La liberté du fils… et du père

« Le Dieu auquel nous adhérons n’est pas un dieu impérial, menaçant ; c’est un Dieu qui nous a créés avec des dons et qui nous laisse la responsabilité d’en disposer ». Le 9 mai dernier, l’association David et Jonathan a animé, à St Merri, comme elle le fait chaque mois, une réunion de prière et de partage. Au centre de la réflexion, nourrie par la contemplation d’un célèbre tableau de Rembrandt, deux épisodes de la parabole du fils prodigue : le départ du fils et l’accueil du père à son retour.

Rembrandt, L'enfant prodigue, Musée de l'Hermitage, Saint-Petersbourg

« Le Dieu auquel nous adhérons n’est pas un dieu impérial, menaçant ; c’est un Dieu qui nous a créés avec des dons et qui nous laisse la responsabilité d’en disposer ». Le 9 mai dernier, l’association David et Jonathan a animé, à Saint-Merri, comme elle le fait chaque mois, une réunion de prière et de partage ouverte à tous les membres du Centre Pastoral Halles-Beaubourg. Au centre de la réflexion, nourrie par la contemplation d’un célèbre tableau de Rembrandt, deux épisodes de la parabole du fils prodigue : le départ du fils et l’accueil du père à son retour. Des moments de méditation personnelle et d’échanges ont été introduits, sur chacun de ces thèmes, par les réflexions que nous publions.

 

Que faisons-nous de la liberté de quitter la maison ?

 

« Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.” Et le père leur partagea son bien. Peu de jours après, rassemblant tout son avoir, le plus jeune fils partit pour un pays lointain et y dissipa son bien en vivant dans l’inconduite. »

 

Le fils cadet demande sa part et le père la lui donne, sans rien garder et rien exiger, ni promesse de retour, ni engagement de restitution ni conditions d’utilisation de l’héritage. Dieu ne veut pas des fidèles serviles, obéissants, craintifs. Il nous crée libres. Au point de nous laisser la responsabilité de « quitter la maison ». La lecture du début de la parabole nous surprend par la simplicité avec laquelle le père se dessaisit de ses biens, car tel est le choix de son fils.

Pourtant le père ne reste pas indifférent. L’immense joie du retour de son fils laisse deviner l’immense douleur causée par son départ. Comme il a dû souffrir, ce père, en voyant son fils le quitter ! Comme Dieu doit souffrir de tous nos départs !

Méditons sur notre chance d’avoir choisi un tel père. Le Dieu auquel nous adhérons n’est pas un dieu impérial, menaçant, faisant preuve d’autorité, exigeant la soumission ; c’est un Dieu qui nous a créés avec des dons et qui nous laisse la responsabilité d’en disposer en souffrant chaque fois que nous partons.

Mais quels sont donc ces dons ? Pour certains, ce sera la beauté, pour d’autres, l’intelligence, ou encore la séduction, la facilité de convaincre, la santé, l’argent, la faculté d’apprendre, de parler, d’entraîner les autres…

Et quand donc décidé-je de quitter la maison avec ma part d’héritage ? Chaque fois que j’utilise tous ces dons non pas pour l’autre, mais pour mon ego, pour gagner plus d’argent, pour enregistrer de nouvelles conquêtes, pour être admiré, pour avoir plus d’avancement, plus de biens, plus de considération, plus de reconnaissance…

Il ne nous est pas proposé de nous abstraire du monde, de renoncer à séduire, à gagner notre vie, à avoir un plus bel appartement, à être bien considéré, à être recherché par plus d’amis, à obtenir  plus de responsabilités, de meilleures places…

Il nous est demandé de savoir qui nous mettons à la première place dans notre vie et quelles sont les préoccupations qui n’auront qu’une place seconde. Si je n’entends plus la voix du père, mise au premier rang, alors les voix multiples qui m’attirent dans le monde peuvent insensiblement prendre la première place ; alors, je deviens le fils prodigue ramassant tous mes dons pour quitter la maison.

Nous vous proposons donc quelques minutes de silence sur cette interrogation : quand suis-je en train de quitter la maison du père ?

 

Comment le père accueille-t-il le fils revenu à la maison ?

 

« Tandis qu’il était encore loin, son père l’aperçut et fut pris de pitié ; il courut se jeter à son cou et l’embrassa tendrement. Le fils alors lui dit : “Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi ; je ne mérite plus d’être appelé ton fils.” Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez la plus belle robe et l’en revêtez ; mettez-lui un anneau au doigt et des chaussures aux pieds. Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé !” Et ils se mirent à festoyer. »

 

Notre Dieu a choisi librement de devenir dépendant de nous : douloureux quand nous le quittons, joyeux quand nous revenons à lui.

