Le message spirituel de l’émir Abd el-Kader

Dans les mawâqif, Abd el-Kader expose le point central de sa pensée : « Si tu penses et crois ce que croient les diverses communautés – musulmans, chrétiens, juifs, mazdéens, polythéistes et autres –, sache que Dieu est cela et qu’il est autre que cela. Aucune de ses créatures ne l’adore sous tous ses aspects ».

Le samedi 28 mars, le groupe Abû-Nuwâs a réuni 45 personnes à Saint-Merry – autant que pour la Rencontre avec l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP) le 19 octobre dernier – autour de la vie, de l’œuvre et de la spiritualité du grand homme que fut l’émir Abd el-Kader. numérisation0002Une Rencontre brillamment animée par Khaled Roumo, fondateur du Groupe des amitiés islamo-chrétiennes et Slimane Rizki, spécialiste du soufisme et soufi lui-même.

Il serait trop ardu de résumer leurs interventions. Retenons, entre autres, qu’Abd el-Kader, grand défenseur du peuple algérien au début de la colonisation française, après sa reddition en 1847 et ses six ans de captivité en France (malgré la promesse du gouvernement français d’un exil au Proche-Orient), s’établit en 1853 à Istanbul puis à Damas où il approfondit sa recherche spirituelle.

Pendant des années, l’émir enseigna la spiritualité dans la Mosquée des Omeyyades et cet enseignement fut mis par écrit dans un ouvrage récemment publié à Beyrouth sous le titre abrégé « Kitâb el mawâqif » (« Le livre des haltes spirituelles »). Ainsi, hormis les spécialistes, le public intéressé par le message mystique d’Abd el-Kader a dû attendre la fin des années 1980 pour découvrir l’importance et la profondeur du message spirituel qu’Abd el-Kader laissait en héritage à sa communauté et à toute personne concernée par la recherche de Dieu et de la vérité sur l’Etre.

Dans les mawâqif, Abd el-Kader expose le point central de sa pensée : « Si tu penses et crois ce que croient les diverses communautés – musulmans, chrétiens, juifs, mazdéens, polythéistes et autres –, sache que Dieu est cela et qu’il est autre que cela. Aucune de ses créatures ne l’adore sous tous ses aspects ».

Comme le souligne Mgr Henri Teissier, archevêque émérite d’Alger, dans sa préface de l’ouvrage du Dr Hikmet Sari-Ali, cofondateur de l’Union nationale des zaouïas d’Algérie (« Anthologie des Mawâqifs de l’émir Abd el-Kader – le soufi de l’écriture », Thala éditions, Alger, 2013) : « La recherche spirituelle passe par dessus les différentes traditions religieuses ; tout chercheur de Dieu est concerné par la recherche de ses frères en Dieu quelle que soit leur appartenance religieuse. » Slimane Rizki a toutefois précisé que le soufisme s’enracine profondément dans l’exégèse mystique du Coran et qu’il n’est pas une branche dissidente de l’islam : « Le soufisme est le couronnement d’une voie qui commence par l’islam, passe par la foi pour finir dans l’apothéose de la perfection universelle » (Dr Hikmet Sari-Ali).

Rretenons cette imploration à Dieu pleine d’humilité de l’émir Abd el-Kader dans « Les Haltes spirituelles », citée par Khaled Roumo et qui a suscité plusieurs questions de l’auditoire : « Si tu ne me conquiers pas, quelqu’un d’autre va-t-il me conquérir ? »

Aspirant à l’harmonie internationale, Abd el-Kader ambitionnait de diffuser la technologie occidentale en Orient et, en échange, d’éclairer l’Occident par la spiritualité orientale. Signe pour l’humanité toute entière, exemple de la liaison intime – indispensable dans la vie musulmane – entre contemplation et action, Abd el-Kader, qui se voulait un « homme-pont » (murshid) entre les deux mondes, a beaucoup à nous apprendre pour bâtir ensemble un monde meilleur.

Laurent BAUDOIN

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