Le CPHB est un événement politique

Le CPHB (centre Pastoral les Halles-Beaubourg) serait un événement politique, mais comment ? Ni politique spectacle, ni politique partisane, mais la « politique discrète » des hommes et des femmes qui élaborent le vivre ensemble et qui réparent le monde.

Deux exemples de politique

 Les dernières élections et ses conséquences pour notre pays ont encore contribué à éloigner beaucoup de monde de  la politique . Le spectacle désespérant et ennuyeux des professionnels de la profession politicienne,  n’est jamais à la mesure des enjeux vitaux qu’ils devraient traiter au regard des échos reçus de Syrie, d’Afrique ou d’Ukraine, et de la souffrance de nos compatriotes en période de crise.

rassemblement place Stravinsky

Il y a d’autres « professionnels », les catholiques installés dans une religion privée protégée par la clandestinité paroissiale. Le Cardinal Vingt Trois souhaite qu’ils puissent être débordés par des catholiques « amateurs », plus spontanés et créatifs. Mais les manifs ont montré que cette religion privée devient vite publique et offensive dès qu’est menacé le type de société qu’elle a adopté. Le passage sans transition de l’anonymat tranquille de la messe dominicale au rapport de force exercé dans la rue contre des minorités ni rencontrées ni écoutées, apparaît surréaliste. Il évoque, ou peut-être annonce déjà, le mirage d’un « parti » catholique, serpent de mer de notre histoire, qui rend visible une partie des chrétiens mais divise profondément l’Église. Si le CPHB est un événement politique ce ne doit pas être de cet ordre-là.

 

Ces deux types de politiques nous écœurent tant les polémiques sont stériles, et nous craignons les conflits exacerbés qui peuvent déchainer la violence. D’où la revendication que dans nos rassemblements à Saint-Merry, on laisse « la politique » à la porte, qu’on en soit protégé, qu’on n’en parle même pas ! Il faut entendre cette réticence qui exprime une lassitude, voire un découragement et une blessure. Mais nous devons aussi l’interroger car elle exprime une résignation, un sentiment d’impuissance devant un monde qui bouge trop vite, qu’on ne comprend plus et dont on se sent exclu, surtout en ces temps de crise ! Et enfin elle exprime la crainte d’être manipulé, embrigadé à son corps défendant.

 

Une activité et une présence au monde de nature politique

 

Ce qui se vit à Saint-Merry est d’une autre nature. Je reprends le constat percutant du philosophe Étienne Balibar concernant la situation actuelle: « Le fric a remplacé la bourgeoisie. La désespérance a remplacé la conscience de classe. La nation ne veut pas mourir, mais elle ne sait pas comment vivre. La république laïque est devenue le masque des obsessions sécuritaires et identitaires. La capacité de gouverner a déserté les institutions parlementaires. La France est donc un des principaux candidats en Europe à un épisode autoritaire pour lequel les ambitions sont déjà déclarées, à droite et à gauche, au gouvernement et dans les oppositions. Il faut donc une intense activité dans l’espace public, un échange critique d’informations, d’imagination et d’analyse (Libération 19/02) »

 

Des propositions sont faites à Saint-Merry, nombreuses et variées : des échanges critiques d’informations et d’analyses, en connexion permanente avec la proclamation de la Parole de Dieu dans nos liturgies, mais aussi une activité dans l’espace public, peut-être pas « intense », mais obstinée et humble. L’activité politique consiste à assumer les conflits en les traitant par la délibération, nous y ajoutons la confrontation avec l’Évangile. Les domaines sur lesquels nous intervenons sont de grandes questions pour notre époque. On peut citer l’immigration, le chômage, le logement, les nouvelles formes de familles, l’économie solidaire, le soutien à des communautés du sud. Ce sont des projets et des sujets qui nous provoquent à agir et à réfléchir ensemble, à remettre l’homme debout. À cela on peut ajouter ce qui relève de l’art, qui nous affame et nous nourrit, autre intervention dans le monde et autre priorité du CPHB depuis l’origine, avec une recherche constante de partenaires jeunes ou innovants.

 

 

Un regard et une attitude critique vis-à-vis de l’Église elle-même

 

Cela ne va pas sans entrainer dans la foulée un regard et une attitude critique vis-à-vis de l’Église elle-même, son organisation et sa présence (ou non-présence) au monde, son refus de laisser les femmes prendre la place qu’elles doivent avoir. À tenter de relancer régulièrement dans nos débats internes et avec nos partenaires dans les réseaux auxquels nous participons, les intuitions non encore épanouies de Vatican II.

 

Et enfin, cela se retrouve nécessairement dans notre prière, nourrie des réalités si diverses qui constituent nos vies, et dont nous témoignons les uns aux autres, sans les aseptiser ou les neutraliser, dans un partage de la parole qui est l’affaire de tous. Car la prière est ici d’abord un partage, plein de perles et d’épines, dans la grâce de l’Esprit.

 

Aborder l’actualité de notre société avec le sens du pardon

 

Nous sommes des chrétiens qui ne cachent pas leur bonheur de vivre leur foi ensemble, et qui accueillent des chrétiens blessés qui veulent vivre, des chrétiens étouffés qui veulent respirer, des chrétiens muselés qui veulent s’exprimer, mais aussi des chrétiens en colère qui veulent crier et en découdre. Tout cela nous détruirait si notre communauté n’était un lieu de paix et de liberté. C’est à dire un lieu de réconciliation. Si le CPHB est politique ce doit être parce qu’il aborde l’actualité de notre société avec le sens du pardon. Et s’il est un événement ce doit être parce qu’il agit et s’exprime toujours en prise sur l’actualité, non en donneur de leçons de morale, mais en chercheur de vérité. Chaque parole est inventée pour être immédiatement prononcée, chaque action est liée à l’histoire concrète, en train de se vivre, d’une personne ou d’un groupe, qu’ils soient immigrés, chômeurs, ou communauté éloignées par la géographie mais proches par la solidarité.

 

Si tout cela est vrai, si la politique n’est pas l’agitation stérile dont on nous rebat les oreilles mais le discret labeur des hommes et des femmes qui élaborent le vivre ensemble et réparent le monde pour tous ceux avec qui ils le partagent, et qui trouvent les paroles pour le leur dire à temps et à contre temps, alors n’ayons pas peur des mots, le CPHB est un événement politique qui se renouvelle sans cesse.

Jacques Mérienne

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