« Le Fils de l’homme, qui est-il ? »

Qui est l’homme, Seigneur, pour que tu te soucies de lui ? Et toi, qui es-tu, qui m’appelles et me poursuis ?

24 Août 2014
21ème dimanche du Temps Ordinaire
Année A

 Lectures
1ère lecture : Je te confierai les clefs de la maison de David (Is 22, 19-23)
2ème lecture : Profondeur insondable du mystère du salut (Rm 11, 33-36)
Evangile : « Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux » (Mt 16, 13-20)

Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples : « Le Fils de l’homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes ? »
Ils répondirent : « Pour les uns, il est Jean Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »
Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »

 

 Accueil 

Au nom de l’équipe qui a préparé cette célébration
Je vous souhaite  la bienvenue dans cette église pour notre liturgie dominicale

Il est bon de rappeler que nous sommes réunis au nom du Christ, et qu’ Il est
au milieu de nous. »

C’est donc Lui, Le Fils de l’Homme qui nous accueille  et qui nous donne la parole par une question:
Et vous,  qui dites-vous que je suis ?

Que disons nous de Lui Aujourd’hui ?

 Durant ces échanges  autour des textes, nous nous sommes posés beaucoup de questions
– nous avons constaté que nous sommes  entre deux civilisations,  si nous tenons compte des nombreuses découvertes génétiques et scientifiques récentes et actuelles et qui vont continuer –
Qu’est ce que l’homme ?  Lorsque nous analysons le monde du 21e. siècle  nous nous demandons si L’Homme a  encore une parole aujourd’hui ?

 Dans l’évangile de Mathieu de ce jour, Dieu nous donne la parole …
Nous vous proposons  quelques questions à méditer, au cours et après cette célébration

 –  Dans ce monde en rapide évolution -Comment être des témoins de notre Foi  ?
– Que disons nous en tant qu’Eglise?
– Comment pouvons nous penser et dire l’Eglise  de demain?
– Qu’avons nous à dire sur l’humanité, comment vivre avec l’Evangile et les bouleversements de la science –

Comment je reçois la Vie qui m’est donnée ?  Comment je me reçois de Dieu ?
Nous vous proposons un cheminement, un questionnement,  et non pas des affirmations et des certitudes

Entrons maintenant dans cette célébration par la prière:   SEIGNEUR QUE VEUX TU QUE JE FASSE ?

Marie-Louise Hugon

DSC_0151Matthieu 16, 13-20

Le caractère inaugural de ce passage de l’évangile de Matthieu nous offre plusieurs possibilités de l’aborder, de passer pour chacun de nous d’un moment de vérité à un autre, ouvrant plus grand notre cœur.
On pourrait parler de la fondation de l’Eglise, de l’autorité et de la responsabilité  conférées à l’apôtre Pierre qui habité par l’Esprit déclare Jésus, messie, fils de Dieu.
Notre échange du dernier lundi  s’est attaché davantage  à comprendre la figure du Fils de l’homme, et d’avancer un peu sur le terrain de ce qu’est l’homme d’aujourd’hui ou de ce qu’il est en train de devenir.

Voici quelques unes de nos réflexions et interrogations :

Que Jésus donne la parole, qu’il la suscite pour entendre de l’homme qui il est , qu’il se mette dans la position de recevoir d’un autre les paroles disant qui Il est, est tout à fait saisissant.

Du même coup, ce passage d’évangile nous interroge  sur ce que nous croyons au sujet du Fils de l’homme.

Jésus lui-même emploie cette expression biblique à son sujet,  attirant l’attention sur l’humilité de sa condition humaine qu’il épouse totalement. Une grammaire de l’humain nous est donnée par l’incarnation de Jésus. En effet, par Jésus, fils de l’homme, nous pouvons essayer de comprendre ce qu’est être homme et méditer, et y penser ensemble sans cesse.

Le développement de la modernité nous en fait même une obligation .

Remarquons que Jésus choisit d’interroger ses disciples hors des frontières de son pays. Il les interroge sur ce que disent les hommes, pas seulement ses coreligionnaires mais  n’importe quel homme, au sujet du Fils de l’homme.C’est à dire aussi bien nous les chrétiens que nos contemporains.

Mais nos contemporains ne voient-ils pas Jésus à travers ce dont nous témoignons ? Que disons-nous de l’homme aujourd’hui, comment témoignons-nous par notre manière de vivre notre humanité chacun et ensemble à ST Merry de ce qu’est la vie comme Jésus,  fils de l’homme l’a vécue publiquement ?

En conséquence, qu’est- ce qui nous engage comme disciples de JC dans notre monde, de moins en moins monde commun où chacun aurait la possibilité de vivre humainement ?

