La PMA, un partage passionnant dans l’atelier « familles »

Autour de la PMA, un partage passionnant s'est produit lors de nos ateliers familles entre septembre et novembre 2018. Passionnant parce que diversifié, du fait de nos différentes approches. L’atelier familles se réunit chaque mois, pour partager ce qui construit les familles d’aujourd’hui, abordant notamment les questions importantes « d’actualité », telles les « débats » autour de la bioéthique (PMA, euthanasie…) en vue d’une nouvelle loi, ou encore celles de la transmission de la foi et des valeurs et bien d’autres.

Si l’objet n’est pas de rendre compte de chaque réunion, il est toutefois d’en dégager les grands traits ; beaucoup de travail reste à faire pour y voir clair, face à une situation plus que complexe.

Notre propos se veut riche, interrogatif ; il ne cherche pas à prendre position, mais à engager les membres de la communauté à s’informer sérieusement pour dépasser les opinions qui pourraient relever d’une approche superficielle, à susciter réflexions et échanges ; alors que de nombreux articles et prises de parole s’expriment en vue d’une prochaine loi, dans certains cas avec volonté d’imposer un point de vue, qui ne peut qu’être vérité.
Nombre de personnes de l’atelier ont produit des textes de réflexion ou proposé le contenu d’articles, d’émissions de radio ou de TV, que nous avons partagés.
Si la PMA n’est pas le seul thème traité dans l’avis du Comité Consultatif National d’éthique (CCNE), ou celui de la Conférence des évêques de France (CEF), il est celui qui occupe largement les commentaires, et les avis, à la suite de ces deux avis importants.

Le premier mot qui a été prononcé au sein de l’atelier familles est celui de «complexité », suivi de celui de clarté, en soulignant le piège des mots qu’il faut veiller à définir précisément (ce que chacun entend, ce que ceux qui émettent des avis ont voulu dire…) ; nous ne pouvons rester passifs face « à l’air du temps » et entériner ce qui se construit, sans que nous y participions.

Les avis et commentaires sont issus d’institutions, d’organisations en responsabilité de s’exprimer sur ce sujet.
Il en est bien sûr ainsi de l’avis de la CCNE, dont le rôle est d’émettre un avis muri pour éclairer nos gouvernants (gouvernement, députés et sénateurs, et au-delà « le public » …).
Il est aussi celui des évêques dont certains commentaires contestent la prise de parole, alors qu’en tant que responsables hiérarchiques de l’Eglise de France, ils ont le devoir de s’exprimer, ce qui ne signifie pas qu’ils représentent les réflexions et avis de tous les chrétiens ; chacune et chacun demeurent responsables de son propre « jugement », face à sa conscience, et donc adhérant ou non à l’avis formulé, en explicitant le pourquoi de cette adhésion ou de cette non-adhésion.
Les commentaires et prises de position, en réaction à ces deux avis, ou tout simplement au regard de cette thématique, sont nombreux et se référent toujours au rôle, à la mission, à l’histoire de ceux qui prennent la parole. N’est-il pas important d’entendre leur parole avec la perspective de se remémorer d’où ils parlent ?

Une question clé n’est-elle pas celle d’accepter les changements en cours mais jusqu’où ?
Pour certains, ouvrir la PMA à toutes les femmes, c’est préparer l’accès inévitable à la GPA, une succession inéluctable après l’IVG, le pacs, le mariage pour tous ; c’est aussi casser la structure même de la famille (père et mère).
Pour d’autres, il faut entendre les évolutions de la société, prendre en compte ces mutations pour construire l’aujourd’hui. Comment « l’évangile dans la ville » se concrétise-t-il, si nous refusons d’entendre ces appels à mutation ?

Toutes et tous, nous sommes touchés plus ou moins vivement par des personnes que nous connaissons et qui vivent ces situations pas toujours faciles de PMA.
Toutes et tous, nous sommes bienveillants à l’accueil des enfants nés via la PMA ; ils ne sont pas responsables de cette situation.
Mais une affirmation est certaine, tout n’est pas acceptable, tout n’est pas possible. Certaines dérives pourraient être fortement préjudiciables. C’est le rôle de la loi de poser des limites. Mais quelles limites formuler, au nom de quoi ?
Comment concilier les « principes » et les situations humaines ?
Peut-on arrêter ou prendre en compte un progrès technique inéluctable, comment écouter, mais aussi orienter l’évolution de la société ?

Un point là encore où tout le groupe est d’accord, c’est de faire que l’humain soit gagnant, pas seulement la personne individuelle, mais «l’humanité » dans sa construction.
De quel humain parle-t-on ? Des enfants concernés par la PMA, mais aussi des personnes en demande de PMA, et plus largement de nous tous membres responsables pour construire notre société.

Halte alors à ce qui pourrait être la marchandisation, sous l’angle du primat donné aux labo et aux industriels pour faire du chiffre et des profits en soi ; halte à la technique en soi, à l’algorithme qui prend la main sur l’humain (celui-ci basé sur la loi des grands nombres n’est pas en mesure de considérer les personnes dans leur singularité et leur situation spécifique). La technique, la recherche, le développement « industriel » doivent être des outils au service de l’humain.

