Beatus de Liébana, Commentaire de l'Apocalypse, codex de Fernando I y Dña. Sancha (1047), f. 270, Biblioteca Digital Hispánica, Madrid (détail)

L’apocalypse qui vient

Qu’est-ce que l’Esprit dit à l’Église en ce temps de pandémie ? Quelle est la véritable révélation du moment que nous vivons ? « Annoncez le Jubilé universel du repos de toutes les créatures, le pardon des dettes. Ne vous trompez pas. Cette pandémie n’est pas le châtiment d’un Dieu Suprême », répond le théologien espagnol José Arregi dans ce texte qui a la saveur et la force de la prophétie.

Covid-19. Une véritable apocalypse, la plus grande jamais connue par l’Homo Sapiens pendant ses 300 000 ans d’histoire. Je dis « la plus grande » parce que nous n’avons jamais été autant et parce qu’aucun phénomène n’a eu autant d’impact global et médiatique que ce virus submicroscopique, si petit qu’il ne se voit pas aux microscopes.

Mais quand je dis « apocalypse » je ne l’entends pas au sens commun de cataclysme, mais au sens propre du terme grec : « révélation ». « L’apocalyptique » est une disposition spirituelle et un genre littéraire qui furent en vogue parmi les juifs et les chrétiens à une époque violente et critique (IVème s. avant JC – IIème s. après JC). Son meilleur représentant est le dernier livre de la Bible chrétienne appelé Apocalypse, œuvre fascinante d’un prophète chrétien mystique et subversif, écrivain génial, pendant la cruelle persécution de l’empereur Domitien, à la fin du I er siècle. Il ouvre les yeux et voit dans la tragédie des signes révélateurs de la libération. Et il appelle à l’espérance, une espérance patiente et active, rebelle et pacifique.

Beatus de Liébana, Commentaire de l’Apocalypse, codex de Fernando I y Dña. Sancha (1047), f. 270, Biblioteca Digital Hispánica, Madrid

Je regarde et j’ouvre mes oreilles et, du fond de ce panorama désolant, me parviennent les échos de trois messages : un général et deux particuliers.

L’ange du Bien parle à tous les habitants de la Terre, aux derniers d’abord, et il leur dit : Personne ne sait, ni moi, ce qu’il sera de vous, de votre pays et de l’humanité entière dans quelques mois. Entrez en vous-même et assumez, affrontez l’incertitude humblement et sereinement. Dans votre confinement, plus isolés et en communion plus profonde que jamais avec toute l’humanité, maintenez le calme, respirez en paix. Apprenez à être heureux avec moins. Et prenez soin de vous. Aussi fragiles que vous êtes, vous sentez, quoi qu’il arrive, le soin personnel et mutuel, le soin de la Terre, seul le soin vous sauvera.

Photo by Tedward Quinn on Unsplash

Et écoutez : « le moment décisif est à nos portes ». Dans la pandémie se révèle le salut. Les mots le disent : virus, en latin, signifie « venin », et dans le venin se trouve l’antidote. Virus, signifie aussi « jus ». Vous pouvez transformer le jus venimeux en jus salutaire et savoureux de la vie, ou vous pouvez continuer à secréter et à diffuser sur la planète vos propres venins – la peur, la cupidité, la compétition féroce, la précipitation croissante- beaucoup plus nocifs pour la planète, pour les plus pauvres d’abord et à la fin pour tous. Vous pouvez sortir le meilleur et le pire du virus et de vous. Ou bien votre espèce, si merveilleuse et contradictoire, s’effondrera complètement victime de ses émotions destructives, ou bien elle donnera enfin, personnellement et collectivement, un grand saut spirituel vers une conscience profonde, universelle, écologique, et alors elle renaîtra. Disparaître ou renaître est en vos mains, dit à tous l’Ange de la Vie.

Albrecht Dürer, Les quatre cavaliers de l’Apocalypse, gravure, 1498

J’ouvre à nouveau mes oreilles et j’écoute. Jésus parle, le juste condamné, le condamné vainqueur, le crucifié vivant, le Martyr, le Témoin véridique de la Vie et il dit à ses « sept Églises », aux dirigeants d’abord : Annoncez le Jubilé universel du repos de toutes les créatures, le pardon universel des dettes et la communion des biens. Ne vous trompez pas. Ni cette pandémie, ni aucune autre ne dépend d’un Dieu Suprême, ni d’un Satan malin. Annoncez l’espérance et appelez à la responsabilité, pas à la confession des péchés. La faute ne m’importa jamais, mais la guérison. N’organisez pas d’exorcismes, ni de neuvaines à des saints, ni à ma mère, votre mère Marie. Ne vous demandez pas « comment Dieu peut permettre cette pandémie et se taire », ne décrétez pas d’indulgences plénières, ni ne priez en implorant miséricorde comme s’il existait un Dieu qui pourrait répondre à de telles questions et accorder ou refuser la miséricorde selon sa discrétion. La Source de la Miséricorde, l’Esprit de la vie, la Flamme créatrice, habite vos entrailles, au fond de votre cœur, au plus profond de la réalité. Laissez germer et croître, brûler et parler, vivre et recréer une nouvelle humanité.

Je continue à regarder et j’entends. Les « quatre êtres animés » – tous les vivants et le cosmos entier – clamer aux puissants de la Terre : Repentez-vous, reconnaissez votre responsabilité et convertissez-vous pour le bien de tous et votre propre bien. Vous ne nous ferez pas croire qu’un virus est le problème le plus grave. Le problème majeur est votre ambition de pouvoir et de richesse. Regardez son terrible signe : 9 millions de morts de faim par an. Écoutez leur cri : vous possédez le vaccin et vous le gardez. Vous vaincrez le virus, mais vous ne vaincrez pas la Terre que vous êtes et que sont aussi les virus. Vainquez-vous vous-mêmes. Déposez les armes les plus assassines : la peur, la cupidité, le pouvoir. Arrêtez ce rythme de vie asphyxiant au nom du développement. Conformez-vous à la justice, à l’appel de l’humanité et de la communauté des vivants. Votre vieille économie, qui date du Néolithique, de l’exploitation maximum et du gain particulier, tombe qui tombe, vous a tous conduit à l’abîme. C’est l’heure d’une nouvelle Genèse. L’heure de recommencer, de réinventer une autre économie du Bien Commun, solidaire, coopérative et écologique. L’heure d’implanter une nouvelle gouvernance mondiale juste, démocratique, tolérante, respectueuse des différences. Convertissez-vous et la communauté des êtres humains, et celle de tous les vivants vivront, et vous vivrez aussi. Vous ne sauverez la vie qu’ensemble, car elle est une.

Je vois un ciel nouveau et une terre neuve, avec un grand Arc-en-ciel. La voix de l’Esprit résonne du fond de la Terre et du Cosmos infini. N’ayez pas peur. Tous les morts reposent en paix. Vivez en paix. Buvez gratuitement à la source de l’eau de la Vie. Voici que je fais neuves toutes choses. Que la Grâce et la Paix soient avec tous. Viens, Maranatha.

José Arregi

Traduit de l’espagnol par Dominique Pontier

1 commentaire

  • merci du fond du coeur de nous donner ce texte “L’apocalypse qui vient”

    C’est le moment favorable, pour le monde que Jésus a tant aimé… pour nous

    centre pastoral saint Merry appelé à marcher dans cette voie. Notre orient est le

    Christ.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.