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L’ange de l’incertitude

L’été dernier, le musée du Jeu de Paume a consacré une exposition à l’œuvre photographique de Sally Mann. « Je prie que l’ange de l’incertitude vienne me rendre visite quand je travaille » dit cette artiste américaine qui laisse volontairement place aux imperfections techniques à même de révéler sur ses clichés les stigmates de l’histoire et du temps. On aura reconnu une référence à Marcel Proust : le narrateur, alors enfant, se réjouit de retrouver au matin « le bon ange de la certitude » qui vient dissiper les visions qui l’avaient assailli durant la nuit.

Mon tempérament rationnel, ma culture catholique, mon métier de professeur m’inclineraient à solliciter l’ange de la certitude pour qu’il m’indique les chemins du Vrai, du Beau, du Bien. Aussi cet ange de l’incertitude m’a-t-il intéressée, bousculée peut-être. Et je me suis souvenue qu’Edgar Morin propose d’enseigner l’incertitude de la connaissance, du réel, de l’action, car alors « l’inespéré devient possible ». Que Marion Muller-Colard invite à rompre avec un Dieu « garant de notre sécurité », car le « christianisme s’inaugure dans la fragilité et l’incertitude […] d’un nouveau-né ».

Et toi, l’ange sculpté en bois qui se dresse en haut de la chaire dans la nef de Saint-Merry ? Es-tu l’ange de la certitude qui annonce la Bonne Nouvelle et inspire la parole du prédicateur ? Ou l’ange de l’incertitude qui laisse l’in-entendu, l’in-ouï de Dieu se révéler à une assemblée qui cherche, écoute, accueille l’Esprit « dont nul ne sait ni d’où il vient, ni où il va » ?

Marie-Joséphine Gareton

Billet du dimanche 9 février 2020

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