Servir l’humain, ce n’est pas répondre à un désir « égoïste », le droit à l’enfant, mais à une aspiration profonde de maternité qui dans l’enfant s’inquiète de lui donner toute sa place d’être en devenir. Certains commentaires ou avis donnent à penser que les situations « irrégulières » de femmes (couple de lesbiennes, femme seule) en demande d’enfant à travers la PMA, le sont seulement pour satisfaire leur désir d’enfant ; ne serait-ce pas oublier l’aspiration profonde de nombre de personnes à la maternité ou à la paternité, qu’elles soient en couples « normaux » ou en situation « irrégulière », terme employé dans les textes du synode sur la famille. Ce serait aussi oublier que parmi les familles classiques, nombre de couples ont le désir d’enfant au sens du droit à l’enfant, ne serait-ce pour consolider un couple en difficulté. N’y-at-il pas à approfondir notre réflexion sur ce thème de droit de l’enfant et de droit à l’enfant ? Les demandes visent-elles d’abord à satisfaire une approche «individualiste », en quelque sorte une réponse à des intérêts catégoriels, au détriment du « bien commun », ou s’inscrivent-elles aussi dans cette construction en devenir ?

A ce niveau s’impose le concept socle de la famille nucléaire : un enfant ne peut s’épanouir que dans une famille constituée d’un papa et d’une maman. Sur cette affirmation, les positions divergent. Si l’on dispose de résultats d’études qui constatent un épanouissement, une intégration, du même ordre pour des enfants issus de familles « irrégulières » (familles recomposées, couples lesbiens et homosexuels, famille monoparentale choisie) que pour les enfants de famille «classique », celles-ci sont plutôt récentes et peu nombreuses, et rarement françaises.
On se trouve alors confronté au primat de la « loi naturelle » (là encore un concept qui pose débat), interrogée par les mutations en cours (cf l’avis des évêques prônant « papa, maman, l’enfant » face à la CCNE à l’écoute des mutations actuelles). Mais il y a aussi besoin de « paternité ».
Qui a en ce domaine légitimité ? Selon quel type de mission et de responsabilité au sein de la société ?

 Le sujet se complique avec le thème de la filiation, et le fait de se situer dans ses origines, de savoir d’où l’on vient, d’appartenir à une généalogie. Selon Irène Théry, les couples de même sexe contribuent à définir une autre forme de filiation.
Sur ce thème, nous avons eu difficulté à exprimer clairement la problématique posée. C’est que l’on conjugue la filiation juridique, la filiation biologique, et la filiation émotionnelle, qui peuvent ne pas se superposer.

Par contre l’argument de l’égalité pour tous ne nous a pas paru un argument à retenir pour légiférer sur la PMA, les « inégalités » étant un fait, une composante de l’identité d’une personne face à d’autres, un moteur pour se prendre en main, mais aussi le constat de limites. Dans nombre de cas la loi essaie de corriger, mais le peut-elle toujours et dans toutes les situations, notamment pour que le « bien commun » demeure la perspective finale.

Comment intégrons-nous le regard qui serait celui du Christ, à la lumière de que nous en disent les évangiles ? Quel serait aujourd’hui son regard, son accueil ? Jésus ne condamne pas les personnes, mais resitue les situations humaines dans un amour sans condition. Alors qu’en faire ?
Nous chrétiens sommes-nous assez impliqués dans le champ politique, pour une plus grande justice sociale ; ne sommes pas plutôt et très largement impliqués dans le charismatique, une façon d’échapper au devoir de trancher en politique ou une modalité d’intervention dans le politique ?
Ne doit-on pas s’interroger sur une problématique qui serait très occidentale, alors que nous nous inscrivons dans une mondialisation de plus en plus présente, mais avec des cultures différentes, des besoins à court terme éloignés, des urgences autres.

Nous avons tenté sans trop de succès de prendre recul pour nous dire, d’où nous parlions :

Notre ordre du jour de novembre proposait : « Quelle grille de lecture chacune et chacun priorise pour aborder ces questions : priorité à l’anthropologie (actuelle et évolutive), aux valeurs évangéliques, à notre foi en Christ, à la « doctrine » de l’église (socle pour l’intervention de la hiérarchie), à l’idéologie politique, à l’émotionnel, parce que personnellement directement concerné dans son vécu… Plusieurs grilles de lecture peuvent se superposer ; dans ce cas, quelle grille prime, comment s’articulent-elles ? ».

Difficile de situer d’où nous viennent nos convictions ; ne serait-ce pas une façon de prendre recul, de relativiser notre prise de parole et de nous rendre disponible à plus d’écoute, si nous pouvions le faire.

Nous sommes en tensions :

– entre l’accueil des situations humaines, en empathie avec,
– et les tensions issues d’avancées technologiques inévitables, ou encore celles issues des évolutions de de la famille au sein de notre société,
– tension du fait de « principes » à respecter, à conforter, à modifier éventuellement dans le souci du bien commun,
– tension parce qu’il nous faut décrypter d’où nous parlons,
– tension enfin du chrétien, soucieux de vivre et porter la Parole révélée par les évangiles.

 Vous êtes les bienvenu(e)s si vous souhaitez rejoindre notre atelier d’une douzaine de personnes assidues, et quelques autres via internet, dont quelques unes extérieures à St Merry ; vous pouvez nous rejoindre lors de nos réunions, ou par internet pour suivre et participer à nos travaux.

Contact avec l’équipe d’animation : Anne, Marguerite, Robert et André (andre.letowski@free.fr)

 

 

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