Pour beaucoup la vie est menacée et souvent détruite comme nous le voyons chaque jour.

Sur cette question des menaces pesant sur la vie humaine, quelques-uns dans le groupe de préparation ont évoqué, souligné les interrogations que le développement des technosciences suscitent, souvent non sans angoisses, inquiétudes, aussi bien chez des chercheurs dans leur domaine scientifique que parmi nous. Le post-humain, la post humanité, l’homme amélioré, l’homme cybernétisé,  toutes recherches pour prolonger la vie, voire évacuer la mort, sont en route. Mettre au monde de nouveaux êtres fabriqués sur mesure, sur commande, avec des procédures calculées, rationalisées, un risque d’eugénisme en somme, est en train de se développer. Un esprit prométhéen  signerait dans certains domaines tehnoscientifiques un désir de domination pouvant aller jusqu’à l’élimination d’un grand nombre jugé non conforme aux normes nouvelles ou inutile pour l’enrichissement de minorités, ou ne pensant pas selon la ligne du parti quel qu’il soit. Une fin de l’humanité est évoquée par certains.

Entre crainte et fascination devant ces technosciences,  face à l’interrogation concernant l’humain, refusant aussi un certain catastrophisme, quelles ressources spirituelles dont nous vivons,  pouvons-nous partager avec ceux qui nous le demandent, avec ceux qui cherchent et pratiquent leur science et leur savoir dans ces domaines ?

Ne nous reposons pas sur des paroles venues de la hiérarchie, même si certaines sont encourageantes, courageuses et prometteuses d’avenir.

En effet, l’autorité de Pierre et des successeurs ne prend tout son sens que dans une Eglise où grâce à des débats fraternels, chacun d’entre nous s’efforce de penser par lui-même et dire ce qu’il pense.

Car face aux défis posés par des évolutions dans le monde scientifique, véritable rupture dans ce que nous entendons en disant homme, une éthique ne suffit pas ; les questions soulevées relèvent du spirituel. Or notre état de société semble être une sorte de conspiration contre toute vie intérieure.

Alors, la double interrogation de Jésus nous touche de plein fouet. Comme Pierre, prenant la parole à notre tour, la foi reçue et que nous confessons, nous indique  une tâche : notre pratique d’humanité dont le modèle est celle de Jésus nous oblige à entendre les questions venues de certains chercheurs et comprendre les débats tournant autour du futur de l’humanité. Mais aussi, cette même foi en l’humanité ressuscitée et révélée par Jésus nous autorise à garder l’espérance d’une humanité future déjà en germes dans les vicissitudes  du présent et de croire en la promesse du règne à venir.

Marie-Thérèse Joudiou

Le défi  spirituel de la postmodernité.

Jésus est dans la région de Césarée-de-Philippe. Autrement dit, au bout du monde, à l’extrême nord de son pays près du mont Hermon, à l’opposé de Jérusalem. À la frontière d’un autre pays, d’un autre monde.

Mais nous aussi, dans ce XXIe siècle, nous sommes à la frontière entre une civilisation et une autre. Et pas n’importe laquelle. Ce changement de civilisation remet radicalement en question l’identité de l’homme, au point que des philosophes et des sociologues, des psychanalystes et des généticiens, se demandent si l’humanité telle que nous l’avons jusqu’ici défini existe encore. Si, demain, il y aura toujours un « je » qui parle. La science dans ses applications possibles entraîne dès maintenant une déconstruction des repères fondamentaux qui servaient hier à dire la vie, de la naissance à la mort. Les mots comme « mère » ou « père » signant jusqu’ici l’origine d’un être humain ne peuvent plus désigner les nouveaux processus de la conception d’un individu dans les éprouvettes des laboratoires. La recherche progresse si rapidement que de nouveaux prophètes annoncent pour bientôt la mort de la mort, alimentant ainsi les fantasmes de toute-puissance dans un monde sans limites pour un homme sans gravité. Alors qu’aujourd’hui les politiques n’ont que pour seul horizon les prochaines élections, demain, la connexion  entre les nouvelles applications de la science, les impératifs de performances et de rentabilités de l’économie ultra libérale et les virtualités du réseau Internet via le numérique fera exploser  le genre humain. Ce n’est évidemment pas la science qui est en cause, mais son utilisation sans bornes qui conduit à une nouvelle et tragique dictature mondiale. Nous sommes, affirment des scientifiques, au bord de l’abime.

C’est donc à nous, hommes et femmes du XXIe siècle confrontés à un changement radical de perspectives de civilisation, que Jésus s’adresse en nous demandant : « Pour vous, qui suis-je ? » Cette question n’est pas banale ; elle révèle la très grande modernité de la pensée de Jésus en ouvrant un nouveau paradigme pour l’homme et son avenir.

