La prière du pauvre traverse les nuées

Dimanche 27 octobre 2019

PREMIÈRE LECTURE  (Si 35, 15b-17.20-22a)
« La prière du pauvre traverse les nuées »
PSAUME  (Ps 33 (34), 2-3, 16.18, 19.23)
Un pauvre crie ; le Seigneur entend.
DEUXIÈME LECTURE  (2 Tm 4, 6-8.16-18)
« Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne de la justice »
ÉVANGILE  (Lc 18, 9-14)
« Le publicain redescendit dans sa maison ;
c’est lui qui était devenu juste, plutôt que le pharisien »

Accueil

Il y a une trentaine d’années, le 27 octobre 1986, Jean Paul II invitait à Assise des représentants des grandes religions à prier ensemble pour la paix. Nous voudrions profiter de la célébration de ce jour pour faire revivre l’esprit d’Assise et placer cette eucharistie que nous allons partager ensemble sous un double signe : celui de la rencontre et celui d’être juste ! Deux notions qui s’interpellent.
« Le Seigneur regarde les justes » nous dit le verset du Ps 33 que vous pouvez lire sur le lutrin : Mais qui sont les justes ? Qui peut répondre à cette question hormis Dieu qui est le « juste juge », pour reprendre la formule de Paul. Certes chacun de nous a la volonté et surtout le sentiment d’être juste, mais il n’est pas sûr que nous comprenions ce mot de la même manière.
Les textes de ce dimanche apportent quelques indications. Les justes – ceux que Dieu écoute et « regarde » – ce sont celles ou ceux qui sont rejetés par la société – le pauvre, l’opprimé, la veuve –, ou encore celle ou celui dont le service est agréable à Dieu, ou ce publicain de la parabole qui se reconnait pêcheur et n’ose pas même lever les yeux vers le ciel.
Au fond, la qualité de juste ne tient pas tant à notre comportement, à nos actes, qu’à l’attitude d’humilité qui sous-tend ces actes. C’est l’humilité qui nous rend disponible au regard de Dieu et apte à recevoir l’amour de Dieu pour le diffuser autour de nous. Il n’y a pas de rencontre possible sans humilité.
Etre juste n’est donc pas une affaire de morale, pas plus que le privilège d’une religion. Chacun de nous est invité à conduire son existence de manière juste et ceux qui se conduiront ainsi, qu’ils croient au ciel ou qu’ils n’y croient pas, qu’une spiritualité les anime ou non, qu’ils se prévalent ou non d’appartenir à une tradition religieuse, entreront dans le regard de Dieu.
Par conséquent, être juste est un appel à rencontrer des personnes de spiritualités diverses, ce qui revient à les accueillir dans leur différence, à reconnaître et respecter leur foi, cette part de mystère qui est en elles et qui est un don de Dieu. Ainsi éclairerons-nous nos croyances respectives car nous avons tous besoin les uns des autres.
C’est dans ce contexte que nous avons invité Nacer Khalfi, qui se présente comme « enfant espérant comme vous, soignant dans la vie, membre du Groupe d’Amitié islamo-chrétienne et qui codirige l’atelier Vivre les textes », à faire un commentaire de l’extrait de l’évangile de Luc de ce jour. Ce commentaire sera en parallèle de celui que nous fera Jean-Marc Noirot.

Bruno de Benoist

Introduction à la lecture du livre de Ben Sira le Sage

Dans ce court texte, deux grands thèmes principaux, se retrouvent et se croisent, comme en écho, avec les autres textes liturgiques de ce jour, dont l’Évangile de Luc, et ce, de façon très complémentaire.

Premier thème, la prière :
Dont une question suggérée, est la suivante : Ne  peut-on pas réellement bien prier, que quand on est dans sa pauvreté matérielle et/ou, dans sa pauvreté intérieure !?
« La prière du pauvre traverse les nuées », nous dit Ben Sira 

Deuxième thème, la dimension d’accueil :
Accueil, à la fois, de Dieu, dans nos vies et de nos vies sous le regard de Dieu.
Comment Dieu accueille-t-il,  à travers nos prières : nos souffrances, nos maladresses,
notre arrogance ou notre humilité, notre qualité de présence ou de silence…
Dieu ne méprise ni nos supplications, ni celles des pauvres, quels qu’ils soient, nous dit par ailleurs, Ben Sira, Il nous écoute à sa façon…
On peut citer le Prophète Samuel, pour résumer ainsi :
« Les hommes regardent les apparences, mais Dieu, lui, regarde le cœur »

