L’arme dangereuse de l’amalgame

Ce n’est pas parce que des millions d’enfants meurent dans le monde qu’il faut discréditer la Marche pour la Vie. La réaction de Christian Manuel au Billet de cette semaine.

Je ne peux pas m’empêcher de partager avec la communauté mon grand étonnement à la lecture du billet du 9 février (voir ici). Ce billet m’interpelle tant sur le fond que sur l’articulation des idées. L’auteur place sur le même pied d’égalité trois éléments d’une énumération à la Prévert : d’abord la « Marche pour la vie » : les drames du monde se déroulent à une échelle gigantesque ; mais ce n’est pas une raison pour ne pas agir du mieux possible au niveau de nos trente arpents, c’est ce que répétait Dom Helder Camara qui s’y connaissait ! Ce n’est donc pas parce que des millions d’enfants meurent dans le monde qu’il faut discréditer la Marche pour la Vie, quel que soit le jugement qu’on puisse avoir par ailleurs sur ce mouvement, dont je ne vois pas bien en quoi il vient occulter les millions d’enfants qui meurent dans le monde. Placé sur le même niveau vient ensuite « Jour de colère », amas hétéroclite (qui se veut anonyme) de groupes de tous bords allant de Dieudonné aux bonnets rouges en passant par Civitas, et sans transition aurait dit un célèbre animateur du 20 h jadis, la Manif pour tous, dans son expression du 2 février, dont le commentaire constitue une contre-vérité massive. J’étais à cette manif, je l’ai arpentée largement, des amis sûrs également, j’ai parlé avec les manifestants et je puis vous affirmer que « globalement ce n’était pas la droite qui était là », qu’aucun « support de l’extrême droite » ne s’est fait jour, et que, contrairement à ce que le billet insinue, il n’y a eu aucun heurt avec une police qui était remarquablement absente, même si elle veillait non loin, je présume. Tout ceci pour la forme, mais la forme est importante, car l’amalgame est une arme dangereuse, vous le savez tous. L’opposition qui est ensuite dessinée entre la culture de rejet condamnable et la culture de la rencontre, qui représente le bien, est inductrice de conclusions erronées, comme tous les raccourcis. D’une part parce que s’opposer à ce qu’on considère en conscience comme mal n’est pas un mal, d’autre part parce que s’opposer à ce qu’on considère comme mal n’exclut qu’on participe aussi à la culture de la rencontre. Autrement dit, on peut aller à la manif contre la PMA et la GPA – car c’est bien cela qui a fait descendre les gens dans la rue le 2 février – ET AUSSI se préoccuper des migrants. Donc pas d’anathème voilé, s’il vous plaît ! Pour finir, la suggestion que C. Lagarde intervient à contretemps – par rapport à quoi, d’ailleurs ? – laisse planer un doute sur la nature des oppositions soulignées par l’auteur. Il se lève sans doute un peu avec le dernier paragraphe : tous ceux dont on  a parlé sont des racistes, des xénophobes, des attardés identitaires, qui, dans la vision dualiste, manichéenne soutenant le billet, ne peuvent que s’opposer à la fraternité qui fera reculer toutes formes d’exclusion. Les billets doivent être un lieu de liberté, mais le rôle de l’équipe Billet est de veiller à ce que les messages véhiculés ne prêtent pas à de désastreuses interprétations. On ne peut pas dire n’importe quoi au nom de la liberté d’expression.

Christian Manuel

 

2 Commentaires

  • L’amalgame est un mélange ou un alliage, me semble-t-il.
    Mettre côte à côte deux événements parce qu’ils se vivent à la même période n’est peut être que la tentative de gérer les contradictions générées par notre société.
    Pour tenter de comprendre ce que je vis il m’est bon de vouloir embrasser un maximum d’informations de toutes part et d’en faire un tri en fonction de ce qui me paraît aller dans le sens de la vie.

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