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La joie de l’amour, ou Amoris laetitia, de retour

Le pape François propose de nous investir à nouveau sur le thème de la famille en 2021. Je vous invite à observer ce que sont les familles aujourd’hui, en adoptant son souci d’y accueillir la recherche tâtonnante de « la joie de l’amour ».

Un bref état des lieux en quelques chiffres

En 2017 selon l’INSEE, au sein des plus de 15 ans, 29,5 millions de ménages (l’ensemble des occupants au sein d’un même logement) se composent à 50 % de couples (au sein desquels ceux avec enfants sont la moitié avec pour 45 % d’entre eux un seul enfant), 36 % d’une seule personne (célibataires), et 9 % sont des familles monoparentales. Mais n’oublions pas que les deux tiers des Français vivent au sein d’un couple. (1)« France, portrait social, édition 2020 », Insee collection références

Le nombre de familles monoparentales a progressé de 35 % entre 1990 et 2017, le nombre de célibataires de 33 %, les couples sans enfant de 8,5 %, alors que les couples avec enfant(s) ont chuté de 31 %. N’est-il pas étonnant que les familles « atypiques » (célibataires, couples homosexuel(le)s) sollicitent l’adoption ou la PMA, alors que les couples hétérosexuels connaissent une nette chute en procréation ?

Par ailleurs 67 % des enfants vivent dans une famille « traditionnelle », 24 % dans une famille monoparentale et 9 % dans une famille recomposée.

Autre élément encore, en 2018, 235.000 mariages et 209.000 Pacs ont été enregistrés ; par ailleurs, 19 % vivent en union libre. Mais dans le même temps, de l’ordre de 128.000 divorces et 85.000 dissolutions de Pacs ont été prononcés, et 265.000 unions libres ont été rompues (chiffres 2015 pour ce dernier point). Noter que 75 % des couples ont une durée de vie d’au moins dix ans mais 12 % d’au plus cinq ans.

De fait, à la question posée aux parents « pensez-vous que vous vivrez toute votre vie avec le père/la mère de vos enfants ? », 72 % répondent oui, mais seulement 37 % certainement contre 35 % probablement.

759.000 naissances ont eu lieu en 2018 (dont 60 % hors mariage), alors que 232.200 IVG enregistrées médicalement ont été opérées en 2019 selon la DREES. Noter que 53 % des Français auraient souhaité plus d’enfants au sein de leur foyer. (2)« La famille en France: 10 grandes tendances », Vers le Haut, une compilation de statistiques, mars 2019

Quelle importance revêt la famille pour les Français ?

Quels mots évoquent la famille ? Bonheur (71 %), joie (60 %), notamment pour les couples avec enfant(s) avec respectivement 80 et 67 %; deux autres mots sont encore évoqués: la solidarité (53 %), et la tradition (41 %) selon le sondage Kantar déjà cité. On retrouve ces mêmes ordres de gardeur dans une autre enquête. (3)« Les Français et les nouveaux enjeux de la famille », Ifop pour Femme Actuelle et Enfant magazine, janvier 2012

72 % des Français en janvier 2017 (4)Sondage Ifop en janvier 2017 pour La Manif’ Pour Tous disent être plus proches des membres de leur famille que de leurs amis, notamment parce que la famille est une valeur qui est partagée par tous et n’est ni de droite ni de gauche (90 % dont tout à fait d’accord 51 %), et parce que la famille est le premier lieu de solidarité, notamment entre les générations (91 % et tout à fait d’accord 45) ; elle est le principal amortisseur social (c’est-à-dire que c’est là que s’exercent la solidarité et l’entraide) pour 89 % dont 38 tout à fait d’accord, et un atout pour la paix sociale qui favorise le vivre ensemble (88 et 37 %).

