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LE JOUR D’AVANT ET LE JOUR D’APRES

Qui ne serait pas frappé par ces coïncidences troublantes ? Au moment où la planète s’apprêtait à fêter le 50e anniversaire de la Journée pour la Terre une pandémie s’est abattue sur elle.

Instituée en 1970, elle était reconnue comme l’événement environnemental  populaire le plus important du monde. De nombreuses initiatives devaient être prises. Confinement oblige, elles ont été annulées. Pourtant, des voix demeurent. Le pape François, dans son audience du 22 avril, a appelé à plus de vigilance en la matière, en prenant notamment soin des plus fragiles de la « maison commune ».  De son côté, le texte de la Commission Ecologie et justice climatique de la Fédération protestante de France, remis au Président de la République lors de l’entretien du 21 avril, est entré plus dans les détails en distinguant un « jour d’avant » et « un jour d’après ».

 Le «  jour d’avant » est celui de l’illusion de l’invulnérabilité, de la puissance, d’une économie hors-sol, déconnectée du climat, sans considérations de la finitude des ressources. Le ton du document est volontiers incisif : « les politiques et nos actes menacent toujours davantage de rendre la Terre inhabitable, en empirant les dérèglements climatiques (…) Les inégalités et les souffrances associées n’ont cessé de se creuser, avec les dérives et les excès de la course au profit ». 

Point n’est besoin d’être perspicace pour s’en rendre compte. La France n’a pas su dépister, isoler et traiter, en raison de ses choix économiques. Le cas le plus emblématique est peut-être celui de l’usine de masques de Plaintel en Côtes d’Armor. Celle-ci a été arrêtée puis délocalisée en 2018. Guy Hascoët, l’ancien secrétaire d’Etat à l’économie sociale et solidaire chargé du dossier estime qu’elle pourrait rouvrir à l’automne. En quelques années, la France a transféré une grande partie de sa production pharmaceutique en Chine. Elle a fermé ses lits d’hôpitaux. La Médecine militaire a été amputée de ses moyens. A plus fort de la crise, les laboratoires vétérinaires et universitaires auront dû attendre souvent un mois avant d’être associés aux tests de dépistage. Ces orientations désastreuses sont désormais connues du grand public. Elles montrent la verticalité et la lourdeur du système français. 

Pourtant, la Fédération protestante veut croire en un « jour d’après ». Elle veut croire que ce qui émerge de positif du confinement deviendra irréversible. Et de nommer ces avancées : l’importance de l’action de l’Etat dans la santé, les relocalisations, les circuits courts, l’intelligence collective, les solidarités citoyennes, tout autant que des transformations écologiques et justes, le tournant vers des mobilités bas-carbones, une rénovation énergétique performante du bâti, un souci de l’agroécologie et de la protection des espaces naturels terrestres et marins, une finance et une fiscalité au service de l’économie réelle.

A vrai dire, ce type de transformation ne parait pas possible sans de grandes mobilisations internationales. En raison du coronavirus, la Cop 26 sur les changements climatiques, qui devait se tenir à Glasgow en novembre, est reportée en 2021. 30000 personnes et 200 chefs d’Etat devaient y participer. Quant à elle, la conférence sur la biodiversité devait  avoir lieu en Chine en octobre 2020. Au moment où les révélations sur la dangerosité des laboratoires de Wuhan sont nombreuses, il convient d’hésiter (Le Monde, 27 avril). Comment parvenir à des progrès significatifs des règles sanitaires communes et sans réforme des institutions internationales, comme l’OMS, alors que celle-ci est de plus en plus aux mains des donateurs privés (La Croix, 26 avril) ? 

Mais l’avenir passe surtout par une transformation profonde de nos modes de vie et de nos modèles sociétaux. Comme le pape François l’affirme « l’interdépendance oblige à penser à un monde unique, à un projet commun ». Ce n’est pas par hasard s’il en a appelé chacun, en particulier les plus jeunes, à « apporter sa petite contribution »… Comment être mieux préparé à affronter l’inconnu si de pareilles voix de sagesse ne sont pas écoutées ? En d’autres termes, si le « business as usual » reprend tout de suite ses droits dès la fin du confinement ?

                       Jean-François Petit

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