Plutôt en bonne santé, quoiqu’en surpoids majoritairement, 40 % des prêtres présentent un faible degré d’accomplissement (contre 34 % un degré élevé), avec un emploi du temps chargé et des temps de repos modestes. Source : sondage demandé par la Conférence des évêques de France[1].
Pour affiner les résultats de cette enquête, j’ai aussi eu recours aux propos du père Jean-François Noël, curé dans le diocèse d’Aix-en-Provence et psychanalyste.[2] J’ai aussi procédé à une comparaison avec les salariés, sachant que les résultats doivent être appréciés avec prudence dans la mesure où les questions posées peuvent quelque peu différer[3]. Enfin, j’ai consulté l’étude DRESS 2017, la dernière disponible sur la santé des Français[4].

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Leur profil

Ils sont majoritairement âgés de 40 à 64 ans pour environ deux tiers (mais les prêtres de plus de 75 ans, non interrogés ici, sont aussi nombreux que ceux de moins de 75 ans). 
Un peu moins des deux tiers cumulent au moins 20 ans de sacerdoce.
Moins de 30 % exercent en milieu totalement rural. 
20 % sont étrangers.
Environ 40 % sont seulement en paroisse (moyenne de 12,8 clochers), environ 15 % en aumônerie, environ 15 % en service diocésain, et environ 30 % au travail, en enseignement, en étude ; certains en paroisse ont aussi d’autres fonctions telles que citées plus haut, ce qui conduirait à 85 % exerçant en paroisse.

Leur emploi du temps

9,4 heures de travail par jour en moyenne, une charge de travail considérée comme trop lourde par près de 20 % des prêtres. Les deux tiers s’estiment en surcharge (permanente pour 19 % et occasionnelle pour 48 %), alors qu’un tiers estime avoir une charge normale.
Selon Jean-François Noël, « cela me semble difficile à croire [que les prêtres soient surchargés], car il n’y a pas plus attachés à leur liberté que les prêtres. Certains sont débordés mais la majorité d’entre eux ont plutôt peur de manquer de travail une fois leurs tâches élémentaires accomplies. C’est toujours au prêtre d’inventer son travail : il lui faut donc sans cesse provoquer, susciter, rassembler. »
Dans l’étude BVA, « Plus d’un tiers des salariés français estiment que leur charge de travail est trop importante. De même s’ils sont 68 % à déclarer ne pas avoir de problèmes de santé liés au travail, quand les questions se font plus précises, ils sont 74 % à ressentir du stress et 52 % à déplorer une fatigue liée à la multiplicité des tâches. »

Leur accomplissement

40 % avouent un faible degré d’accomplissement, un vrai sujet d’inquiétude, alors que 34 % y trouvent un degré élevé d’épanouissement. Selon Jean-François Noël : « En consultation, je reçois souvent des prêtres en crise d’idéal. Un très fort idéal les a poussés vers l’ordination mais, au bout d’un certain temps, lorsque cet idéal est confronté à d’autres valeurs et d’autres réalités qui viennent le contredire, ils finissent par croire qu’ils ont tout perdu. Un idéal seul (de pureté, d’impeccabilité, d’offrande de soi à Dieu…) devient despotique. »
Par ailleurs, 50 % disent être estimés toujours ou parfois à leur juste leur valeur par leur hiérarchie (toujours 25, parfois 25).
En ce qui concerne les salariés, selon l’enquête BVA-BPI group, « ces derniers sont aussi satisfaits de leur équilibre vie perso/pro (68 %) que de leurs relations au quotidien avec leurs managers directs (66 %) et de leur qualité de vie au travail (66 %) … La reconnaissance de leur travail (54 %), les relations avec les collègues (52 %) ou la hiérarchie (47 %) … sont les fondements de leur qualité de vie au travail. »
Y aurait-il chez nombre de prêtres un déficit personnel de leur épanouissement et par ailleurs une carence en ressources humaines de leur « employeur » ?

Leur mode de vie

54 % vivent seul et 38 % en équipe sacerdotale.
55 % ont une aide-ménagère.
Sur les 85 % qui ont répondu à la question, 54 % prennent un jour de repos par semaine, 39 % une demi-journée et 7 % aucun repos. Sur les 73 % qui ont répondu à la question des vacances, 68 % prennent trois à quatre semaines de congés par an, 25 % une à deux semaines et 7 % aucune.
En termes de loisirs, 64 % pratiquent la lecture, 58 % le sport, 47 % le numérique (internet et réseaux sociaux) ; 30 % fréquentent les cinéma, concert, théâtre ou musée.

