Cathédrale Notre-Dame d'Amiens (1220-1288) et Christian Boltanski. Arrivée. 2015

La porte : du Beau Dieu à Boltanski. Œuvres du 3 mai

Les Textes et l’art au temps du confinement. Les Évangiles utilisent des mots si concrets qu’ils invitent parfois à faire des rapprochements entre des œuvres d’époques éloignées, relevant de domaines différents de l’art. Dimanche 3 mai, Jean Deuzèmes vous propose d’examiner comment la porte, en tant que dispositif artistique, présente d’étranges consonances à huit siècles d’écart.

Œuvres du jour : le portail de la cathédrale d’Amiens (1220-1270) & Départ/Arrivée (2015) de Christian Boltanski

Évangile de Jean 10 ( 1-10)

« Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit.
Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis.
Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix.

[…]

  Moi, je suis la porte.
Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. »

Théologie  / théorie de la porte

Ce texte bien connu n’est pas celui d’un architecte, il ne décrit pas ce qu’est une porte ; mais, comme tout texte symbolique, il s’appuie sur une réalité matérielle. En effet, ce que rapporte Jean est un acte de langage  du Christ, performatif implicite comme le diraient aujourd’hui les philosophes du langage (à la suite de John Austin, John Searl), accomplissant une promesse sans la formuler : être dans le bonheur du Royaume grâce au passage par LA porte. Les prédicateurs et théologiens depuis 20 siècles n’ont pas attendu la « philosophie analytique[1]» pour user de ces effets !  

Le mot porte est fréquent dans la Bible (168 occurrences), mais avec des visées théologiques très différentes :

Les portes de la cité, dont celles de Jérusalem, la ville par excellence ;

Les portes du ciel : par où passent la pluie, la manne, les bénédictions à la terre. Mais depuis que le paradis est fermé, l’homme ne communique plus facilement avec Dieu ;

La porte comme espace de médiation : dans le Nouveau Testament, Jésus rétablit le passage. Il est l’unique médiateur et exauce le désir des hommes de communiquer avec Dieu. Le ciel s’ouvre au baptême ; Jésus devient la vraie porte descendue sur terre, qui introduit, dans un vocabulaire imagé et agricole, aux pâturages où les biens divins sont offerts librement. Dans l’Apocalypse, la Jérusalem céleste a douze portes ; elles sont toujours ouvertes, le mal n’entre plus, la paix et la justice y règnent en plénitude ; c’est l’échange parfait entre Dieu et l’humanité.

Image : Vision de la Jérusalem céleste. France du Nord, fin du IXe, BNF Manuscrits, f33, 29,5x22cm. Douze anneaux de couleurs entourant l’Agneau et ceint de 12 portes.

« Ouverte, la porte laisse passer, entrer et sortir, permettant la libre circulation : elle  exprime l’accueil, une possibilité offerte. Fermée, elle empêche de passer : elle protège ou exprime un refus. Elle suggère donc aussi l’idée d’un tri. » (Vocabulaire de Théologie biblique)

Dans la réalité de tous les jours, la porte « parle » à tout le monde, et le terme ouvre sur des dimensions bien plus nombreuses que dans la Bible : histoire, fonction, dénomination, symbolique, architectonique, système constructif. La porte est un objet  complexe à part, inséré dans de multiples traités d’architecture[2].

Il en va de même dans les arts visuels. Dès qu’ils représentent ou suggèrent une maison, une ville, les artistes mettent des portes. Mais l’inverse n’est pas vrai, représenter une porte signifie bien plus qu’une maison ou qu’une ville.

Vilhelm Hammershøi, « Intérieur. Strandgade 30 », 1901 & Magritte Acte de foi. 1960

Ainsi Magritte a peint des séries de portes largement découpées avec des titres différents, mais avec  la même source  philosophique, la caverne de Platon, c’est-à-dire en appelant à la réflexion critique sur ce qu’est l’illusion. Chez lui, la porte sert à questionner, à déstabiliser, à inquiéter. Il en va de même dans les peintures du peintre danois Hammershoi. La suite de portes ouvertes  et fermées de son propre appartement ne décrit pas un intérieur, à la Vermeer ; par la géométrie de la composition et l’absence de mobilier, il met en scène le vide, la solitude, le silence. L’Annonciation[3] de Domenico Veneziano (c. 1445) est centrée sur une porte fermée. Avec sa serrure démesurée, elle est à la fois le symbole du Christ, « Jésus est la porte » et celui de la Vierge.