En posant la question « Pour vous, qui suis-je ? », Jésus propose à ses disciples cette autre interrogation : « Pour vous, qu’est-ce qu’être homme ? Quel est son devenir ?» Il libère ainsi l’individu d’un prêt-à-penser en l’autorisant à penser par lui-même, à penser différemment que la foule, à accepter sa subjectivité et sa singularité pour inventer son destin dans son désir d’homme, celui d’être homme, vraiment homme (en tant qu’homme ou femme). Il lève ainsi la culpabilité d’être un dans sa différence, se détachant des autres jusqu’à éventuellement s’opposer à eux et affirmant sa manière d’imaginer la suite de son histoire. Jésus rend donc  l’homme responsable du sens de sa vie.

Mais Jésus révèle par-là même qui est Dieu et qui est l’homme. En invitant l’homme à assumer sa liberté à travers des choix, à la défendre et à l’utiliser pour construire son bonheur, à participer à la création pour le plaisir d’inventer le sens, il dit l’amour de Dieu sans limite et sa confiance en l’homme. Sa Parole révélant le don de Dieu met l’homme debout, lui permettant de dépasser ses conflits internes et ses contradictions, ses peurs et ses haines, pour qu’à son tour, en lui et à travers son projet, le désir de vie l’emporte sur celui de la mort. En communicant l’amour de Dieu qu’il nomme Père, Jésus permet donc aussi à l’homme d’aller jusqu’au bout de sa  responsabilité dans un acte de reconnaissance du don de Dieu.

Enfin, Jésus, en donnant la parole à Pierre et en accueillant sa réponse,  met son interlocuteur dans une position active et non passive, participative et non soumise. L’Eglise est ainsi envoyée dans le monde pour prendre la parole et dire Dieu à tous les hommes et à toutes les femmes selon la réalité de leur vie, dans la langue de leur temps.  Jésus missionne l’Eglise pour engager au cœur de la société le débat sur la vie et l’avenir de l’homme ; elle est la pierre angulaire dans un dialogue nécessaire et vital.

Aujourd’hui, dans cette phase de désymbolisation de la pensée dans laquelle est plongée le XXIe siècle, l’Église doit interpeller  la société pour qu’elle invente de nouveaux repères pour vivre la vie et non la détruire, pour resituer l’homme au centre de cette vie et non le nier, pour inventer le sens de l’humain dans la nouvelle configuration que rend possible la science et, ainsi, réenchanter le monde. Encore une fois, il ne s’agit pas de refuser le progrès, mais, au contraire, de s’en servir pour améliorer le sort de l’homme dans son humanité.  Le chantier est donc immense, à la mesure du danger. Sans la foi en ce Dieu d’amour que nous révèle le Christ au cœur de l’histoire, l’homme se perdra lui-même. Comme le disait déjà Péguy<!–[if !supportFootnotes]–>[1]<!–[endif]–>,  le risque de son autodestruction est réel ; il en a désormais les moyens et, peut-être, inconsciemment, l’envie, dans un délire de toute-puissance, in fine. Plus que jamais, il s’agit d’être, de par notre baptême, des fils de Dieu.

Daniel Duigou

Méditation

Qui est l’homme, Seigneur, pour que tu te soucies de lui ?
Et toi, qui es-tu, qui m’appelles et me poursuis ?

 1-      Tu mets au monde l’amour,
Dont Dieu, l’Origine, nous aime
Tu dis la Vie, le souffle créateur
Et cette certitude de l’amour  donne des ailes
Pour prendre part active à ta création
Et toujours reconnaitre que tu es Dieu
Mais demeure la question  ouverte:
…. Qui es-tu, toi, Dieu, et qui est l’homme ?

2-      Tu es pour nous comme un Père
Qui prend soin de son Peuple,
Solidité et stabilité sont tes attributs
Tu dis la Loi qui lie et délie
En toi la Parole créatrice qui habite l’homme
Comme un ferment pour le faire grandir
Avec toujours cette question  au cœur:
…. Qui es-tu, toi, Dieu, et qui est l’homme ?

3-      Tu nous donnes la Parole
Et ainsi, notre identité d’Homme :
Appelé à la liberté, à penser par nous-mêmes,
A inventer le sens et notre avenir d’Homme.
Tu suscites de nous une Parole, libératrice et engagée
Dans le monde, pour témoigner de l’Homme humain
Gardant au cœur la brèche ouverte :
.…. Qui es-tu, toi, Dieu, et qui est l’homme ?

Bernadette Capit

 

 

 

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