Chapelle Brancacci à Florence ©fc

L’atelier biblique: pardon et réconciliation – Cycle de Joseph

Il faut reconstruire la fraternité en la dépouillant des éléments bâtards, falsifiés, illégitimes (préférences, rivalités) et rétablir la communication, l’assomption du passé et du présent. Pour cela il est indispensable la reconnaissance de la faute et de la culpabilité. Joseph non seulement il ne se venge pas, il pardonne. Mais le pardon exige obligatoirement la reconnaissance la culpabilité. On ne peut pas pardonner à celui qui n’a pas conscience de la faute, de l’injustice commise.

Le cycle de Joseph et ses frères.

Dans le parcours “pardon et réconciliation” le cycle de Joseph joue un rôle capital. Avec ses particularités par rapport au cycle de Jacob, mettant en valeur aussi d’autres paramètres et nuances.

Les aventures de Jacob ne se sont pas terminées. Dans le cycle de Joseph, Jacob va occuper une place clé, mais pas l’unique. Ses préférences pour Joseph, le fils de Rachel, vont créer à nouveau les conditions nécessaires pour provoquer le conflit entre frères. Contrairement au cycle précédant, ce sont ces préférences qui vont déclencher l’action. Tandis que dans le précédent, la priorité d’Esaü était “naturelle”, étant né quelques minutes avant son frère. Ce qui lui donné, malgré tout, la préséance dans l’ordre de l’héritage de la bénédiction. Mais, de toute manière, l’avarice, la prééminence, la recherche du pouvoir vont jouer aussi un rôle essentiel dans le déroulement du récit. Jacob va être floué, trompé par ses propres enfants comme lui avait trompé son propre père. La nourriture, symbole de la vie, va être une fois de plus, le ressort narratif qui va mettre en route le récit et qui va jouer un rôle capital, beaucoup plus important que dans le premier cycle dans tout son développement, face à la mort comme menace (la famine), les songes de Joseph (boulanger et échanson), celui du pharaon (vaches maigres et grasses). Même le songe de Joseph transpire “nourriture” car il s’agit d’épis, de gerbes (Gn 37,7). Autour de ce ressort narratif la menace de mort va conduire à découvrir, à retrouver le frère qui fut l’objet de menaces de mort, du complot et des actions qui avaient pour but de le faire mourir. La menace de mort conduit à découvrir celui qui fut l’objet du désir” de mort des frères. Et par un retournement radical de la situation ce sera lui qui sera capable et compétant pour “distribuer” de la vie à ceux qui ont voulu la lui enlever pour garantir la leur, pour la sauver, face aux prétentions hégémoniques de Joseph.

Les différents épisodes du cycle de Joseph sont d’une richesse narrative et théologique extraordinaire. Mais l’axe essentiel, le fil conducteur à partir duquel tous les éléments prennent du sens est sans aucun doute l’articulation entre fraternité et pardon. C’est à dire il s’agit, ni plus ni moins, de dépeindre, en racontant, en quoi consiste la fraternité authentique. Mieux encore : quelles sont les conditions pour le rétablissement d’une fraternité authentique ; Mieux encore : quelles sont les conditions pour le rétablissement d’une fraternité véritable et authentique, maltraitée, brutalisée, rompue par les ambitions, les intérêts et les mensonges des uns et des autres.

Il faut avoir de la patience quand on lit le cycle de Joseph. Il demande du temps et du rythme. La raison en est très simple. La fraternité et la reconciliation ne s’accouchent pas aux Urgences. Il faut du temps au lecteur pour saisir et comprendre les intentions de Joseph. A quoi joue-t-il?

Que veut-il dire en mettant dans le sac de grain l’argent ou quand il cache la coupe dans le sac justement de Bernjamin? (Gn 42,35;44,11-13). Le lecteur doit reconnaître sa frustration lors de la première rencontré entre les frères (Gn 42,1-24). Le lecteur qui s’identifie normalement avec le personnage “bon” du récit, avec Joseph, attend que celui-ci se dévoile devant ses frères et, en se faisant connaître, triomphe en écrasant, au minimum, la conscience de ceux qui ont voulu l’éliminer. Mais le processus va être beaucoup plus long, progressif et pédagogique. La fraternité et le pardon ne s’imposent pas.

Tous ces va-et-vient, tous ces discours et ces menaces, la rétention de l’un des frères en attendant que les autres reviennent avec le dernier qui manque, n’ont pas d’autre fonction que créer les conditions d’une prise de conscience de la fraternité déchirée et de celle qui doit être construite ou reconstruite, qui reste à faire. Et dans ce jeu que Joseph organise et met en place, tous vont prendre participer et prendre leur place. Jacob devra renoncer à ce qu’il aime le plus, à ce qui lui reste de Rachel, son fils Benjamin et le laisser descendre en Egypte comme l’exige le maître du grain, de la vie, pour que tous les fils puissent manger et, finalement, pour que tous puissent exister. C’est la condition pour sauver le groupe. Et les frères devront faire un long chemin en arrière car leur fraternité, leurs liens fraternels, telle qu’elle subsiste en ce moment et mise en danger par les exigences de Joseph : laisser l’un, amener l’autre, retourner au père sans le petit, déclaré coupable de vol. Déjà lors de la première rencontré commence la longue découverte du passé caché, enfoui et non assumé : “Eux (les frères de Joseph) se disaient : nous sommes en train de payer le crime contre notre frère, quand nous le voyions terrorisé nous supplier et nous ne l’avons pas écouté : c’est pour cela que nous arrive ce malheur” (Gn 42,21). Ils ont parfaitement raison. Ce qu’ils ignorent encore c’est que le “châtiment” va être tout à fait différent de ce qu’ils imaginent. Il ne s’agit pas d’un châtiment conséquence mécanique de la vengeance. Il n’y a pas de vengeance. Il faut reconstruire la fraternité en la dépouillant des éléments bâtards, falsifiés, illégitimes (préférences, rivalités) et rétablir la communication, l’assomption du passé et du présent. Pour cela il est indispensable la reconnaissance de la faute et de la culpabilité. Joseph non seulement il ne se venge pas, il pardonne. Mais le pardon exige obligatoirement la reconnaissance la culpabilité. On ne peut pas pardonner à celui qui n’a pas conscience de la faute, de l’injustice commise. La contrition, telle qu’elle était demandée dans les vieux catéchismes est indispensable. Même s’il est difficile de croire au pardon. Quand Jacob meurt, les frères de Joseph craignent que Joseph profite de la nouvelle situation pour se venger ((Gn 50,15-21). Les paroles de Joseph confirment et réaffirment la trame du récit touchant le véritable pardon.

Le cycle se prolonge et achève les longues réflexions de la Genèse sur la fraternité et le pardon.

Il souligne, de manière explicite la nécessité et incontournable de la reconnaissance, de l’assomption de la faute, c’est-à-dire de la contrition de la repentance en vue de la réception du véritable pardon. La relation de pardon est impossible s’il n’y a pas reconnaissance de la faute pour laquelle on offre le pardon.

Pinochet n’a jamais été en situation, en condition de recevoir, d’accepter le pardon pour des fautes qu’il n’a jamais reconnues.

Les récits de la Genèse ne disent pas tout sur le pardon et la réconciliation. La dimension théologique apparait en filigrane. La réception de ces textes, si humains, si prosaïques, par la communauté croyante comme trace et matrice de la Parole de Dieu, est une preuve qu’elle voit en eux une manière privilégiée de dire ce qu’est, pour le croyant, le pardon et la réconciliation.

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *