« Le mal déteste la lumière »

 

15 mars 2015
4ème Dimanche de Carême (dit de Lætare )
Année B

 

La lumière est venue dans le monde,
et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière,
parce que leurs œuvres étaient mauvaises.
Celui qui fait le mal déteste la lumière :
il ne vient pas à la lumière,
de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ;
mais celui qui fait la vérité vient à la lumière,
pour qu’il soit manifeste
que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. »
(Jn 3, 19-21)

Accueil
« Je nous invite à nous réunir. C’est l’heure.
Nouveaux et personnes de passage à St Merri, soyez les bienvenus.
Habitués et membres de la Communauté, bienvenus.

L'enfer (Tympan Conques) ©fc
L’enfer (Tympan Conques) ©fc

Le mal déteste la lumière. Derrière ces mots, les textes bibliques de ce Dimanche nous invitent à la Réconciliation. ça tombe bien. Après ce beau temps de prière et de réconciliation vendredi à Saint Eustache, aujourd’hui c’est le Dimanche durant lequel la Communauté a décidé de célébrer un temps de Réconciliation à l’approche des fêtes pascales. Nous le vivrons tout à l’heure à la croisée de ce chemin qui va nous mener de ce temps de la Parole à ce temps du Repas.
Le mal déteste la lumière. Derrière ces quelques mots, l’ignorance et la peur d’une part et l’urgence d’une écologie profonde d’autre part, sont les deux thématiques qui ont animé la préparation de cette célébration au travers de la lecture des textes bibliques du jour.
Nous sommes invités à agir selon la Vérité pour venir à la Lumière, à agir aussi pour notre terre, à nous réconcilier avec nous-mêmes, avec les autres, avec notre terre, avec Dieu.

Dominique

Lectures  
1ère lecture : La colère et la miséricorde du Seigneur manifestées par l’exil et la délivrance du peuple (2 Ch 36, 14-16.19-23)
2ème lecture : « Morts par suite des fautes, c’est bien par grâce que vous êtes sauvés » (Ep 2, 4-10)
Evangile : « Dieu a envoyé son Fils pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jn 3, 14-21)

Commentaire

Lumière. Ténèbres. Nous voici dans un nocturne de Caravage ou de La Tour. C’est le temps de la crise, du discernement, du jugement. D’un côté les œuvres du mal, de l’autre celles de la vérité et de la justice. Et au milieu une lumière qui fend le tableau comme une lame. Plus aiguisée qu’une épée à double tranchant. C’est la lumière qui juge et qui nous juge, qui lève le voile de l’opacité, révèle les souillures, les blessures infligées à la terre et aux hommes.
C’est un jugement individuel et collectif.
Individuel. Car il est écrit : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle ». Quiconque, c’est-à-dire « chacun ».
Dans sa traduction de la Bible en allemand, arrivé à ce passage, Luther a eu une hésitation : il a raturé le « quiconque » pour écrire à la place : « Martin Luther… afin que Martin Luther croie en lui… ». C’est donc de chacun, de vous et de moi qu’il s’agit. De Jesús, d’Alain, de Claire, de Martine, de Jacqueline, du Nicodème de l’Évangile.
Je sais que certains de nos amis, pour échapper à l’horrible traumatisme d’une célébration pénitentielle, ont choisi d’aller au temple aujourd’hui. Mais, vous voyez, nous aussi nous pouvons citer Luther.
Le jugement est donc individuel, mais aussi collectif : il concerne nos communautés et nos sociétés, les actions et les structures que nous avons bâties, les injustices de plus en plus criantes, la pauvreté de millions d’hommes et de femmes, les guerres que nous dénonçons… quitte à nous réjouir pour la vente de vingt-quatre Rafales… car « c’est important pour notre économie » et le contribuable français – nous assure le journal télévisé – ne peut qu’être content.
« Le monde », écrivait Thomas Merton, moine trappiste et poète, « est hypnotisé par d’étranges et terribles lumières, les flammes qui jaillissent de la gueule de Leviathan » (et que nous voyons à l’œuvre aujourd’hui en Syrie, en Irak, en Ukraine et ailleurs).
Le Leviathan, nous dit le livre de Job (41, 9-13), « crache par ses naseaux de la fumée comme un chaudron qui bout sur le feu ». « La lumière qui jaillit de la gueule de Leviathan », ajoute Merton, « n’est pas celle de la vérité, mais la flamme de l’aveugle volonté de puissance de l’homme ». « Car l’homme contemporain a perdu conscience de son besoin de vérité : ce qu’il cherche, c’est la puissance. La vérité est faite pour desservir les desseins de sa puissance. Elle n’a aucune valeur si elle n’est pas à son avantage ». Alors elle est truquée, manipulée, maquillée, altérée. Et les lanceurs d’alertes, emprisonnés.
Toute autre est la lumière dont nous parle l’Évangile de Jean : celle du Christ, le Fils de l’homme élevé pour notre salut, comme jadis le serpent de bronze par Moïse. Étrange élévation sur les bras d’une croix. Exaltation paradoxale et rabaissement, anéantissement réels. Car il n’y a aucune volonté de puissance dans la lumière qui jaillit de la Croix. Mais un cri de justice et de miséricorde. Cette miséricorde dont nous parle l’auteur de la Lettre aux Éphésiens et qui, entre parenthèses, sera au centre du Jubilé extraordinaire que le pape François vient de proclamer.
Alors, oui, après avoir pratiqué la justice, nous pourrons reprendre nos cithares et nos harpes, chanter avec les exilés et les déracinés de notre temps un chant non pas de nostalgie, mais d’espérance :
« Si je t’oublie, Jérusalem,
que ma main droite m’oublie !
Je veux que ma langue s’attache à mon palais
si je perds ton souvenir,
si je n’élève Jérusalem
au sommet de ma joie » (Psaume  137, 5-6).

