L’Amérique  latine à Saint Merry

UMBRAL TEATRO "La que no Fue"
UMBRAL TEATRO
« La que no Fue »

La dernière semaine d’octobre 2014 a été marquée par deux manifestations culturelles latino-américaines à Saint Merry: du théâtre colombien et  la soirée/installation sur le jour des morts au Mexique

 « La que no fue »création collective de la troupe colombienne UMBRAL TEATRO, mise en scène Caroline Vivas Ferreira. Cinq femmes revisitent le passé de leurs ancêtres féminines et parlent de leur condition de femme.

Nous savons les liens qui unissent Jacques Merienne à la Colombie. Aussi Saint Merry a-t-elle accueilli la troupe UMBRAL TEATRO au cours de sa tournée européenne, pour deux représentations en espagnol les 27 et 28 octobre dernier. La metteuse en scène est une ancienne collègue de Jacques et une ancienne professeure de notre ami colombien Miguel Torres. Malheureusement, la non-maîtrise de la langue a été un obstacle majeur pour profiter de ce spectacle de grande qualité. Certains de nos amis de la communauté ont dû expérimenter cette frustration très compréhensible.

Devant une cinquantaine de spectateurs, cinq femmes d’âge et de condition sociale différentes racontent leurs vies à travers les vies de leurs grands-mères et de leurs mères. C’est du « théâtre vérité ». La pièce permet aussi de se donner une idée de la condition de la femme en Colombie.

Quand on a fait du théâtre, on sait bien que le rôle le plus difficile à jouer est son propre rôle, celui que l’on joue dans la vie « pour de vrai ». C’est néanmoins ce que les femmes de Umbral Teatro semblent avoir bien réussi, grâce, sans doute, à un travail personnel renforcé par une forte dynamique du groupe qui leur a permis de dévoiler une bonne partie de leur intimité et de leur histoire familiale. Mais qu’on ne se trompe pas : cela n’a rien à voir avec le pur exhibitionnisme et encore moins avec le « reality show ». Chacune de ces femmes a pu  réaliser une sorte de psychogénéalogie, cette démarche qui préconise de ne pas se contenter de dresser son arbre généalogique, mais d’aller scruter dans l’histoire des ancêtres pour essayer de comprendre certains faits heureux ou malheureux du présent, héritage du passé. Il s’agit également, si besoin, de mettre fin à une chaîne de causalités qui se répètent. La mise en scène d’un passé plus ou moins lointain exorcise le présent. Dans « La que no fue », par une série de scènes courtes, une profusion de personnages et des costumes, nous sommes mis au courant des heures et des malheurs de familles les plus variées de par leur composition. La morale catholique qui marque la société et qui stigmatise les différences apparaît, parfois en toile de fond, parfois au premier plan. Il y a un heureux contraste entre le sérieux du fond – comme le traitement donné à la sexualité – et la souplesse de la forme. On rit souvent de questions tragiques grâce à la mise en scène. C’est une catharsis dionysiaque, une purge des passions partagée avec le public.

Le jour des morts
Un acte culturel mexicain qui ne rime pas avec l’esprit d’engagement  de la maison

Avec la participation d’instances officielles du gouvernement mexicain, ce dernier  événement a donné plutôt sur le côté folklorique : défilé de personnages maquillés, danse, dégustation de plats et boissons typiques… Loin de cet aspect officiel, d’autres manifestations semblables sur le même thème se sont déroulées à Paris et en Provence, sur l’initiative d’associations entièrement indépendantes qui, sans négliger le côté festif, n’ont pas manqué de faire ouvertement allusion à la mort aujourd’hui, telle qu’elle est perçue par les Mexicains, dans un pays où certaines autorités régionales, la police et l’armée sont les alliées du crime organisé. Disparitions, assassinats de militants des droits humains… terreur ! Ce point n’était pas au programme de l’acte culturel à Saint Merry. Y avait-il sa place ? Oui, et comment ! Justement, le mexicain José Guadalupe Posada, ( une sorte de Plantu d’alors et de là-bas) – le créateur de  « la catrina » et de ce genre de dessins humoristiques qui prend le squelette humain comme personnage paradigmatique et qui, depuis, a fait florès -, a largement utilisé la caricature pour faire de la critique sociale et politique à l’époque du dictateur Porfirio Díaz. Néanmoins, c’est un groupe de militants qui a apporté de l’extérieur cette touche politique à la soirée « Jour des Morts » à Saint Merry, troublant quelque peu la fête. Sans doute ces  jeunes ne pouvaient-ils pas concevoir que, dans une manifestation typiquement mexicaine autour de la mort, on puisse faire abstraction des événements tragiques que le Mexique vit actuellement, et se contenter de faire la fête.

Certes, on n’a pas « profané le temple » faisant une fête à l’intérieur de l’église. Cela nous arrive de le faire nous aussi. Si profanation il y a, elle est d’un autre ordre : c’est peut-être le fait de passer sous silence que, par ailleurs, dans le même pays dont on exalte un aspect de la culture, on massacre  l’humain, enceinte du sacré.

Il est vrai qu’en France ce qui se passe en Amérique Latine revêt une importance « relative », et il est vrai aussi que ce n’était pas Saint-Merry qui organisait l’événement Mais cela ne rime pas avec l’esprit d’engagement de la maison. En effet, les liens entre la  communauté et ledit continent ont été forts dans le passé, notamment lors des périodes sombres des dictatures militaires.
A l’époque, les réfugiés politiques avaient trouvé un accueil fraternel. Rappelons qu’en 2013, lors de la commémoration du 40ème anniversaire du coup d’Etat de Pinochet, les Chiliens de France ont donné une sorte de « légion d’honneur » à Saint Merry en signe de reconnaissance. Et puis, comment oublier que la communauté a vu passer quelques-uns des apôtres de la théologie de la libération comme Dom Elder Camara ou Mons Romero, qui ont choisi Saint Merry pour venir porter leur message d’engagement pour la justice sans laquelle il ne peut y avoir de paix.

L’aspect politique fait partie de l’esprit de Sant Merry. Le silence en la matière a une odeur pour le moins d’indifférence, d’inconscience… Et les innombrables crimes dans lesquels l’Etat mexicain est directement ou indirectement impliqué, par complicité, par négligence ou par incompétence, on ne saurait les noyer dans le folklore et dans la tequila.

Gerardo RAMOS

 

 

 

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