 Sylvie FAYE

Commentaire sur l’Épître de Paul 

Ce passage de l’épître de Paul à Timothée est poignant. Il fait écho aux paroles de Jésus à Gethsémani. Paul est incarcéré à Rome dans des conditions difficiles. Il sait que son départ, son martyr est proche. Il est abandonné de tous et ses amis-disciples sont loin. Malgré cette souffrance, « il a gardé la foi » nous dit-il. Il continue d’avoir confiance dans le Seigneur. Son espérance dans le salut n’est en rien entamée.

Bruno de Benoist

Annonces

1) Préparation de la célébration

  • La Préparation de la célébration de dimanche prochain, le 3 novembre, aura lieu tout à l’heure après la célébration.

  • Par ailleurs, la préparation de la célébration de la Toussaint, jeudi prochain, aura demain lundi dans la salle de réunion à 19h.

2) Voix au Chapitre :

  • Il n’y aura pas de Voix au Chapitre aujourd’hui car la plupart des membres de l’EP sont absents (Alexandre et moi) et la préparation de la célébration de dimanche prochain a lieu au même moment. Nous ne voulons pas vous mettre dans la situation d’un choix trop difficile.

3) Mise à jour des listes électorales

  • En ce qui concerne la mise à jour des listes électorales, vous trouverez sur les tables de l’accueil les listes. Vous êtes invités à les signer en face de votre nom et, si vous ne trouvez pas votre nom, de l’ajouter sur la feuille de la liste complémentaire.

3) l’Avent

  • Pour le temps de l’Avent, nous vous avions annoncé il y quinze jours que le thème retenu était celui de la rencontre, car il prolonge celui de la fraternité qui avait marqué toute l’année qui vient de s’écouler.

  • Comme pendant le carême nous vous proposons d’organiser des repas d’Avent pour se réunir à quelques-uns et réfléchir sur cette période de l’avent en s’appuyant sur le thème de la rencontre. Philippe Pépin est disposé à apporter son soutien au cas où cette idée verrait le jour

  • Toujours dans le même ordre d’idée, la paroisse a le projet de faire une crèche avec les scouts. Nous avons pensé avec l’EPE qu’il serait bien que le Centre pastoral ait aussi une crèche. Il existe de nombreuses paroisses où il y a plusieurs crèches donc l’idée en soi n’a rien d’original. Mais pour ce faire il faudrait que certains d’entre vous acceptent d’y contribuer. Vous ne serez pas seul. Vous serez aidé d’une équipe composée de Jacqueline Casaubon, Marie-Jo Ledru, Philippe Pépin et Claude Asty. Si vous vous sentez disponible pour cette crèche vous pouvez contacter dès maintenant Jacqueline Casaubon qui est ici.

4) Le Forum des Artisans de Justice et de Paix

  • 18h à 22h, après le concert du dimanche

Bruno de Benoist

Commentaire à 2 voix de l’Évangile 

Je me centrerai sur le thème de la rencontre et sur une définition du  » juste « , un éclairage parmi ceux précédemment évoqués. La rencontre pourquoi ? comment ? et jusqu’où ? La rencontre pourquoi ? Pour un croyant, c’est une banalité de dire qu’elle est souhaitée par Dieu, d’autant plus qu’il en a eu et en garde l’initiative. Son amour, son pardon, sa fidélité en sont les sources de fécondité et de joie dont nous avons l’expérience, à chacun sa mesure. « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ! » : dit la Bible. « Je vous ai créés différents pour que vous vous entre connaissiez. » : dit le Coran.