Mais pour 50 %, la famille est moins importante qu’il y a 30 ans (5)Sondage Kantar Sofres juillet 2016 pour l’ADMR et Louis Harris pour la Parisienne en septembre 2015 (même ordre de grandeur des résultats) ; 65 % estiment qu’il est plus difficile aujourd’hui de s’occuper de sa famille qu’il y a 30 ans (chômage, précarité pour 56 %, baisse du pouvoir d’achat pour 54 %) mais aussi baisse des valeurs traditionnelles (46 %) et montée des individualismes (46 %), sans oublier les mobilités géographiques (45 %), le travail des deux parents (42 %) et le fait des nouvelles formes de familles (familles recomposées, familles monoparentales…) pour 30 %.

L’engagement dans le mariage (6)« Mariage : enjeux et préparation » IFop pour Monfairepart, octobre 2019

89 % estiment que la décision de se marier doit être réfléchie. De fait, 62 % affirment qu’un couple doit vivre ensemble avant de se marier (36 % jusqu’à trois ans, 26 % au moins trois ans), alors que pour 38 % ce n’est pas nécessaire.

Les éléments essentiels pour s’engager de manière durable dans une relation amoureuse ? En premier lieu c’est la relation de conjoint à conjoint qui importe (58 % avoir une confiance réciproque, 47 % réussir à communiquer, savoir pardonner/se réconcilier 17 %), pour avoir une vie intime épanouissante (21 %), loin devant le partage des valeurs (16 %), voire le désir de fonder une famille(16 %).

Comment réagissent-ils face aux différentes nouvelles formes de famille ? (7)« Les Français et les nouveaux enjeux de la famille », Ifop pour Femme Actuelle et Enfant magazine, janvier 2012

Interrogés sur les différents types de couples pour savoir s’il s’agit à leur sens d’une famille, ils sont majoritairement ouverts aux nouvelles formes: certes la famille classique domine (92 % pour la famille nucléaire, et 78 % la famille élargie), mais aussi 78 % pour la famille recomposée, 71 % pour la famille monoparentale, et plus modérément (50 %) la famille homoparentale recomposée (deux adultes du même sexe avec des enfants issus d’une précédente union) ou la famille homoparentale adoptive (deux adultes du même sexe avec des enfants adoptés) avec 48 %.

Si pour 64 % (dont tout à fait 19), la famille nucléaire sera dans dix ans encore un modèle majoritaire dans la société française (plus pour les hommes 70 % que pour les femmes 59 %), l’acceptation des autres modes de famille, notamment la substitution du père par un autre homme est majoritairement acceptée. Il en est ainsi du statut du beau-père; 83 % (dont tout à fait 25 %) sont favorables à l’instauration d’un véritable statut parental du beau parent ; il en est de même pour les familles homoparentales recomposée (50 % mais 60 chez les moins de 35 ans et 41 % chez les 50 ans et plus). Pour les familles homoparentales adoptives, là encore les moins de 35 ans sont 59 % contre 40 pour les plus de 50 ans.

Ainsi pour 52 % des Français, la famille est de moins en moins le lieu privilégié de la transmission des valeurs, notamment pour les plus de 50 ans (56 % vs 46 chez les moins de 35 ans) et chez les moins diplômés (59 % contre 43 les plus diplômés).

Comment les catholiques pratiquants se positionnent-ils face à la famille ?

Ces derniers sont les plus proches de la famille traditionnelle, défendue par l’institution Église catholique, alors que les catholiques non pratiquants sont plus proches des sans religion (sondage cité en note 3, bas de page).

Si la famille est pour tous bien plus importante que les amis, et une valeur partagée par tous, elle est toujours plus importante pour les catholiques pratiquants que pour les catholiques non-pratiquants (selon les items, proches de l’ensemble des Français, ou proches des sans religion).

Au regard des différents types de familles, évoqués dans la loi sur la bioéthique (8)« Les Français et les questions liées à la bioéthique », Sondage Ifop pour la Croix, décembre 2017, là encore les catholiques pratiquants se différencient des catholiques non pratiquants, des autres religions et bien plus encore des sans religion.

