« Le temple, c’est vous ! »

« Frères, vous êtes la maison que Dieu construit » (1 Co 3, 9b-11.16-17). Le sacré n’est pas dans les pierres, il est dans l’homme qui donne vie aux pierres car c’est lui qui est en vérité le Temple de Dieu.

 

9 novembre 2014DSC_1474P
Fête de laDédicace de la Basilique du Latran
Année A

Lectures
1ère lecture : La source de vie qui jaillit du Temple de Dieu (Ez 47, 1-2.8-9.12).
2ème lecture : Vous êtes le temple que Dieu construit
Evangile : Le corps du Christ, nouveau temple de Dieu (Jn 2, 13-22)

 N’oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous.
Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira ; car le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous.(Paul aux Corinthiens)

Introduction
Chères amies, chers amis,
bienvenue à vous toutes et à vous tous, à vous qui venez de loin pour vous sentir proches, à vous qui venez de près pour découvrir d’autres lointains.
Pour vous accueillir, je ne résiste pas à l’envie de vous lire les premiers vers du poème d’Apollinaire intitulé Le musicien de Saint-Merry. Comme d’autres parmi vous, je l’ai découvert en écoutant l’émission que Sur les docks de France Culture a consacrée à notre communauté – cette émission est toujours podcastable sur le site de la radio et je vous en recommande vivement l’écoute.
J’ai enfin le droit de saluer des êtres que je ne connais pas
Ils passent devant moi et s’accumulent au loin
Tandis que tout ce que j’en vois m’est inconnu
Et leur espoir n’est pas moins fort que le mien
Je me permets de rajouter à ce dernier vers : pas plus que leur foi et leur amour … Car c’est bien notre espoir, notre foi et notre amour qui nous conduisent ici dimanche après dimanche pour faire vivre ensemble les vieilles pierres de notre si belle église et en faire ensemble le temple du Dieu vivant. Ce temple qui n’est jamais fini, toujours à bâtir, toujours à reconstruire avec nous, par nous et en nous.
Comme nous le dit Paul, et c’est cette phrase qui nous a le plus marqué lors de la préparation de cette célébration, celle que vous pouvez lire sur le lutrin :
CE TEMPLE, C’EST VOUS !
Et nous le construisons au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit !

Thomas Scolari

3 textes centrés sur la sainteté du Temple :

Evocation par Ezéchiel du temple de Jérusalem, demeure de l’Eternel, source de vie exprimée par la métaphore de l’eau jaillissant sous le seuil pour vivifier les eaux et les terres – à laquelle fera écho l’eau vive offerte par Jésus à la Samaritaine.

Rappel dans 1Corinthiens de la nature du temple de Dieu : c’est l’homme qui le construit sans fin sur les fondations que constitue Jésus.

Rappel en Jean de la sacralité du Temple souillé par les marchands et du fondement de cette sacralité : le temple c’est Jésus ressuscité.

Quel fil rouge pouvons-nous tirer entre ces textes pour baliser notre propre chemin ?

L’homme a besoin d’un lieu consacré, c’est-à-dire saint, mis à part, où il trouve des conditions favorables à la rencontre de Celui qu’on appelle Dieu. C’est le Temple, présence symbolique de la divinité sur la Terre. Au coeur du Temple, le sanctuaire où l’on ne pénètre pas, demeure de Dieu. C’est aujourd’hui notre église, signe d’une communauté vivante, où l’on trouve la paix, voire Dieu, comme Claudel derrière le pilier de Notre-Dame…DSC_151P2 copie

Mais le sacré n’est pas dans les pierres, il est dans l’homme qui donne vie aux pierres car c’est lui qui est en vérité le Temple de Dieu, nous dit Paul.

Il y a ainsi un courant réciproque permanent selon lequel le besoin d’un lieu sacré, d’une église, fondé sur Jésus, engendre la communauté des croyants, mais cette communauté insuffle la vie au lieu, à notre église, car nous sommes le temple de Dieu, à l’image du temple du Seigneur reconstruit au 3ème jour avec la résurrection.

Tout ce qui vit est le fruit d’une destruction et d’une reconstruction permanente, telles les cellules de notre organisme en perpétuelle régénération. La destruction ne recouvre pas seulement le sens d’un anéantissement, c’est aussi le préalable incontournable à toute reconstruction : il faut démolir, se débarrasser des trafics et des représentations mortes, « chasser les marchands » pour rebâtir sur une fondation qui est Jésus, selon l’invite de Paul. Action permanente qui garantit le maintien de la vie, l’entretien de cette vibration qui nous traverse quand on célèbre ensemble dans la beauté de la musique, quand on communie avec l’autre en profondeur, tel un disciple d’Emmaüs avec ce voyageur anonyme qu’est Jésus.

Le christianisme vit sous le signe de cette contradiction qui veut que la destruction, la disparition, l’absence soit au fondement de la vie de la communauté chrétienne : ce n’est qu’une fois disparu à leurs yeux que les disciples – en plusieurs occasions – comprennent que c’était le Seigneur qui était là, et c’est cette présence-absence qui les galvanise pour aller ensemble de l’avant ! Absence de la destruction du temple, présence de sa reconstruction au cœur de chacun…

Christian Manuel

La Fête de la Dédicace de la basilique Saint Jean de Latran rappelle que notre liturgie est romaine parce que le siège de notre église est à Rome. Les apôtres fondateurs (disons Pierre et Paul) l’ont voulue ainsi pour la rendre universelle. Déroulons le sens et l’histoire qu’évoque une telle célébration, pour en venir à ce que nous construisons nous-mêmes aujourd’hui.

