Le flux

Nous, membres de la communauté du CPHB, aimons beaucoup nous retrouver, nous reconnaître, nous rassembler, nous appeler par nos prénoms, échanger des nouvelles et monter des projets. C’est le premier quart d’heure… et puis le moment du « forum », après la cérémonie, sous « nos » belles voûtes.
La communauté est aussi très ouverte sur le monde, les manifestations en sont nombreuses.
Quand j’arrive pour la messe, je viens toujours m’asseoir vers les mêmes places, au bord du carré, face à l’orgue, et à la grande porte d’entrée de la rue Saint-Martin. C’est l’orientation que j’aime, je m’y sens bien. La lumière est belle.
J’essaye d’entrer dans la prière, de me rassembler. L’autre jour, un événement, une surprise m’ont tiré de mon attention au cours de la célébration. Un retardataire, un touriste… a laissé la disgracieuse et provisoire porte grise entrouverte. J’ai ressenti une impression merveilleuse, je me suis surpris à espérer intensément, d’une façon presque superstitieuse, que personne ne la refermât, ou pas tout de suite.
Notre prière, nos paroles, nos textes s’échappaient ainsi vers le monde, vers les taches lumineuses et mouvantes, imprécises du flux des vivants marchant dans la rue, de toutes les couleurs. Le discours perdait toute autorité et communautarisme pour fuir et se disperser universellement. Et, en retour tous ces passants pouvaient entrer, à leur manière entraient, sans pénétrer même, et nous rejoignaient… Cette grande fente de lumière, rupture à l’ordre de la porte close, ne m’a ni déconcentré ni distrait. Elle a donné une autre dimension au mystère que je vivais.
La messe les portes de l’église ouvertes, qu’en pensez-vous ?

Raphaël  de Villers
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2 Comments

  • Portes ouvertes : Récemment lors d’un hommage au maître Claudio ABADO, les portes de l’église ont été volontairement laissées ouvertes, ce serait la tradition pour les hommages aux grands chefs :
    La place était noire de monde – même de mon canapé… j’ai été saisie par la grandeur de la scène, il faisait froid, c’était le soir, mais la foule communiait dans un grand silence….
    C’était comme l’image d’une parole du maître  » un pianissimo à peine audible peut être aussi brûlant qu’une braise incandescente »….
    Messe « portes ouvertes » peut-être quelques bribes d’un texte pa

  • Raphaël, ce que tu as écrit dans « Flux », je le ressens depuis des mois. Alors OUI j’adhère.

    Un été, d’accueil à ST Merry, j’avais remarqué que le piano était installé assez prés de la grande porte sur la gauche, recouvert de sa robe matelassée, probablement en attente du concert du soir.
    Peu de visiteurs encore vers 16h. Un homme jeune s’approche, soulève doucement la protection, puis le couvercle du clavier, caresses les touches, fait 3 ou 4 notes….je me suis approchée. Il me demande :-« Je peux? ». Je m’entends répondre : »-oui. » Improvisations…Les visiteurs s’approchent, se rapprochent, se rassemblent. Temps suspendu, un vrai moment de partage. Nous étions 30, 40 ? Après une vingtaine de minutes, le pianiste, avec des gestes lents, remet en place couvercle et protection, reprend son sac laissé au sol et me dit :-« Quel bonheur de jouer avec un tel instrument, dans un lieu si beau. Je passe souvent dans la rue , je n’étais jamais entré.

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