Le sacre du printemps

Le sacre du printemps

Jean Verrier clôt, avec cette 7ème semaine, son feuilleton « le printemps arlésien ». On associe souvent Arles avec les Alyscamps, peut-être à cause de Paul-Jean Toulet qui écrivit : « En Arles où sont les Aliscans quand l’ombre est rouge sous les roses … »
Les Alyscamps
Les Alyscamps

Jean Verrier clôt, avec cette 7ème semaine, son feuilleton « le printemps arlésien ».

lundi 4  mai.
On associe souvent Arles avec les Alyscamps, peut-être à cause de Paul-Jean Toulet (1867-1920) qui écrivit une de ses « Romances sans musique » intitulée « Dans Arles » qui commence par : « En Arles où sont les Aliscans quand l’ombre est rouge sous les roses … » Certains éditeurs inversent le titre et le début du vers, dans les 2 cas on évite « à Arles ».  La querelle entre ceux qui disent « à Arles » et  ceux qui disent « en Arles» n’est pas apaisée. L’argument de l’hiatus (rencontre des deux voyelles « a ») est tombé : on  dit bien « à Asnières »,  « à Amiens », « à Albi »… Reste le prestige d’un emploi  archaïsant sur le modèle de « en Avignon ». Mais je n’ai encore jamais entendu un Arlésien parler ainsi.  Les Alyscamps, ce sont les  «St Honorat champs élysées » d’Arles, mais sans boutiques, à la sortie de la ville intra muros. C’est une nécropole qui remonte au 4ème siècle, aujourd’hui une grande allée bordée d’arbres et de sarcophages qui aboutit à la belle église Saint-Honorat aux piliers faits de massives colonnes, ouverte à tous. Van Gogh s’est promené aux Alyscamps, il a peint l’allée en automne. Comme en plusieurs endroits de la ville, on y a installé une copie de son tableau. Mais les Alyscamps sont  plus gais au printemps.

 

André Gallice. 1988mardi 5 mai.
Visite à nos amis Éric et Colette dans leur petit village de Niozelles sur la route  de Forcalquier. Colette est la soeur d’André Gallice qui est mort le samedi 11 avril dernier. Il a fait partie avec son épouse Annette d’une des premières équipes pastorales du CPHB où il avait été introduit pas Paul Houdart qu’il avait connu en Algérie. Nous avons longuement évoqué avec Colette sa vie de militant, appris des anecdotes.  Il faisait beau dans le jardin de Niozelles : iris, glycine, rosiers, oliviers, herbes folles. Plusieurs membres de la communauté reconnaîtront son visage, mais tous ne savent peut-être pas qu’il est né en 1924 à Alger, a participé au débarquement en Provence en 1944, a fini la guerre en Allemagne, puis est retourné en Algérie travailler dans la Papeterie de son père. Scout de France, il fréquente les Scouts Musulmans Algériens (SMA) et se fait un réseau d’amitiés. Il épouse Annette en 1948. Tous deux font partie de La Vie Nouvelle. Ils auront 4 enfants en Algérie. Leur maison est grandeLe jardin de Niozelles ouverte, en particulier aux appelés. Ils hébergent aussi des Algériens recherchés par la police. André est arrêté par les parachutistes en mars 1957, on est longtemps sans nouvelles de lui. Il est enfin jugé en  juillet au cours du « procès des libéraux » et des « chrétiens progressistes » et condamné à 5 mois de prison avec sursis. À l’issue du procès ses amis le mettent immédiatement dans un avion pour la France. On le retrouve au Secours catholique à Marseille où il sera chargé de l’accueil des  « rapatriés ». Un cinquième enfant est né en France. Puis il sera cadre commercial au Maroc avant de revenir définitivement en France.  En 1975, Mgr Gilson, évêque auxiliaire de Paris demande à Xavier de Chalendar et à Jean-Claude Thomas, avec l’approbation du cardinal Marty, de créer le Centre Pastoral Halles Beaubourg. C’est là que nous avons rencontré André.

mercredi 6 mai.
La rue de l’Hôtel de ville est étroite et commerçante.  Une des boutiques s’est spécialisée dans la vente de « vrais » savons de Marseille. Leurs parfums sont très variés : lavande, citron, basilic… , mais on trouve aussi un savon parfumé au « mistral », et un autre à l’«ange ». J’hésite.

