Michel-Ange. Chapelle Sixtine

« Le Seigneur délie les enchaînés »

8 novembre 2015
32ème dimanche du Temps Ordinaire

 Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor,
et regardait comment la foule y mettait de l’argent.
Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes.
Une pauvre veuve s’avança
et mit deux petites pièces de monnaie.
Jésus appela ses disciples et leur déclara :
« Amen, je vous le dis :
cette pauvre veuve a mis dans le Trésor
plus que tous les autres.
Car tous, ils ont pris sur leur superflu,
mais elle, elle a pris sur son indigence :
elle a mis tout ce qu’elle possédait,
tout ce qu’elle avait pour vivre. »
(Mc 12, 41-44)
Accueil

Bienvenue…
Si nous sommes venus ici pour passer un moment tranquille, c’est raté, nous allons de nouveau nous faire bousculer par les textes du jour ! Et qui plus est, bousculer par des veuves indigentes !
Une fois de plus, avec ces textes, on est dans le paradoxe. Les pharisiens, dont le comportement est exemplaire, sont mis au ban. Il faut dire que ce ne sont pas les paradoxes qui manquent dans la foi chrétienne…
On a déjà appris que « qui veut gagner sa vie la perdra… ». Donc d’entrée, on risque d’avoir tout faux !
Le Christ nous témoigne qu’en donnant sa vie, il a reçu la vie éternelle… Donner sa vie pour recevoir la vie ! Voilà qui est étrange…
Mais ne nous étonnons pas si on a du mal à comprendre : « Vos pensées ne sont pas mes pensées », disait déjà Isaïe…
Par contre essayons de nous ouvrir à cette autre façon de voir et de se comporter…
Dimanche dernier avec les béatitudes, on nous a dit que le bonheur n’est pas là où on le croyait : le bonheur n’est pas chez les riches et les bien portants, mais chez les doux, les miséricordieux, les bienveillants, les artisans de paix, les assoiffés de justice… Il y a bien inversion des valeurs…
Mais la question primordiale demeure : sommes-nous prêts à nous laisser bousculer par les textes du jour ? Ou préférons-nous rester confortablement au chaud dans nos certitudes ?
Au moment d’entrer dans cette célébration, rappelons nous que nous sommes rassemblés par Celui qui nous appelle et nous bouscule, Père, Fils et Saint Esprit !

Michel Bouvard

 Commentaire des textes
Michel-Ange. Chapelle Sixtine
Michel-Ange. Chapelle Sixtine

