La Nuit solidaire pour le logement

Le 12 février, il est grand temps de rallumer les étoiles!

Eric a 21 ans, sa famille est loin depuis longtemps. Il est assis devant moi à un accueil de jour et prend son petit déjeuner. Il ne peut plus rester dans son hébergement précaire et a 40 kg de bagages. Il cherche pêle-mêle un nouveau CDI, un toit, une consigne et un avenir qu’il mord déjà à pleines dents.

Fatou est en France depuis des années. Elle me répète qu’elle est catholique et va à la messe. Elle a choisi de garder seule un bébé. Elle est en congé de maternité et la femme qui l’accueille depuis des mois, lui a fait comprendre qu’un enfant en plus ne lui permettrait pas de revenir dans son foyer familial. Elle a une demande de logement social mais ne DSCN0358se fait pas d’illusion. Elle doit refaire un dossier dalo, droit au logement opposable. Elle ne sait pas où elle ira après son accouchement. Ce sera une petite fille.

Yalla a 23 ans. Elle vit depuis 10 ans entre l’Italie et la France. Elle passera son baccalauréat en juin 2015 et aspire à rentrer dans une école d’assistante sociale ou d’éducatrice. Sa famille est loin, et elle se lève le matin pour travailler entre 06h00 et 08h00 avant d’aller en cours et elle survit avec un budget de – de 400 euros par mois. Elle n’a pas de couverture sociale. La compatriote qui l’aidait et l’hébergeait dans le département voisin doit rendre le logement et elle est à la rue. Elle a trouvé un dépannage pour deux ou trois jours, et après rien !

Toutes ces personnes vont téléphoner au 115 pour obtenir un hébergement d’urgence, et vont attendre des heures et des heures pour obtenir un écoutant de la plateforme, qui n’est pas assuré de les orienter vers un centre ou une place en hôtel, parfois à plus de 50 kms du peu de liens que qu’ils ont (école, boulot, travailleur social, association,…) La FNARS tient un baromètre sur 37 départements et Paris et rappelait en décembre 2014 que 43% des demandes n’avaient pas obtenues de solution.

Ils sont des dizaines de milliers d’invisibles, hommes et femmes seuls, familles monoparentales et parents avec enfants, personnes âgées, à survivre d’errance en errance, de squats infâmes à des hôtels perdus dans des zones industriels, à cohabiter avec une autre famille qui partage avec eux un logement déjà trop petit pour un seul foyer, à être carrément à la rue pour beaucoup, vivant dans des conditions indignes dans l’un des 6 pays les plus riches au monde. Pour beaucoup DSCN0377ils sont loin, bien loin des grands exclus croisés dans le métro, mais ils ont en commun de vivre au présent la précarité et l’exclusion ; beaucoup ont des revenus faibles mais suffisants pour accéder à un logement social.

Au-delà des promesses électorales non tenues pour relancer le logement en France, il ne s’agit pas d’abord d’argent et d’investissement, mais bien de volonté politique pour se saisir sérieusement de ce problème, de faire asseoir, pour la région île de France par exemple, les partenaires autour d’une même table pour faire accéder les 350 000 demandes reconnues prioritaires dalo à un vrai logement. La Fondation Abbé Pierre crée l’évènement le 3 février prochain pour rappeler les 3,5 millions de mal-logés et les 142 000 sans domicile fixe. Mais comment mobiliser l’opinion face à l’indifférence, dans une société où la peur de tomber dans la précarité est utilisée comment une arme existentielle, créant angoisses et impuissance devant la vie ?

Le 12 février prochain, nous sommes invités à reprendre la parole place de la République à partir de 18h00, à découvrir pour certains cette face cachée de notre pays, à écouter ces invisibles qui se battent au quotidien affichepour préparer un repas dans une chambre d’hôtel où il est juste autorisé d’avoir une bouilloire, à accompagner ces enfants logeant à l’hôtel qui font deux heures de transport pour aller à l’école et qui mangent d’un sandwich dans un centre commercial le midi parce que la cantine est trop chère et qu’ils ne font pas partie de la commune pour profiter du tarif social, à écouter ces familles qui changent d’hôtel tous les 8 jours avec leurs grosses valises, à écouter cet homme qui n’a pu tenir dans son nouveau CDD parce qu’il était à la rue, et qu’il ne pouvait ni dormir, ni se laver, à écouter tous ces sans-voix et bien d’autres.

C’est le Collectif des associations unis (dont sont membres le Secours catholique, Médecin du monde, le collectif des morts dans la rue, ATD quart monde, Emmaüs Solidarité, la Fondation abbé Pierre et plus de trente autres associations) qui organise une mobilisation régionale pour sensibiliser le grand public à l’intensification de la pauvreté en France, en particulier à travers une nuit solidaire pour le logement.
Elles concernent tous les citoyens-nes de ce pays, tous les passionnés des droits de l’homme, pour qui les articles de lois sont des principes vivants et pas des mots poussières aussi vite écrits-aussi vite balayés !

L’objectif est de rassembler le maximum de personnes possibles pour faire pression sur les pouvoirs publics, montrer qu’il est possible de stopper l’intensification de la pauvreté et d’offrir des solutions durables aux personnes exclues de la société.

Plus précisément :
– réinterroger la société dans son ensemble sur sa capacité à tendre la main aux plus exclus d’entre nous, affirmer l’importance et l’enjeu de la solidarité, de la lutte contre les inégalités sociales et pour l’accès aux droits
– unir nos forces afin de remettre les inDSCN0362visibles au cœur du débat public
– toucher des personnes qui ne se sentent pas concernées directement par le mal-logement, provoquer des militantismes
– faire prendre conscience à ceux qui ont pignon sur rue (décideurs, sphère médiatique) de notre refus collectif de détourner le regard de la pauvreté
– déconstruire les positions fatalistes, adopter une position plus positive que dénonciatrice.

La participation se déclinera de plusieurs façons selon les disponibilités de chacun.
Nuit solidaire = solidaire de 3 façons :
– participer au chapiteau forum, espace pour sensibiliser à la précarité de manière informative et ludique, assister au concert
– partager le temps d’une nuit la situation des personnes sans abri en dormant dehors, un espace aménagé est prévu.
– message de solidarité envers toutes les personnes sans abri et mal logées.

La Place de la République sera aménagée en vue de ce rassemblement.
Cet événement sera de caractère :
convivial voire festif : organisation d’un concert, avec la participation de plusieurs artistes, échanges
informatif et pédagogique : organisation d’un espace Forum et d’informations sous un grand chapiteau
participatif : organisation d’un temps symbolique où toutes les personnes présentes seront
invitées à se recouvrir d’une couverture de survie
citoyen : par un geste symbolique et militant qui sera demandé au public.
Seule une mobilisation importante, en venant seul, en famille, avec des amis, … même en y passant juste 1 heure permettra de relancer des initiatives politiques et sociales pour s’attaquer à la pauvreté qui fragilise bien des personnes et mine notre société.

Comme l’a écrit Guillaume Apollinaire, il est grand temps de rallumer les étoiles.

PML

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1 Commentaire

  • je viendrai -(peu de temps, je viens d’être malade)
    je partage tout ce qui est exprimé ci-dessus,
    je suis membre de 4 associations citées,
    j’ai fait de la maraude au centre de Paris à une époque où j’étais chargée d’une enquête-santé sur les gens de la rue pour l’association « aux captifs la libération »
    ancien médecin humanitaire
    je suis solidaire

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