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Le paradoxe du comédien

Ancien élève du Cours Simon, je reste un mordu de théâtre. Au dernier festival d’Avignon, des amis jouaient le Roman de M. Molière de Boulgakov qui relate la vie du plus célèbre de nos dramaturges. Je me demandais d’où venait la brouille entre l’Église et les comédiens qui obligea la veuve de Molière à faire une requête auprès de l’archevêque de Paris pour que son mari fut enterré et encore de nuit car il n’avait pas signé son acte de renonciation à sa profession de comédien, ce qui aurait dû empêcher son inhumation en terre chrétienne.

Son fondement théologique était que le comédien incarnait la fausseté et le mensonge tout comme la prostituée. Or c’est là que Diderot dans son livre le Paradoxe du comédien s’oppose à Aristote pour lequel jouer une émotion requiert avant tout du comédien qu’il la ressente lui-même afin d’être le plus sincère et juste possible.

Diderot rétorque qu’il existe deux techniques de jeu. La première : « jouer d’âme » qui reprend la tradition d’Aristote, et la seconde « jouer d’intelligence » qui oblige au contraire le comédien à ne rien ressentir lui-même afin de feindre avec la plus grande justesse et objectivité l’émotion concernée. Voilà le délit de fausseté avéré.

Il va de soi qu’aucun comédien ni professeur de théâtre n’exigera autre chose que la sincérité et que le « jeu d’intelligence » est vite passé aux oubliettes. La réconciliation entre l’Église et le théâtre finit par arriver heureusement et d’ailleurs saint Jean-Paul II pratiquait beaucoup le théâtre quand il était séminariste. Tant pis pour Molière !

Xavier F.

Billet du dimanche 30 décembre 2018

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