Il serait tentant de remettre dans un contexte social et ecclésial les textes de la liturgie d’aujourd’hui, quitte à désigner des boucs-émissaires et des bénéficiaires de notre sollicitude
Qui sont les scribes d’aujourd’hui ? Les Monsignore du Vatican qui freinent des quatre fers devant l’ambition réformatrice du pape François ? Mais qu’en est- il des faiseurs d’opinion de la société médiatique qui nous disent ce qu’il faut penser ?
Et qui sont les veuves d’aujourd’hui, c’est-à-dire les catégories sociales fragilisées que nous devrions protéger ? Les sans-abris ?  Les migrants ? Les victimes des atteintes aux droits de l’homme dans tant de pays ? Les réfugiés climatiques ?
Le jeu de nos identifications et de nos émotions passagères risque de nous conduire à des solidarités bien sélectives et la perte du sens des ensembles qu’il est nécessaire de conserver pour une communauté comme la notre
C’est donc plutôt sur la foi confiante, l’ouverture de cœur de la veuve que j’aurais envie d’insister. Ne sommes-nous nous pas en train de constituer des rapports personnels et communautaires différents dès que ces dispositions fondamentales sont au cœur de nos relations ?
Le christianisme a dans l’Antiquité puissamment réinvesti cette question des relations comme lieu de la recherche de l’attitude juste, de la parole juste, du geste juste. Mais le christianisme n’est pas qu’une éthique sociale. Il est une confession de foi en Jésus Christ. Il faut rendre grâce pour tous ceux dans nos communautés qui ont su garder vivante cette tradition d’expression toujours renouvelée de la foi, sans laquelle aucune transmission n’est possible.
Sans doute que l’Evangile nous interroge sur la vérité de nos relations, du souci que nous avons de nous-mêmes, de la façon dont nous gérons le rapport à l’avoir, au pouvoir, au savoir, à un ensemble d’actes que nous qualifions de « chrétiens ». Reconnaitre que nous sommes toujours en recherche de cet ajustement est sans doute un acte salutaire : ce que l’on tient pour vrai pour soi mérite d’être authentifié, attesté, repris et transformé par d’autres.  Nous sommes souvent oublieux que les processus d’affirmation de soi, d’individuation ont souvent été socialement construits par d’autres avant nous pour que nous en soyons bénéficiaires.
L’Evangile de ce jour devrait nous aider à orchestrer nos pratiques, qu’elles soient ecclésiales ou sociales, différemment.
Pour une société sécularisée comme la nôtre, l’Evangile est bien devenu une « pensée du dehors »  capable de susciter une forme de présence paradoxale au monde mais aussi de continuer à réfléchir dans l’Eglise aux conditions de l’expérience chrétienne. N’avons-nous pas nous aussi à réexplorer nos pratiques les plus établies ? N’avons-nous pas à faire attention à nos façons de penser les plus intangibles ? A notre langage et nos symboles les plus codifiés pour les ajuster à ce que croient et cherchent les gens, à ce qu’ils peuvent supporter et ce qui est difficile pour eux, aussi bien en éthique qu’en sacramentaire ou dogmatique même ?
M’étant plongé d’un peu plus près dans l’héritage du Père Xavier de Chalendar, l’un des fondateurs de la communauté, qui fut un « maître » dans l’art de partager la Parole de Dieu, j’ai été surpris par son honnêteté intellectuelle quand il s’interrogeait sur les raisons de ne pas lire l’Evangile (le considérer comme un livre pour les enfants, uniquement pour les « cathos », des petites histoires pieuses ou une Parole sacrée dont on doit se tenir à distance…) mais aussi de sa façon d’attirer notre attention sur les déplacements, les étonnements qu’un texte comme celui-là peut produire. Quel titre j’aurais pu donner à cet épisode ? Et surtout : comment j’aurais eu envie de le continuer ?
Personnellement je pense que cet Evangile nous invite à risquer, chacun de nous, des rencontres inédites et d’abord à renouveler profondément nos représentations constituées. Il nous invite à ce pas chercher hors de notre temps et de notre Eglise – la scène se joue bien dans le Temple – comment faire avancer dans les dimensions de la foi et du partage. Comment Dieu se rend présent aujourd’hui au CPHB ? Comment dialoguons-nous sur nos convictions profondes et non pas seulement sur les actions à mener ? Dans quelles itinérances sommes-nous collectivement conduits sachant qu’aucun de nous n’a la vérité absolue ?
Peut-être devrions-nous plus reconnaître qu’aux adhésions inconditionnelles et aux jugements définitifs, nous devrions préférer des échanges et la recherche de convergence, car après tout bien des choses demeurent de l’ordre du relatif, du provisoire. Quelles sont donc les circulations et les espaces communs que nous créons entre nous ? Quelles intersections permettent des différands, des espaces de sens nouveaux, comme ici la comparaison des scribes et de la veuve…
Quels nœuds, quelles questions de la modernité voulons-nous prendre en charge ? Entre la fascination sans borne et la critique outrancière, la recherche de l’interprétation loyale et bienveillante des points de vue adverses est sans doute un critère essentiel. Eviter les lieux communs, le conformisme de pensée dans l’interrogation du monde ne va jamais de soi. Le sens que nous avons des urgences peut être, malgré notre bonne volonté, très sélectif et ce que nous éliminons consciemment ou inconsciemment réapparait parfois avec plus de force et de gravité.
Dans une communauté, les avis peuvent diverger mais chacun doit pouvoir y trouver son compte car nous ne  sommes pas en quête d’une terre promise mais nous sommes tous en quête d’une oasis pour continuer la route. C’est de nos hospitalités communes que peuvent naitre des solidarités nouvelles.
De fait, il est sans doute plus  facile de dénoncer les scribes modernes, religieux ou non, qui dévorent les biens des veuves qui affectent de prier longuement,  que  de voir quelles sont nos deux piécettes  dans lesquelles nous logeons le plus intime de notre expérience spirituelle que nous voudrions donner en partage à tous dans la communauté.
Et pour tout dire,  l’effondrement de certains pans figés de l’institution ecclésiale et nos propres difficultés à avancer ne doivent pas nous faire peur. Mais, bien au contraire, ils  nous ouvrent à une perspective plus globale, qui comporte une ouverture à l’avenir, aimantée par une dimension spirituelle large. Ils éveillent un désir qui peut élargir notre espace mental et spirituel en rejoignant le plus intime de ce que nous sommes
Dieu est toujours plus grand que les expériences individuelles ou sociales que nous avons de Lui. Alors, oui, être embarqués dans ce voyage-là, cela vaut le coup !

Jean-François Petit

Envoi

Ta parole a évoqué la veuve de Sarepta qui donne ses dernières provisions, la veuve de Jérusalem qui donne ses derniers sous. Elles donnent leur faim, elles donnent leur nécessaire, elles donnent leur vie. Les précaires nous apprennent l’audace de tout risquer.
Ta parole Seigneur évoque aussi le superflu  que se contentent souvent de donner les scribes et les sachants. Ta parole relativise nos propres certitudes, qui sont si peu de choses, et ces certitudes qui nous sont assénées comme des portes qui claquent.
Dîtes : le CPHB, notre communauté de Saint Merry est-ce notre superflu ou notre nécessaire ?
Est-ce notre accessoire, et une manière de nous faire valoir ? Ou bien est-ce notre soif de vivre, notre faim d’espérance, notre besoin d’essentiel ?Nous avons l’occasion d’en débattre aujourd’hui avec notre Assemblée générale qui suivra le repas communautaire. Peut-être ceux qui seraient de passage ou qui ne connaîtraient pas encore nos coutumes s’étonneront-ils.
Oui, dans l’ADN de la communauté, il y a la mission d’inventer un nouvel espace de foi. Oui le CPHB souhaite expérimenter une autre façon de faire église dans le dialogue et dans l’unité. Oui Saint Merry souhaite vivre « l’évangile dans la ville ». Oui, le CPHB tente d’apporter sa pierre à l’expression d’une foi confiante et d’une ouverture du cœur. Oui, le Saint Merry est attaché à la recherche d’une fraternité vécue au nom du baptême. Même si ce n’est pas toujours facile …
Nous allons donc débattre d’un texte d’orientation pastorale pour les années à venir, et vous êtes tous invités.

Jacques Debouverie

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