La première d’entre nous

Je hais les Pietà !… Sauf une ! Celle de Michel-Ange au Vatican…
Et pourtant, au premier regard, sidération ! Tant de beauté pour le plus tragique des évènements… si
scandaleusement donné à voir! Vision violente, insoutenable que celle du visage serein de Marie
quand la bouche de Jésus, son fils assassiné, semble encore crier Abba ! Cette femme est folle !

Le temps passant, je relis la vie de Marie depuis ce Fiat inaugural jusqu’au Golgotha tout proche…où
elle a dû pousser un cri sans fin, hurler sa colère contre ce Dieu qui s’est absenté – blasphème! -,
traverser les ténèbres de la culpabilité du parent survivant. Et, au milieu de l’indicible souffrance,
Marie fait mémoire de tous ces tsunamis de lumière vécus depuis la visite de l’ange. Et soudain elle
sait! Elle s’est redressée, soutient de la main droite Jésus ; de la main gauche ouverte elle présente le
Christ. Geste inouï d’amour oblatif, « d’un amour qui ne dispose pas de l’identité ni de l’avenir ; un
amour qui consent aux arrachements successifs qu’exige toute croissance, à ce glaive qui sépare pour
faire vivre » (Marguerite Lena). Marie folle ? Non ! A l’instant même, Marie EST chrétienne, la
première d’entre nous !

Je contemple encore cette Pietà. Du marbre lumineux jaillit le Mystère, le kérygme salvateur. Du
visage de Marie comme du plus intime d’elle-même sourd un cri : « Oui, Il est vraiment ressuscité ! »
De mon coeur pacifié, tonifié, reconnaissant monte un chant : « Je vous salue, Marie ! Comblée de
grâce ! le Seigneur est avec nous… »

Jean-Marc Noirot
Billet du dimanche 5 avril 2015

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