Le soutien social

67 % participent à des groupes de parole et 66 % bénéficient d’un accompagnement individuel.
83 % ont toujours ou souvent reçu le soutien de leur famille et amis (toujours 47 % et souvent 36 %) ; 69 % ont toujours ou souvent bénéficié de l’appui de leurs collègues. Ces appuis (groupes de parole et accompagnement personnel) leur sont propres, ce qu’ont nettement moins les salariés.

La santé

61 % se perçoivent en bonne santé (dont 15 % en très bonne santé), 33 % en assez bonne santé.
29 % n’ont connu aucun problème de santé au cours des douze derniers mois ; 45 % un ou deux problèmes.
Les deux tiers ont pratiqué un examen périodique au cours des cinq dernières années.
58 % pratiquent tous les jours ou plusieurs fois dans la semaine une activité physique, 24 % une fois par semaine et 18 % jamais.
Ceci étant, 43 % sont en surpoids et 20 % obèses, contre respectivement 48 % et 12 % pour les Français hommes. 45 % d’entre eux souffrent de douleurs du dos et des cervicales.

En termes de santé mentale (symptômes dépressifs), l’article de la Croix cite le chiffre de 17,6 % des répondants (9 % dans les résultats détaillés ?), un chiffre plus de trois fois supérieur aux hommes de la population générale20 % des prêtres vivant seuls présentent ces symptômes, contre 15 % de ceux vivant en équipe sacerdotale. Selon Jean-François Noël, « c’est une bonne chose que les prêtres s’autorisent à dire qu’ils souffrent, car ils ne le faisaient pas avant. Ils acceptent désormais d’être des hommes ordinaires, avec les souffrances de tout le monde. Depuis quelques années, je reçois de plus en plus de prêtres et de séminaristes en consultation et j’entends chez eux une certaine plainte à propos de blessures affectives, ce que je n’entendais pas avant… Je pense que certains religieux et prêtres choisissent d’anesthésier leur rapport au corps par crainte de se confronter à leur désir affectif. »

12 % consomment quotidiennement de l’alcool ;
12 % sont fumeurs.
Si la consommation quotidienne d’alcool concerne 12 % des prêtres
(un taux équivalent à celui de la population française),
18 % sont des consommateurs à risque ponctuel,
7 % à risque chronique.


La négligence par rapport à soi

Selon Jean-François Noël, « cette négligence par rapport à soi se constate moins chez les jeunes générations, plus attentives à l’activité sportive et à leur hygiène de vie. Mais pour les anciennes générations, ”ne pas s’écouter’’ faisait partie du programme… Il faut une grande discipline pour tenir avec régularité dans le célibat. »

Le rapport dresse enfin une liste de préconisations ; parmi les pistes : un plan de lutte contre la solitude, notamment axée sur la question du logement, la création dans chaque diocèse d’un pôle Santé Social pour les prêtres en activité, ou l’instauration d’un médiateur pouvant être saisi en cas de difficultés relationnelles entre pairs ou avec la hiérarchie.

Sommes-nous attentifs à ces situations ? 

L’isolement n’est-il pas alimenté par le mode clérical, où le caractère sacré du prêtre, perçu par nombre de croyants en le mettant à part, l’isole ? Mais le prêtre lui-même, de par la perception qu’il a de sa fonction, peut s’isoler lui aussi. Savons-nous partager avec simplicité et confiance entre prêtres et laïcs, dans le souci de prendre soin des uns et des autres ? Sans doute une autre voie, qui plaide pour une plus grande co-responsabilité clercs-laïcs, au service de l’annonce de l’Évangile.


[1] « Étude sur la santé des prêtres », Conférence des évêques de France, dossier de presse, étude réalisée par Icone Médiation Santé pour la Fondation nationale du Clergé et la Mutuelle Saint-Martin Action Sociale. Le sondage a interrogé 6 313 prêtres de moins de 75 ans correspondaient à la cible, rattachés à 105 diocèses. 3 593 réponses ont été enregistrées dont 2 656 exploitables (42 % des prêtres de la population totale concernée). Les réponses ont été recueillies entre le 27 février et le 30 juin 2020.

[2] Jean-François Noël a publié cette année Épris d’absolu, Éd. Nouvelles cités, 192 p., 18 euros. Ses propos ont été repris dans un article de la Croix « Rapport sur la santé des prêtres : la négligence de soi est dangereuse pour soi et pour les autres » le 25 novembre 2020.

[3] « La santé et le bien-être au travail des salariés français », le baromètre des salariés BVA-BPI group, février 2019.

[4] « L’état de santé de la population en France », DRESS, rapport 2017.

André Letowski

André Letowski est expert en entrepreneuriat, particulièrement en direction de l’analyse et de l’accompagnement des petites et moyennes entreprises indépendantes, une activité qu’il poursuit bien que retraité. Il est depuis toujours impliqué dans la recherche et un partage de foi en communautés, doublé d’une écoute de la pluralité des cultures, notamment à travers le voyage.

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