Laissons-nous désencombrer

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Chic, le printemps est de retour. Avec ses allergies, certes, mais aussi l’occasion de faire un grand ménage, chez soi et dans sa tête.
Je viens de trier, reclasser, dépoussiérer ma bibliothèque. J’ai avalé et ré-éternué des kilos de poussière, et finalement déposé une pile de livres à donner dans le local à boites-à-lettres de ma résidence, où il est de tradition de mettre à disposition de qui veut livres et revues en prêt ou en don. Du coup, tout est beau et propre, agréable à regarder, à peu près logiquement classé par thèmes, auteurs et formats, et on ne risque plus de tout faire tomber chaque fois qu’on consulte un volume. Pourquoi trie-t-on plus volontiers ses affaires au printemps qu’en toute autre saison ? Un peu parce qu’on fait la mutation obligée entre habits d’hiver et d’été, ce qui nous amène à retourner nos fonds de placards. Mais aussi parce qu’autour de nous, le renouveau de la nature nous offre l’impression d’un petit nouveau départ dans notre vie quotidienne, comme lors de la rentrée scolaire ou du nouvel an, – et peut-être aussi parce qu’on fête au même moment la Résurrection, qui est un nouveau grand départ dans la vie de l’humanité ?
L’important dans l’affaire, en plus de chasser la poussière et de nettoyer, c’est de se débarrasser. Soit en jetant, soit en donnant, mais de s’alléger d’une certaine quantité d’objets matériels. Il parait que dans les couples, il y en a toujours « un qui garde et un qui jette », ce qui permet un certain équilibre dans la gestion mobilière d’une famille. Je connais quelques rares exemples ou les deux sont incapables de se délester de quoi que ce soit, même périmé, hors d’usage ou jamais utilisé : c’est une petite catastrophe domestique. Le plus extraordinaire, c’est que ce désencombrement (même très limité) permet de se libérer aussi l’esprit : on se sent léger, disponible, plein d’énergie. Assistant à un concert l’autre jour au Temple de l’Oratoire du Louvre, dont les protestants en charge du lieu ont bien sûr dégagé les statues et tableaux qui devaient le décorer à l’origine et que la Révolution y aurait laissés, j’appréciais la sérénité des murs nus et sobres, sans rien pour distraire le regard – alors que les (souvent) splendides œuvres d’art de nos églises catholiques, qui ont pour mission de soutenir notre prière, risquent parfois de l’étouffer un peu.
Tout ceci reste bien sûr très relatif. Car en voyant les petits interstices désormais dégagés par ci par là entre mes livres, j’ai constaté que j’avais à nouveau un tout petit peu de place pour accueillir de nouveaux ouvrages – nouvelles publications à acheter ou prochains cadeaux à recevoir… Le dépouillement sera donc non seulement minime, mais provisoire, jusqu’au grand ménage du printemps prochain. Mais si imparfait soit-il, tant qu’il permet de s’ouvrir volontiers au futur, de nous rendre prêt à recevoir ce que demain nous apportera et disponible au don fait par autrui, comme une petite diète qui soigne le désagrément d’un estomac trop plein et renouvèle notre appétit, alors je dis : « Vive le ménage, c’est bon pour les méninges ! »

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p style= »text-align: right; »>Blandine Ayoub

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