6 mai. savons ange et mistral


jeudi 7 mai.
Notre voisin François, ancien ferronnier, travaille « seulement quand ça me pète » nous a-t-il confié, dans l’atelier qu’il s’est aménagé au deuxième étage de sa maison,7 mai. FrançoisJPGvis-à-vis de la nôtre, dans l’impasse. Mais il a laissé de plus en plus  souvent sa fenêtre grand ouverte, même la nuit, si  bien que les pigeons sont venus y chercher asile. Alors  il a  entrepris de leur en interdire l’entrée tout en préservant l’air et la lumière, et pour cela il a inventé successivement plusieurs barrières : d’abord un grand carré de toile de la couleur de ses volets, puis des barres de bois, des lanières verticales et un filet de cordages. Ce matin, il veut voir ce qui se passe dans la rue et c’est lui qui semble pris au piège.

La  maison de l'instituteurvendredi 8 mai.
C’est le sacre du printemps à Arles. La vigne vierge que je croyais, il y a un mois, grillée par l’hiver, a entièrement recouvert la maison de l’instituteur, les voitures du parking derrière l’église des Carmes semblent s’abreuver aux buissons de8mai. Pïracanthae piracantha qui moussent blanc jusque dans le ciel, les platanes il y a peu à l’état de squelettes, ont retrouvé toutes leurs feuilles, les micocouliers se sont rejoints d’un bord à l’autre du boulevard Émile Combes et forment de gigantesques parasols, les marronniers ont allumé leurs gros cierges rouges, les chèvres-feuilles et les jasmins escaladent les murs des maisons sur des fils secrets et embaument les rues. Et là-haut les martinets poussent des cris de joie.

 

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Piracanthae8mai.

 

 

 

Les micocouliers8 mai.

samedi 9 mai.
Il y a toutes sortes de galeries à Arles qui ouvrent et ferment leurphBrokingjpgporte  au gré  d’expositions temporaires. Elles se prolongent souvent dans des  caves voûtées séculaires, un peu comme dans le quartier de Saint-Merry. Circa, rue de la Roquette, est de celles-là. Meubles des années 50 au rez-de-chaussée, peintures de Charles Pierre Humbert dans les caves de ce qui fut au XVIIIème siècle un hôtel particulier.  Cent mètres plus loin, rue des Porcelet (sans S, du nom d’une des grandes familles arlésiennes dont l’origine remonte du Moyen-Âge), j’aimais bien la Galerie de poche (l’entrée a 2 mètres de large). Mais ce printemps cela s‘appelle « ph Broking ». On n’y exposera plus que des photos,  et du 7 au 17 mai c’est l’un des lieux d’exposition du 15ème festival européen de la photo de nu.

 

10 mai. Colette et Vang devant le pianodimanche 10 mai.
Colette a invité ses amis pour fêter l’acquisition de son « piano ». Pas un piano pour faire de la musique10mai, mais un piano pour faire de la cuisine, ce piano est une cuisinière rutilante, belle comme un camion. Colette est un cordon bleu, ce que nous avons eu souvent l’occasion d’expérimenter avec reconnaissance.  Colette et Vang se sont connus sur le Rhône, à Avignon, elle venait de Paris et lui venait du Danemark, chacun sur son bateau. C’est peut-être pour cela qu’ils demeurent rue des pilotes, à côté de la rue des matelots et de la rue des douaniers, dans ce quartier de la Roquette qui fut longtemps le quartier des marins, là où l’on transbordait les marchandises venues  de la mer  dans  les bateaux du fleuve, et inversement. Aujourd’hui ils animent avec quelques amis le  Comité d’Intérêt de Quartier de la Roquette qui prépare  les festivités de l’été. Ils ont déjà affiché un appel à la participation à la Nuit de la Roquette pour le 10 juillet prochain. Nous n’y serons pas, nous partons demain, et nous allons aussi manquer « Jazz in Arles », la ferrade organisée par le PC, l’ouverture du Festival de Cannes retransmise en direct aux cinémas Actes Sud, la plongée de la statue des Saintes Maries dans la mer  le 24 mai… Mais nous reviendrons.

 Jean Verrier

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