Le fils a tout perdu. Il est devenu seul. Tant qu’il avait des biens, il était environné d’amis. Après, plus personne ne le reconnaissait ; plus personne même pour lui donner à manger. Il avait décroché de ce qui donne la vie : une famille, des amis, une communauté, de la nourriture…

Le premier geste du père apercevant son fils est de courir vers lui (il aura d’ailleurs la même réaction vis-à-vis du fils aîné qui boude). Il n’a pas attendu de son enfant un mot d’excuses, de contrition, de pénitence. Non, il se précipite vers lui aussitôt qu’il l’aperçoit. Puis il commande la fête.

Ce qui lui a permis de choisir la vie, c’est d’accepter le pardon, d’accepter de retourner dans le sein de Dieu. En effet, voyez comme il se tient : il se réfugie contre le ventre du père. Sa tête est comme celle d’un fœtus. C’est à une nouvelle naissance que son pardon le conduira.

rembrandt_mainsQuant au père, il enveloppe son fils dans son ample cape chaude. Il dépose sur ses épaules ses mains : main gauche, masculine, qui protège et soutient, main droite féminine qui caresse. Car ce Dieu n’est pas seulement le Dieu-père, c’est aussi le Dieu-Mère qui réchauffe son enfant  de la chaleur de son corps, le presse contre son ventre d’où il est sorti. Le retour de l’enfant prodigue, c’est le retour dans le sein de Dieu-Mère pour une nouvelle naissance…

Savons-nous, nous aussi, être pour nos proches ce Dieu compatissant, capable de redonner la vie à ses enfants ? Car c’est bien un des enseignements de cette parabole : nous ne sommes pas seulement appelés à nous reconnaître dans l’un ou l’autre des fils, égarés ou rancuniers, mais nous sommes aussi appelés à devenir ce père. Est — ce que j’y suis prêt ? Est — ce que je veux être non seulement celui à qui l’on pardonne, mais aussi celui qui pardonne, celui qui accueille, qui témoigne aux autres la même compassion que Dieu me témoigne.

Or, Jésus nous le dit clairement : « Montrez — vous miséricordieux comme votre père est miséricordieux ». Devenir semblable au Père, c’est le cœur même de son message.

La façon dont nous sommes appelés à nous aimer les uns les autres est la façon même de Dieu, avec le même amour généreux et accueillant que le père de la parabole.

Nous vous invitons maintenant à réfléchir en commun et à partager en petits groupes à la façon dont nous accueillons les autres : guettons – nous de loin ceux qui ont besoin de nous ? sommes-nous attentifs ceux qui, même silencieusement, réclament notre aide ? quittons-nous nos préoccupations du moment pour courir vers eux ?  Sommes — nous prêts à les écouter sans chercher à les culpabiliser ; sans chercher des excuses, des raisons de ne pas agir ; sans nous laisser arrêter par la peur d’être repoussés ou la perspective de n’être pas payés de retour ? Savons-nous les « ré-générer » par notre écoute, nos paroles, notre compassion, notre aide ? Les faire renaître,  leur redonner confiance en eux, leur apporter un peu de vie pour une minute par un simple contact, un sourire, une poignée de main ; ou pour plus longtemps, par un soutien prolongé, une prise en charge, un échange suivi ?

Bref, vivons-nous cette paternité spirituelle qui nous fait, dans un geste de miséricorde, poser nos mains, réellement ou symboliquement, sur les épaules de nos proches ?

 

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2 Comments

  • Amis de David et Jonathan, merci pour ce beau commentaire sur l’enfant prodigue qui nous emmène loin au plus intime de nous-même, après l’avoir écouté pendant la célébration de Fêtez Dieu
    je suis contente de pouvoir le relire sur le site.

  • Un fils peut avoir à PARDONNER ? au père, des manquements majeurs ;
    André Comte-Sponville dit – avoir PARDONNE au sien, deux ans après sa mort…
    par FATIGUE ???
    Ainsi le PARDON peut se donner, comme une écorce se détache petit à petit, tombe à bas bruit, amenant une « libération » – du fruit, ou du papillon ! Image apaisée d’un visage….

    Les failles douloureuses s’aèrent enfin, même si elles demeurent.
    Il dit aussi « avoir trouvé le meilleur de lui, dans sa lutte contre ce père »…
    Ce n’est dans aucun évangile, c’est juste la vraie vie !

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