Les mêmes écarts se retrouvent dans le sondage BVA pour le Parisien en février 2014. Toutefois on y apprend aussi que 90 % des catholiques sont favorables au droit à l’IVG (mais 63 % des catholiques pratiquants), que le mariage gay n’est accepté que par 37 % des pratiquants contre 51 % pour les pratiquants occasionnels et 61 % pour l’ensemble des Français.

Si 50 % des Français disent approuver le droit à l’adoption pour les couples homosexuels, 42 % des catholiques Français approuvent ce droit, mais seulement 21 % les pratiquants réguliers. Enfin, 83 % des Français et des catholiques attendent que l’Eglise accepte de remarier les personnes divorcées.

Que tirer de tous ces faits ? Si la famille perd du terrain, elle demeure incontestablement importante, recherchée comme un espace de bonheur et de solidarité, avec des exigences pour que le couple de poursuive, mais sans certitude, recherchant avant tout l’épanouissement des personnes. Les Français prennent en compte l’évolution des vécus de couple, une réalité bien plus difficile à intégrer pour les catholiques pratiquants, ce qui est bien moins le cas des catholiques non pratiquants.

Paradoxalement, les catholiques touchés personnellement dans leur vie sont plus ouverts (IVG, divorcés remariés), à moins que ces situations soient reconnues de longue date par la société, une situation à laquelle ils se conforment avec le temps. Par contre, les actuelles modalités diversifiées de couple, qui ne les concernent souvent que de loin, sont souvent refusées ; toutefois, ceux qui sont directement en prise avec ces évolutions de vie adoptent bien souvent une attitude plus ouverte, et pas nécessairement « pour leur confort ».

Alors comment exprimer la « Bonne nouvelle » dont nous témoignent les Évangiles, notamment à ces familles et couples dans leurs vécus actuels, leurs recherches de bonheur et leurs difficultés à y parvenir ? Comment intégrer ces réalités dans une approche pastorale ?

Le pape François a décidé d’instaurer en 2021 une année de la Famille en s’inspirant à nouveau d’Amoris Laetitia (La joie de l’amour), estimant que ce texte est trop peu mis en œuvre, parce que « La joie de l’amour qui est vécue dans les familles est aussi la joie de l’Église ». Il y fait un état des lieux des réalités diverses et complexes des familles dans le monde, rappelant qu’il n’existe pas de famille idéale, mais que cette cellule familiale, que l’Église entend bien accompagner de son mieux, est à la fois riche et complexe. Le pape François y plaide pour une Église non pas dogmatique et intrusive mais accueillante.

Allons-nous nous emparer en 2021 de cette proposition ?

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Notes

1 « France, portrait social, édition 2020 », Insee collection références
2 « La famille en France: 10 grandes tendances », Vers le Haut, une compilation de statistiques, mars 2019
3 « Les Français et les nouveaux enjeux de la famille », Ifop pour Femme Actuelle et Enfant magazine, janvier 2012
4 Sondage Ifop en janvier 2017 pour La Manif’ Pour Tous
5 Sondage Kantar Sofres juillet 2016 pour l’ADMR et Louis Harris pour la Parisienne en septembre 2015 (même ordre de grandeur des résultats
6 « Mariage : enjeux et préparation » IFop pour Monfairepart, octobre 2019
7 « Les Français et les nouveaux enjeux de la famille », Ifop pour Femme Actuelle et Enfant magazine, janvier 2012
8 « Les Français et les questions liées à la bioéthique », Sondage Ifop pour la Croix, décembre 2017
André Letowski

André Letowski est expert en entrepreneuriat, particulièrement en direction de l’analyse et de l’accompagnement des petites et moyennes entreprises indépendantes, une activité qu’il poursuit bien que retraité. Il est depuis toujours impliqué dans la recherche et un partage de foi en communautés, doublé d’une écoute de la pluralité des cultures, notamment à travers le voyage.

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