L’accueil, mission d’Eglise

Accueillir, Agir, Annoncer, voilà la mission de la communauté de Saint-Merry : il s'agit donc de maintenir les portes ouvertes ! ouvertes sur le quartier, ouvertes pour les touristes, œuvrant ainsi pour une solidarité de proximité. Et là, problème : nous maintenons ces portes ouvertes pendant la semaine grâce à quelques-uns et quelques-unes, toujours disponibles mais désireux d'être relayées par de nouvelles bonnes volontés.

Ouvrir les portes de l’église Saint-Merry cela ne prend pas trop de temps.
Les maintenir ouvertes, c’est une autre histoire car cela suppose des personnes dans l’église, disponibles pour accueillir, renseigner, informer, discuter, échanger avec les passants désireux, pour des motifs souvent inconnus d’eux-mêmes, de franchir le seuil. Rappelons que l’accueil est le premier contact avec Saint-Merry, suivi dans bien des cas par un engagement actif dans la vie communautaire.

Alors….

Pourquoi venir assurer cet accueil ? sûrement pas pour gagner son paradis, pas non plus pour avoir chaud, ni même pour avoir l’occasion de bavarder : ce temps d’échanges ponctuels est parsemé de temps morts avec des passants peu attentifs ou même évitant la table d’accueil rencontre. L’accueil est un exercice incertain de discrétion, de pudeur ; il s’agit le plus souvent d’être là sans s’agiter, sans s’imposer, non pas dans l’indifférence ou le retrait mais dans la déférence et la solidarité avec tous ces passants.

Et pourtant… ce temps d’accueil est parfois un temps d’émerveillement, totalement gratuit, fugace, inattendu : une parole s’est dite, sur un presque rien le plus souvent, et un contact s’est noué avec une personne qui sans doute ne reviendra pas car étrangère, provinciale, entrée par hasard, mais qui saura que Saint-Merry est une communauté ouverte sur le monde, respectueuse des autres, et elle s’émerveillera à son tour de ces instants de grâce partagés. Etre là disponible tout simplement pour qu’une femme remercie de cette présence car, sans elle, elle n’a personne à qui parler dans Paris ! Répondre aux questions sur les manifestations artistiques et simplement suggérer à ceux qui s’interrogent sur l’exposition des nids qu’un artiste qui s’inspire de la nature rend grâce, à sa façon, à Dieu pour sa création.

Partager la beauté du Christ aux outrages ou s’émerveiller avec Annette de la beauté des reflets de lumière sur la pierre et partager dans la confiance ainsi instaurée le récit de son enfance juive, rescapée des camps. Confirmer que l’Eglise est en fonction même si « elle semble bizarre ». Ecouter longuement une jeune femme d’origine musulmane parlant de son histoire familiale et de ses recherches spirituelles. Accueillir une dame « heureuse d’être entrée par hasard dans l’église car les pierres, le bois, les vitraux… tout cela a une âme et fait du bien ». Renseigner sur la liturgie. Ecouter les peurs et désenchantements  « dans l’espérance que celui que nous accueillons est aussi appelé par Dieu » (Jacques Leclerc, sur l’accueil, le 17 juin 1992). Supporter les indignations et essayer de les désamorcer en évoquant la longue histoire de Saint Merry. Partager le plaisir et la surprise des visiteurs entendant chanter le vendredi après-midi et se lançant à leur tour… enfin quelques gestes aussi prosaïques que miraculeux comme celui de cet homme sortant de sa poche une liasse de gros billets pour l’Eglise !!!

Alors….

©fc

Nous voulons rester fidèles à notre mission d’accueil car une église ouverte sans accueillant ne témoigne pas d’une communauté vivante, d’un lieu habité. Mais s’il n’y a pas un sursaut de la communauté pour s’engager davantage dans cette mission nous finirons bien par fermer l’église, un jour de la semaine, puis un deuxième…ou par l’ouvrir sans assurer de présence et nous ne serons pas fidèles à notre vocation d’accueillir, annoncer, agir, dans la réciprocité, la reconnaissance et la relation. Il suffit de peu de choses pourtant : que des membres de la communauté s’engagent résolument pour assurer deux heures d’accueil, régulièrement, un jour précis, deux fois par mois par exemple. Est-ce vraiment impossible ? Non, surement pas.

Cette mission d’accueil existe depuis la fin de l’année 1975, service gratuit, sans indice de réussite disait-on à l’époque. Antoine Delzant relevait la dimension missionnaire de l’accueil et, comme déjà à l’origine de Saint-Merry, il faut continuer d’inventer et d’assurer la présence de l’Eglise au monde. Sans oublier que ce prochain, qui fait le premier pas vers nous en franchissant le seuil de l’Eglise, Dieu le connait : « l’accueillant écoute cet homme, cette femme, à qui Dieu a parlé avant que nous nous lui parlions. Dieu précède toujours et tous nous le cherchons » (Antoine Delzant)

Catherine Charvet, Hélène Devaux, Colette Deffontaines

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.