Laurence Dorveaux : « Je mets de l’huile dans les rouages de Saint-Merry »

A 57 ans, Laurence Dorveaux est, depuis un peu plus de deux ans, secrétaire de l’église. Originaire du sud-est de la France, elle confie avec simplicité comment ce travail est aussi pour elle une manière de vibrer à l’unisson de la communauté.

D’où es-tu originaire ?

Je viens du Var, de la région de Toulon où j’ai passé mon adolescence. Mais je suis née à Boufarik, en Algérie. Nous sommes partis en famille en 1962. J’avais un an. A un peu plus de vingt ans, mon père nous a emmenées, ma sœur et moi, en Algérie. Ce que je connaissais de ce pays, c’étaient les souvenirs embellis par nos parents et nos grands-parents. J’ai trouvé le pays moins rutilant qu’ils nous l’annonçaient même si c’est très beau. Lors de ce voyage, j’ai vu prendre vie ces lieux qui étaient jusque là de simples noms pour moi. On y est allés au bon moment car Boufarik a été, un peu plus tard, le fief du FIS pendant la guerre des années 1990.

Après le bac, j’ai travaillé pendant un an dans les champs de tulipes dans la région de Hyères où il y a beaucoup d’horticulture. C’était quand même triste d’être jeune à Toulon. Alors, avec des amis, je suis montée à Paris. J’ai habité assez vite rue de la Verrerie et j’ai découvert ainsi la communauté de Saint-Merry.

Quel a été ton parcours professionnel ?

En 1981, quand je suis arrivée à Paris, j’ai été libraire. Ma mère était professeur de lettres classiques. Lire, c’était indispensable chez nous. C’était vraiment le carburant de la famille. J’ai travaillé ensuite dans la diffusion, pour une petite maison d’édition. Je m’occupais des ventes. J’ai appris ensuite que Saint-Merry cherchait une secrétaire. J’ai proposé ma candidature. Et voilà ! Je suis depuis décembre 2016 la secrétaire de la communauté. C’est un gros mi-temps. Je suis présente chaque matin, samedi compris, de 9 h à 13 h. Je m’occupe aussi une après-midi par semaine des fiches de paie et de la saisie comptable. J’aime le côté terre-à-terre, très pratique de mon travail. Je mets, en quelque sorte, de l’huile dans les rouages de la communauté. Je m’occupe des réservations de salles, je fais en sorte que l’église reste ouverte mais ne soit pas encombrée… Cela demande une certaine adaptabilité, de la polyvalence, et surtout la capacité d’anticiper d’éventuels hiatus pour faire en sorte que tout se déroule au mieux.

Qu’est-ce qui te fait vibrer à Saint-Merry ?

J’ai découvert la communauté dès mon arrivée à Paris. Mais j’étais un peu intimidée par la messe de 11h15. J’allais donc à cele de la paroisse. J’ai tout de suite accroché avec le curé de l’époque, Antoine Delzant, très généreux. Les cérémonies étaient belles, très chaleureuses, le quartier très vivant.

Ce que j’aime aujourd’hui encore à Saint-Merry, c’est la diversité des profils des personnes qui parviennent, vaille que vaille, à faire communauté. Celle-ci est animée d’une belle énergie, d’une ouverture. J’aurais sans doute eu plus du mal à travailler dans une communauté plus rigide, moins ouverte. Ici, il n’y a pas de moule. Chacun exprime sa singularité. Personne n’accepte de lâcher ses convictions. La foi telle qu’elle se vit ici est énergique, dynamique et n’hésite pas à se frotter aux questions de l’époque.

Pour l’avenir, je reste confiante. Notre communauté existe depuis si longtemps que je n’ose croire que cela puisse péricliter. Je reçois tant de courriels de demandes de baptêmes, de mariages, me disant : « On a entendu parler de votre église. On n’est pas tout à fait d’accord avec ce qui se passe dans la religion mais chez vous, on a l’impression d’être écoutés, entendus » ! Nous devons garder le cap. Il reste toujours des personnes – peut-être pas majoritaires mais tout de même – qui cherchent une façon ouverte et généreuse de vivre la foi chrétienne.

Propos recueillis par Romain Mazenod

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