Domenico Veneziano. Annonciation.27 × 54 cm, Fitzwilliam Museum, Ca 1445

Face aux porches, portails et vantaux de toutes sortes, face aux récits et symboles multiples dont ils sont les supports, face aux portes ouvertes, fermées ou entrouvertes des artistes de tous temps[4], nous avons choisi —tout en sachant que l’on aurait pu faire d’autres choix— la porte comme ouverture par laquelle on est invité à entrer, en écho au texte de Jean, où il est question de passage et d’enclos, de symbolique et de félicité éternelle.

De la porte d’église au portail du Beau Dieu à Amiens

Dans l’histoire de l’architecture civile et religieuse, les murs étaient les éléments les plus importants pour des raisons techniques, de protection, mais aussi symboliques. « La façade est pour le temple ce que la face est pour l’homme : le miroir de son mystère intérieur.» ( Le monde des symboles, Collection Zodiaque).

Cathédrale Notre-Dame d’Amiens

La porte d’église est une percée qui, outre les raisons fonctionnelles d’accès, permet de voir l’au-delà, le mystère dans l’espace liturgique. Un portail de cathédrale permet de faire l’expérience de ces termes. Un des enjeux de la restauration de Notre-Dame de Paris est de faire passer gratuitement tous les visiteurs par le portail central et de créer un « effet portail », en termes contemporains on dirait l’effet « Waouh », une surprise mêlée d’admiration.

Saint-Merry est un autre exemple, car, depuis la rue Saint-Martin, la porte régulièrement grande ouverte, au niveau même de la rue, laisse voir jusqu’au chef d’œuvre du fond, la Gloire dorée de Slotdz qui attire les touristes. C’est le même effet surprise au travers de la grande porte qui est recherché lors des Nuits Blanches. (ici. Nuit Blanche 2016. « Plus haut que le Ciel » de Pedro Marzoratti)

La porte est tout à la fois l’ouverture laissant le passage, et l’ouvrage mobile, le vantail, permettant de clore l’ouverture. La porte a été immédiatement marquée symboliquement d’un signe, le monogramme du Christ, l’Agneau, la Croix, du plus simple au plus riche quand la porte est devenue monumentale c’est-à-dire portail.

Le temps roman. Le Texte de Jean, celui de l’Apocalypse, est la référence de la décoration du tympan roman. Mais il ne faut pas s’y méprendre, cette décoration n’était pas un ensemble d’images illustratives, didactique, chronologique et linéaire. Dans la mentalité romane présidait le symbolisme, donc l’analogie ;  la fin dernière de l’image n’était pas tant l’enseignement que l’accès au divin. Le principe de composition d’ensemble primait, à l’extérieur la sculpture était le médium  associé à l’architecture, elle était un instrument théologique. Le tympan de Conques en offre un bel exemple.

L’église abbatiale Sainte-Foy, Conques

À l’époque gothique, l’espace du portail est, lui, saturé d’images,  la décoration s’est diffusée. La séparation entre l’extérieur-profane et l’intérieur-sacré a été marquée d’une manière radicale par une profusion de sculptures sur les portails puis sur toute la façade, comme à Notre Dame La Grande de Poitiers. On y trouve très souvent représenté le Jugement dernier, le moment ultime avant de pénétrer dans le Paradis, le Royaume, dont saint Pierre est figuré traditionnellement comme portier avec ses clefs.

Notre-Dame d’Amiens. Le portail central (XIIIe), dit du Sauveur ou du Jugement dernier

Dans le cas d’Amiens, cathédrale immense qui pourrait contenir Notre-Dame de Paris, la façade est ornée de plusieurs portails, comme dans la plupart des bâtiments de ce type. Le portail central (XIIIe), dit du Sauveur ou du Jugement dernier, porte la marque triomphale des acteurs de l’Apocalypse et du Jugement dernier. Le tympan illustre la résurrection des morts, le Jugement et le triomphe du Christ. Quant aux voussures, le message qu’elles véhiculent est double : la rangée du bas montre le Paradis (au nord) et l’Enfer (au sud) tandis que les parties supérieures exaltent le règne des justes aux côtés du Christ.