La rencontre comment ? Toute rencontre vraie est écoute, non jugement, regard et oreille du cœur, intelligence aussi. Elle invite, nous dit Jean-Pierre Schumacher, dernier survivant des moines de Tibhirine,  » à découvrir la beauté et le travail de l’Esprit en l’autre, à encourager ce travail », à trouver les mots pour le dire, à contribuer à la croissance du chemin spirituel de l’autre et de soi-même, à pratiquer une hospitalité réciproque des âmes. Cette attitude d’infini respect exclut tout syncrétisme comme tout prosélytisme. Il y a à inventer de la justesse dans cette relation. Alors, dans le mystère de chaque personne, peut émerger le désir de célébrer avec d’autres la Vie qui vient de Dieu et d’agir ensemble pour le bien commun. C’est une grâce à accueillir. Aventure possiblement abrasive, féconde et dont un bon indice est la joie. Cette rencontre qui s’inscrit dans la proximité et la durée comporte bien-sûr des épreuves. Un dialogue en vérité et la prière permettent de les traverser. La « correction fraternelle » n’est pas à exclure. Sa pratique est un art, une école d’humilité, surtout quand vous – ou moi – en sommes les destinataires. Quant à l’intelligence ? Elle nous apporte la connaissance du contexte de la relation, contexte quelquefois particulièrement complexe que la lucidité exigeante aide à cerner. Globalement notre monde va mal et devient de plus en plus violent ; les causes en sont multiples, conjoncturelles et structurelles. La foi comme la raison sont sollicitées. Chacun de nous est ainsi invité à discerner son possible degré de complicité ou de responsabilité dans cette violence. Cette prise de conscience, loin d’engendrer un sentiment de culpabilité, est un aiguillon qui contribue à s’engager ensemble pour un monde plus juste, plus fraternel, plus spirituel donc plus humain. La rencontre ou, plus justement, la confrontation, avec les institutions de toute nature, sans oublier l’ecclésiale, doit être fondée sur un a priori bienveillant, sur la non-violence active, sur l’option préférentielle pour les pauvres et la survie de notre planète. Cette rencontre nécessite aussi du temps… mais pas trop. Le temps ne se vit pas de la même manière si l’on est dans un canot dérivant depuis plusieurs jours au milieu de la Méditerranée sans la moindre goutte d’eau potable ou, bien au chaud dans un bon fauteuil dans une insécurité culturelle maximale.
La rencontre jusqu’où ? Jusqu’à l’extrême, ont répondu certains. En 1959, en Algérie, en pleine guerre d’indépendance, un garde-champêtre musulman de 50 ans et un jeune appelé français chrétien de 22 ans se sont pris d’amitié. Ce garde, fervent musulman, obéissait, simplement, à ce qu’il avait de plus précieux en son cœur : sa foi en la Clémence et la Miséricorde de Dieu. Cette foi lui faisait refuser la violence. Il a choisi de ne pas choisir entre sa famille, son pays …et son ami. Attitude d’un homme libre. La liberté n’a pas de prix mais elle a un coût. Et cet homme a payé de sa vie son engagement non-violent en protégeant son ami chrétien. Cet homme était un JUSTE ! Il s’appelait Mohamed Benmechay ; son ami, Christian de Chergé. Celui-ci, devenu moine, continuera à faire le choix de la rencontre spirituelle, de la fraternité, de la fidélité. « On n’abandonne pas le chevet d’un ami malade » : disait-il pendant les années noires qu’ont vécues les Algériens. Il sera assassiné en mai 1996 avec six de ses frères trappistes dans des circonstances non encore élucidées. Moins de 3 mois plus tard, un autre Mohamed, Mohamed Bouchikhi, ayant fait le même choix, mourra aussi assassiné, son sang mêlé à celui de Pierre Claverie, évêque d’Oran, dans des circonstances également non encore élucidées. Ces hommes sont devenus des JUSTES ! Des hommes libres car obéissants à leur conscience et à leur foi en un Dieu Amour, des témoins du Vivant ! Je conclus sur une note un peu plus légère. Toute rencontre vraie n’a pas toujours un horizon christique de mort à court terme. Nos textes sacrés nous en donnent des exemples. Je n’en prendrai qu’un, et dans le Nouveau Testament. A l’opposé du récit d »Évangile proposé aujourd’hui (Luc 18, 9-14) : celui de la rencontre de Marie, alors enceinte de Jésus, avec sa cousine Elisabeth enceinte de Jean-Baptiste. La simple salutation de Marie déclenche chez Elisabeth une explosion de joie. L’Esprit l’habite et la traverse ainsi que Jean-Baptiste. Ce dernier en tressaille. Lors de cette Visitation, la communion entre ces deux femmes et entre le fruit de leurs entrailles – « entrailles », mot qui, on peut le rappeler, signifie en hébreu et en arabe : Miséricorde – nous vaudra le cadeau du Magnificat.  » Seigneur, offre-nous de vivre dès maintenant de joyeuses et fécondes Visitations! « 

