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La sainte dans le buffet

Saint- Merry, l’un de ces après-midi d’été où le soleil prend plaisir à taquiner les vitraux. Des touristes déambulent, s’arrêtent, visiblement intrigués par les chants d’oiseaux et les nids colombiens. Un visiteur attire mon attention. Il passe d’une chapelle à l’autre et en scrute les moindres recoins. Venant vers moi, Il me demande où se trouve la statue de sainte Philomène. Comme je n’ai pas la moindre idée ni du lieu ni de la sainte en question, je dois bien lui avouer ma totale ignorance. Sur internet, j’apprends que si rien ne permet d’affirmer que la « petite sainte », chère au curé d’Ars, ait vraiment existé, rien n’interdit non plus de penser le contraire. En 1961, dans son extrême prudence, l’Eglise a préféré rayer la sainte du calendrier liturgique. Le jour de la Fête des Initiatives, j’essaie d’en savoir un peu plus auprès du Pôle Art-Culture-Patrimoine : « Sainte Philomène ? Mais bien sûr ! Elle est dans le buffet ! » Dans une chapelle, je découvre bientôt sainte Philomène dormant d’un lourd sommeil de pierre sur l’une des étagères de son buffet. Peut-on vraiment déplorer la mise à l’écart d’une sainte longtemps entourée de ferveur populaire mais dont l’existence est sujette à caution ? Dans la longue lignée des saint(e)s où ont pu se glisser des canonisés de circonstance, l’Eglise peut encore poursuivre le toilettage. À Saint-Merry, il reste de la place dans le buffet !

Michel Lahaie

Billet du dimanche 5 novembre 2017

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