 Pietro Pisarra

Démarche de réconciliation (à la croisée du transept)

Ce n’est pas moi, c’est lui !! Mais…c’est nous !
Nous sommes un collectif, en communauté, nous sommes une communauté. L’eucharistie est à la première personne du pluriel : nous te rendons grâce, notre Père, pardonne-nous…comme nous.
C’est imbibé de cette certitude que le prophète crie à Dieu :
Fais-nous revenir, et nous reviendrons !
Et dans le nous il y a moi. C’est moi et c’est nous.
Et Paul de nous dire : laissez-vous réconcilier avec Dieu par le Christ.
La parole que nous venons d’entendre nous travaille et nous provoque: ta parole devient en moi comme un feu dévorant.
Arrêtons-nous à la croisée des chemins, réconcilions-nous avec nos frères et avec notre Dieu.

Jésus Asurmendi

Nous voici à la croisée des chemins. Un espace où l’on s’arrête, où l’on décide éventuellement de changer de cap, où l’on rencontre l’autre. Un moment pour réfléchir à nos défaillances.
Nous sommes dans un monde de grande violence, de grande peur, faites d’ignorance.  La panique est partout.  Il est temps de penser à  nos propres violences ainsi qu’à celles de notre communauté.
Nos défaillances reconnues, valent par ce qu’on en fait. Elles  peuvent être un tremplin pour retrouver le chemin de la Vie.                                                     Ce que nous te demandons, Seigneur, pour chacun  de nous ainsi que pour la communauté, c’est de réparer  les liens qui auraient pu être rompus, avec Toi et entre nous tous.

            Jacqueline Casaubon

Méditation à la manière d’une prière eucharistique

A tout moment et pour toutes choses remerciez Dieu le Père au nom de notre Seigneur Jésus Christ.
C’est justement ce que nous voulons faire, Dieu notre Père. Mais ce n’est pas évident.
Les conflits sont partout. Les guerres ? Pas moyen de les arrêter. Guerres économiques, espionnages en tout genre, guerres de religions, rivalités entre personnes, attaques cybernétiques. On n’arrête jamais. Les réconciliations ? Longues, pénibles. Les commissions « vérité » ? Le parcours controversé et semé d’embouches.
Et nous entendons…laissez-vous réconcilier avec Dieu car Dieu, c’est-à-dire, toi, Dieu notre Père est riche en miséricorde.
Il n’y a pas un magazine Forbes de la miséricorde. Il n’y a pas une liste mondiale des plus riches en miséricorde. Et pourtant…Tu diffuses ta miséricorde, ton amour, ta grâce, ton pardon.
Nous te remercions, Dieu notre Père, du plus profond de notre être, car ta miséricorde nous rend capables de nous réconcilier avec nous-mêmes, avec Toi et avec nos frères.
Nous te remercions infiniment par Jésus, ton Fils, notre Christ car c’est l’image parfaite de ta miséricorde faite chair. Pour Lui et par lui nous te louons et nous te chantons.

L’icône de ta miséricorde, Jésus est parmi nous, non pas pour nous condamner mais pour que le monde soit sauvé et ait la vie.  Merveille de destin. Mais à quel prix. Il faut que le Fils de  l’homme soit élevé. C’est-à-dire crucifié. Comme élévation on aurait pu  trouver mieux. Et pourtant cette descente aux abîmes, ce dépouillement, cet abaissement lui a valu d’être exalté au-dessus de tout et de tous par ton Esprit. Que ce même Esprit nous le rende présent aujourd’hui encore. Que ce pain et ce vin deviennent les signes visibles de sa présence, de son corps et de son sang.
Et en mémoire de Lui, nous célébrons le mémorial de sa mort et  de sa résurrection et nous attendons pleins d’espérance et de joie son retour.
Réconciliés avec Toi par le Christ, invités à sa table, l’avenir possible et l’horizon ouvert, nous te remercions pour tant de merveilles. Nous te demandons en vue de ce vaste programme, l’aide, la présence de ton Esprit qui renouvelle la face de la terre. Qu’il fasse de tous les invités à ce repas, de tous ceux qui partagent le repas du Seigneur, un seul corps et un seul esprit. Une Eglise, une communauté ouverte à tous, riche en miséricorde, qui réconcilie les hommes et les femmes avec eux-mêmes, avec leurs frères et avec toi, Dieu notre Père. Une Eglise de liberté, de fraternité et d’amour.

Jésus Asurmendi

Ne rentrons pas chez nous comme avant. Nous venons de le chanter. Maintenant il nous reste à le vivre dans notre quotidien. Que ce temps partagé, riche de ce Dieu qui n’est que Miséricorde, nous donne d’avancer dans notre semaine, autrement. Changeons nos cœurs, chassons la peur, vivons en femmes et en hommes nouveaux. Que vive la Vérité de Dieu en nous, et que vive notre terre commune, par nous. Bon dimanche. »

Dominique

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