Mais le chef d’œuvre est la sculpture du trumeau, la colonne entre les deux portes d’entrée : la statue du Beau Dieu écrasant le lion et le dragon, dénommé ainsi par les fidèles, un Christ en majesté, dans la sérénité, au visage plein de noblesse  et de gravité.
Au sud de ce portail, se trouve celui de « La Mère de Dieu », et au nord celui de « Saint-Firmin-Le Martyr », un saint local.

Lire l’analyse des différentes parties de la façade et des portails

« À partir du XIIe siècle, le Christ-Sauveur ouvre plus largement ses bras à l’humanité. Le Christ devient la porte par laquelle on accède à la Révélation et au Salut. Suger, le constructeur de Saint-Denis, dit du Christ qu’il est la vraie porte « Christus janua vera. »(Jacques LeGoff . La civilisation de l’Occident médiéval)

À la Renaissance, nouvelle migration de la décoration sur la façade entière, le portail perdant de son importance décorative. D’autres modèles d’architecture sont alors apparus, s’inspirant des temples grecs ou romains comme  les grands édifices religieux de Palladio (1508-1580) en Vénétie telle l’église du Rédempteur à Venise. Les portes changent de dimension.

Christian Boltanski : Départ-Arrivée (2015)

Ces deux mots écrits avec des ampoules bleues et rouges, reliés par ces fils très visibles caractéristiques  des productions de Christian Boltanski, étaient la première et la dernière œuvre de « Faire son temps », la récente exposition de Christian Boltanski au Centre Pompidou (13 novembre 2019-16 mars 2020).

Christian Boltanski. Arrivée. 2015

Un événement, non seulement symbolique puisque le confinement a commencé le lendemain de sa clôture, mais artistique parce qu’il était l’occasion de réfléchir sur les grands moments de ce créateur d’objets, et plus encore de mythes matérialisés en œuvres. L’artiste choisit toujours les titres pour leur ambivalence et comme un indice de sa recherche en cours. De ce point de vue, « Faire son temps » était une réussite conceptuelle puisque ces mots signifient à la fois : « j’ai contribué à mon temps » et « je suis vieux ». Mais l’homme dont il parle est en fait chacun (e), confronté (e ) à ce qui est plus fort que tout : le temps, et ici la vie.

Le titre de cette œuvre en deux parties prend son origine dans le titre qu’Alain Resnais aurait voulu donner à son dernier film : Arrivée et départ.  Dans les déclarations de Boltanski, ces deux mots possèdent des analogies avec une autre pièce « Mes Morts » (2002), où un tiret relie deux dates, celles de la naissance et de la mort d’amis ou de personnes de sa famille qui signifient, pour l’artiste, la vie, celle qui s’écoule entre les deux[5].

Christian Boltanski. Mes Morts (2002)

Cette pièce de 2002, avec son éclairage au néon très froid, était un hommage à tous ceux qu’il a connus, notamment ses proches qui ont été frappés par le Sida ; elle était une réflexion  sur la fragilité de la vie. Départ-Arrivée est au contraire anonyme et en couleurs, la pièce concernant tous ceux qui passent dessous.

Ce n’est pas la neutralité d’un Entrée-Sortie qui est affichée, les deux substantifs choisis indiquent un mouvement que chacun est invité à faire, comme dans une course, un morceau de sa vie à passer dans le labyrinthe de l’exposition.  L’art contemporain, spécialement chez Boltanski, est bien une expérience à faire et pas seulement quelque chose à voir.  Il n’y a pas d’impératif (Entrez-sortez), mais une parole performative destinée aux visiteurs, les uns après les autres, placée au-dessus de portes qui ne disent pas leur nom, qui se font discrètes, car on est dans un musée. Ce sont bien des portes primitives, des percées, des anfractuosités dans les murs avec, à l’entrée, deux employés/gardiens qui contrôlent les tickets  (des saints Pierre des temps modernes ?) et à la sortie un cliquet qui sépare l’espace (sacré ?) de l’exposition de l’espace (profane ?) de la librairie.

