieu intellectuel prestigieux, est un bel exemple de la tentative d’appropriation d’un même concept par des artistes. L’exposition est caractéristique d’une certaine approche protestante de l’art : partir d’un mot lourd théologiquement, le travailler, le revisiter et transformer ce terme abstrait, simple et complexe à la fois, en un concret sensible.

La Grâce. IPT. 6-25 Mars 2018 from Voir & Dire on Vimeo. (sonorisé)

Quatorze artistes y présentent leur travail : Catherine Axelrad (impressions sur toile), Miryam Barnini (sculptures), Laurence Berthelot (oeuvre en papier), Élodie Cariou (installation émail), Brigitte Dautrême (encres et collages), Jocelyne Creusier (statuettes bronze), Annie Donnay (peinture technique mixte), Nicole Dupont (installation béton cellulaire), Claude Gaudriault (peinture à la cire perdue), Ann Bruce Hénaff (collage), Claude Klimsza (sculpture métal), Odette Lecerf (sculpture), Thaddée (collages sur papier), Sylvie Tschiember (écriture).

Catherine Axelrad

Voir et Dire a particulièrement apprécié :

  •   une belle vidéo de Sylvie Tschiember
  •   une splendide sculpture en pierre d’Odette Lecerf
  •   un ensemble de sculptures en fer et bronze de Jocelyne Creusier
  •   des collages de Thaddee
  •   une sculpture originale de Claude Klimsza
  •   une installation émaillée d’Élodie Cario

La variété des œuvres, ici, renvoie autant au traitement des matériaux (du collage à la vidéo en passant par la sculpture ou l’installation), aux diverses cultures artistiques, qu’aux multiples interprétations possibles du terme.

Comme l’ont rappelé Emmanuelle Seyboldt et Jérôme Cottin[1], lors du vernissage, la grâce est un don gratuit, celui de Dieu, une force qui libère les potentialités et rend créateur (« Ma grâce te suffit »). La valeur de ce mot s’inscrit d’abord dans le religieux, mais le déborde. Ainsi cette exposition, malheureusement sans catalogue ou site, tient du performatif : les artistes parlent de la grâce en la manifestant ; ils sont des passeurs de sens.

La grâce

Catherine Thaddée

Voici que la grâce de l’Évangile,

Si difficile à comprendre aux gens pieux,

Nous met en face de la vérité et nous dit :

Tu es un pécheur, un très grand pécheur,

Incurablement,

Mais tu peux aller, tel que tu es,

À Dieu qui t’aime.

Il te veut tel que tu es,

Sans que tu ne fasses rien,

Sans que tu donnes rien,

il te veut toi-même, toi seul…

Réjouis-toi !

En te disant la vérité, ce message te libère.

Dieu veut te voir tel que tu es pour te faire grâce.

Tu n’as plus besoin de te mentir à toi-même

Et de mentir aux autres

En te faisant passer pour sans péché.

Ici, il t’est permis d’être un pécheur,

Remercie Dieu.

Dietrich Bonhoeffer

 

Jean Deuzèmes

[1] Emmanuelle Seyboldt est Présidente du conseil national de l’Église protestante unie de France, et Jérôme Cottin, professeur à la Faculté de théologie protestante de l’Université de Strasbourg.

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