Jean-Marc Noirot

Contexte : Le 27 octobre 1986, le pape Jean-Paul II recevait à Assise, en Italie, les représentants des grandes traditions religieuses pour une première « Journée mondiale de prière pour la paix ». Pari extraordinaire et réussi. Il y a huit cents ans, en 1219, en pleine croisade, François d’Assise et le sultan d’Egypte, Malik al-Kamil, se rencontraient pour dialoguer montrant ainsi que le langage des armes n’est pas une fatalité. Aussi, l’équipe de préparation de la messe du 27 octobre du Centre Pastoral de Saint-Merry a choisi très logiquement, pendant l’eucharistie, de proposer un commentaire à deux voix – une musulmane, une chrétienne – de l’Évangile de Luc (18, 9-14), voici la voix de Nacer Khalfi :

Dans cette parabole, et selon l’Apparent, le pharisien est un bon « paroissien » qui s’acquitte de ses devoirs selon LA LOI, la loi qui régit le comportement recommandé, et l’autre, le publicain, est un fonctionnaire du Bercy romain et qui, selon l’Apparent, sert les puissants de ce monde et aide les oppresseurs.                                     Mais, selon la FOI, (car les deux adressent leurs prières à Dieu, le même pour chacun) , il en va autrement.
Voilà deux types de croyants, dans le même temple, l’un explicitant ses bonnes œuvres et, s’adressant à Dieu, dit qu’il n’est pas comme les autres : Voleurs, Injustes et Adultères ; l’autre, reconnaissant ses péchés, baissant les yeux et frappant sa poitrine. Et Jésus nous dit: » Qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé ».
Par la grâce de la Brisure du cœur qui est son ablution.
Certes, il ne nous est pas donné de lire la parabole dans sa langue originelle, mais nous pouvons user de la proximité du « Méprendre » et du « Mépriser » pour dire que, pour Jésus, ceux qui méprisent les autres se méprennent. Mépriser, c’est se Méprendre !
En vérité, Jésus ne nous donne pas (du moins explicitement) les attendus du jugement qu’il porte, et à travers lui, le Seigneur notre Père, sur les deux personnages à la fin de la parabole. Et nous voyons bien que la parabole qui dans son apparence invite à se méfier de l’Apparent, creuse en substance cette invitation et nous invite à davantage de prudence dans le jugement selon LA LOI, ici les lois de la compréhension de la parole humaine.
Aussi, pour celui qui voudrait savoir la recevabilité de ses prières, il est peut-être recevable de dire que l’amertume d’un pêché ressentie par le croyant serait peut-être préférable pour le Seigneur que la satisfaction d’avoir obéi. Restera alors à savoir selon quelle loi de transformation un péché peut être mieux pour la foi du croyant qu’une obéissance.

 » Si l’on chante un dieu, ce dieu vous rend son silence.
Nul de nous ne s’avance que vers un dieu silencieux. »
(Rainer Maria Rilke).

 Nacer Khalfi

En lien avec le premier Forum des artisans de Justice et de Paix organisé cet après-midi à l’initiative du Réseau Spiritualités-Fraternité de Saint-Merry et en écho à la phrase du lutrin –

Envoi

Mettons cette semaine sous le regard de la rencontre, rencontre à travers le Seigneur, avec toutes celles et tous ceux que nous croisons dans notre quotidien et qui ne partagent pas la même spiritualité.
Écoutons-les, accueillons-les comme des amis car, dans cette relation, nous approfondirons ensemble notre foi. Christian de Chergé rapporte ce dialogue avec un ami musulman : « Il y a longtemps que nous n’avons pas creusé notre puits. Et au fond de notre puits, qu’est-ce que nous allons trouver ? De l’eau musulmane ou de l’eau chrétienne ? » Il m’a regardé mi-rieur mi-chagriné : « Tout de même il y a si longtemps que nous marchons ensemble et tu me poses encore cette question ! … Tu sais, au fond de ce puits là, ce qu’on trouve c’est l’eau de Dieu »

Bruno de Benoist

 

 

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