Christian Boltanski est loin de la problématique de la porte ouvrant sur la félicité, comme chez Mark Wallinger, (Site Saintmerry), Le seuil du Royaume, où une caméra filme au ralenti des voyageurs sortant par une porte battante de l’aéroport, sur le fond musical du Miserere d’Allegri, une allégorie fascinante de l’antichambre du paradis.

On peut faire des rapprochements avec un portail de la cathédrale, on peut rattacher étrangement à cette œuvre de 2015 tout un vocabulaire utilisé précédemment dans la référence à la théologie biblique ou dans la description du portail d’Amiens. Pourtant Départ-Arrivée n’est pas religieuse et Boltanski s’en défend vigoureusement :
« Je ne suis pas religieux, et je pense même que toute religion est très dangereuse sauf les religions qui doutent, qui n’ont pas trouvé la solution ou qui sont davantage des philosophies comme le bouddhisme. Mais toute religion est belle, parce que toute mythologie est belle, ce sont de belles histoires. Dès que tu crois trop en quelque chose, tu deviens extrêmement nocif. La seule chose est de se poser des questions, mais de ne jamais trouver des réponses parce que, peut-être, il n’y a rien à trouver.»  (Catalogue p. 76)

Tout se passe comme s’il existait deux plans parallèles de pensée (portail de cathédrale/ œuvre contemporaine) :

  • Le cadre du musée. Dès 1966, André Malraux parlait des grandes institutions culturelles comme des « modernes cathédrales » à l’occasion de l’inauguration de la maison de la culture à Amiens…
  • La porte. L’accès et la sortie de l’exposition reprenaient formellement  la disposition des deux parties de chaque portail, de part et d’autre d’un trumeau, avec la même fonction : séparer les entrées et sorties, trier ceux qui ont leur ticket des autres.
  • La découverte et le retour sur soi. Le temps de l’exposition « Faire son temps » est l’entre-deux de l’œuvre Départ-Arrivée. C’est, de facto, un temps du retrait et du silence (généralement), de la réflexion culturelle, spirituelle.
  • Le jugement dernier. Pas de menace[6] type jugement dernier décrit dans le portail, mais une réflexion sur le temps comme point de fuite de sa propre mort ; Boltanski a même écrit un livre en 1969 « Reconstitution d’un accident qui n’est pas encore arrivé et où j’ai trouvé la mort » où il se confronte, et le public avec lui, à une temporalité discontinue.
  • Peurs et félicité : Comme l’exprime de manière radicale Catherine Grenier : l’art de Christian Boltanski « vibrera toujours entre deux perspectives antinomiques : les grandes peurs et les petites récompenses. Dans les grandes peurs, on placera la mort, l’absolu, la vérité ; les petites récompenses seront la quiétude, la mémoire, l’art.» (La revanche des émotions. p. 90)
Christian Boltanski. Théâtre d’ombres, 1984-1997

Homme de l’entre-deux, jusqu’à mettre toute sa rétrospective entre les deux mots, Départ et Arrivée, il choisit une signalétique de fête foraine, ironique ; il joue avec le tragique pour le mettre à distance. Ce choix de médium reflète le lien que Christian Boltanski fait entre les arts visuels et les arts de la scène, lieu de l’éphémère. Ne dit-on pas parfois « quitter la scène » pour ceux qui meurent ? Cela est cohérent avec le parcours de l’artiste : il a participé à des titres divers à des pièces de théâtre ; né sur le plan artistique durant le minimalisme et le conceptuel, il a intégré les matériaux du spectacle et ses finalités. Il porte une grande admiration à Tino Sehgal qui a révolutionné la performance avec son approche radicale de l’art vivant. (Lire Voir et Dire)

En guise de conclusion :

  • Le portail de la cathédrale d’Amiens est une porte particulière. Chef d’œuvre de l’art gothique, ce discours visuel  théologique global développe l’affirmation centrale de l’Évangile de Jean, Je suis la Porte, et de l’Apocalypse, destiné à plonger immédiatement le croyant dans le projet divin.
  • Départ-Arrivée de Christian Boltanski use de la porte comme d’un entre-deux où s’exprime la vie. « Tout ce que j’ai fait, c’est de l’art, mais il faut que pour quelques secondes les gens ne sachent pas s’il s’agit d’art ou de la vie. La vie étant plus touchante que l’art, il faut qu’il y ait constamment quelque chose qui trouble. » (Catalogue p.63). Dans les œuvres de la même période, ce créateur de mythes s’affirmant comme non religieux ne cesse pourtant d’évoquer « la présence des morts qui nous entourent ».

À quoi l’homme contemporain est-il le plus sensible ?

Jean Deuzèmes

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Liste des chroniques comparatives


[1] Bertrand Russell compte parmi les fondateurs de ce mouvement philosophique anglo-saxon qui émergea au tournant du XXe et qui cherchait à mettre en évidence les erreurs de raisonnement à partir d’une analyse logique du langage.

[2] Lire la liste des différentes sortes et fonctions des portes.

[3] Daniel Arasse a fait une très brillante analyse de ce tableau. Lire.

[4] Marcel Duchamp a exposé en 1964 la porte-interface qui est à la fois ouverte et fermée ! Lire

[5] « Ce petit tiret est notre vie, un instant entre les deux dates où on essaie de s’agiter. Chez moi, j’ai la plaque portant la date de naissance et de mort de ma mère. Sa vie comme toute vie n’est qu’un tiret entre deux dates. » Catalogue p. 76

[6] On peut lire avec intérêt, la comparaison entre deux Jugements derniers (Bosch/Kantor) dans Voir et Dire. Kantor est croyant, et pourtant ni Dieu, ni Christ dans son tableau. Le jugement est intérieur et politique

4 commentaires

  • Merci Jean Deuzème de questionner ainsi notre sensibilité. Ce parallélisme si étoffé, si précieux et fondé entre l’art religieux des cathédrales et Boltanski nous incite à chercher du sens dans la coexistence même de toutes les formes d’art. Il faut bien passer par la pauvreté de nos questionnements, de nos vies et des expressions de celles-ci comme celles de Boltanski, pour apprécier la magnificence de l’art des cathédrales exprimant la parole du Christ « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé » . Autrement dit, persistons avec le langage artistique, à formuler à nouveaux frais nos questions sur cet entre-deux de la vie, sur la solitude de la mort, car l’incarnation artistique actuelle de ces questions nous permet d’interroger et de renouveler le sens des expressions de foi que s’évertuent à manifester les portails de nos cathédrales.

  • Le thème de la Porte serait-il un fondamental de toute véritable création qui s’offre comme « passage ». Fermée, elle reçoit le temps, ouverte, elle offre…. Dans le pays Dogon, le porte des greniers de nourriture, s’ouvre vers l’extérieur comme au moment d’une naissance. La porte de la maison par contre, s’ouvre vers l’intérieur comme un ensemencement. Entre ces deux extrêmes que sont l’à-venir de la naissance et celui de la mort, s’inscrit le temps des hommes, des mythes de l’éternel retour et du sacré.

  •  » La vie étant plus touchante que l’art, il faut qu’il y ait constamment quelque chose qui trouble. » Boltanski. Mais l’art contemporain n’est-il pas là pour troubler ou plus justement questionner sur ce qu’il en est des grandes choses de la vie. Pas de réponse toute faite mais ce questionnement qui insiste : l’entre-deux, qu’est la porte, passage d’un moment premier à un autre, l’entre-deux, espace de transition et de transit, espace potentiel, en puissance, là où tout est rendu possible, par Jésus, le berger qui ouvre le chemin, (saint Jean) cet entre-deux, seuil de liberté, est interrogé sur un mode contemporain délié de réponse toute faite: que s’y est-il passé entre entrée et sortie, que peut-il s’y passer? Là, pas de réponse. Il n’empêche que la vie de tout homme est faite de ces passages successifs et Christian Boltanski le dit.

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