1- Rappelons-nous d’abord que les premières communautés chrétiennes n’avaient pas de lieu propre. Quand elles furent acceptées dans l’empire Romain elles purent utiliser les « basiliques », qui n’étaient pas des temples mais des halles communes, édifice public, tribunal, marcher, enceinte sportive, salle de fête (Que beaucoup d’églises inoccupées redeviennent aujourd’hui des « salle des fêtes » montre peut-être qu’une boucle est en train de se boucler…). Il faudra attendre un siècle ou deux pour que, ce qui était devenue entre temps « la chrétienté », construise ce qui sera des églises. La construction des églises et des cathédrales va prendre du sens, elle va exprimer l’édification du « peuple de Dieu », toujours en mouvement, qui se rassemble pour se tourner vers le ciel. (Et aussi peu à peu exprimer en même temps la puissance des élites et la richesse des constructeurs… C’est une autre question).
Ce sens et ce mouvement, les textes que nous venons de lire les expriment fortement. Dans Ézéchiel (Ez47/1-9) le temple nouveau est un organisme vivant et divin, une source qui redonne vie à la mer et à la terre, une nouvelle Genèse. Saint Paul (1Co3/9-11,16-17) affirme que l’Église qu’il construit de communauté en communauté, repose tout entière sur le Christ, comme une maison sur ces fondations.
Dans notre groupe de préparation de cette messe, Christian voyait dans l’Évangile de Jean (Jn2/13-22), les marchands chassés du Temple, que « tout ce qui vit est le fruit d’une destruction et d’une reconstruction permanente, telles les cellules de notre organisme en perpétuelle régénération. La destruction ne recouvre pas un anéantissement, c’est le préalable incontournable à toute reconstruction : il faut démolir, se débarrasser des trafics et des représentations mortes, « chasser les marchands » pour rebâtir sur une fondation qui est Jésus, selon l’invite de Paul. Une action permanente qui garantit le maintien de la vie, l’entretien de cette vibration qui nous traverse quand on célèbre ensemble dans la beauté de la musique, quand on communie avec l’ami, l’autre, en profondeur, tel un disciple d’Emmaüs avec ce voyageur anonyme qu’est Jésus. »

 Je vois pour ma part dans le geste de l’architecte la reprise de l’énergie qui fait qu’un groupe humain devient une communauté, et au-delà, devient un peuple. Il y a « construction ». Ce n’est pas seulement l’assemblage d’éléments dispersés (à commencer par les pierres), mais avec ces éléments distincts, la création d’une unité, une unité qui est habitable, une unité qui fait sens parce qu’elle parle des hommes et des femmes qui la fréquentent. La construction d’une église évoque, représente et même réalise souvent, la construction d’une communauté, voire d’un peuple. Restons sur ce sens profond de notre célébration.

2-Un peuple ne se constitue pas naturellement. Il se constitue et s’exprime parce qu’à l’occasion d’un événement il découvre ce que sont, entre ses membres, les liens de solidarité, les liens qui humanisent les uns et les autres, les uns par les autres. Cet événement constitutif peut être la découverte d’un manque qui comme en négatif exprime un bien partagé par tous.
Aujourd’hui cela me renvoie à ce qui se passe partout dans le monde, ici où là, depuis quelques années. Un homme meurt et un pays se soulève. (Je pense par exemple à Mohamed Bouaziz, en Tunisie à Sidi Bouzid). Son nom devient le nom propre de l’anonymat général, de la commune humiliation, de l’oppression et de la dépossession des biens du peuple par une oligarchie corrompue. Ceux qui ne sont rien seuls, découvrent qu’ils sont quelqu’un ensemble.
Il y a eu depuis quelques années de nombreux soulèvements à travers le monde.
Ce mouvement on peut le faire partir d’Argentine en 2001 (pays du Pape François comme par hasard): « ¡ que se vayan todos ! », puis on peut citer, sans respecter la chronologie, les « mouvements des places », les « insurrections des indignés » qui traduisent le cri argentin : « qu’ils dégagent tous ! « , en toutes les langues ! Je n’insiste pas, ceux d’entre nous qui se sentent concernés ont suivi cette actualité, ils connaissent bien ce mouvement profond, ceux que cela choque et agresse, il y en a aussi parmi nous… commencent déjà à s’énerver dès qu’on en parle.
Retenons pourtant que ce n’est pas le peuple qui produit le soulèvement, mais le soulèvement qui produit son peuple, en suscitant une expérience et une conscience commune, un tissus humain (c’est-à-dire un réseau de liens dont certains sont surprenants pour les participants eux-mêmes) en suscitant un langage nouveau (où  un nouvel usage de son propre langage que l’on découvre apte à exprimer des choses dont parlait peu ou jamais). Ce qui est vécu dans ces soulèvements brille d’un éclat tel que ceux qui en font l’expérience se doivent d’y être fidèles et de construire cela même qui faisait défaut à leur vie d’avant.

3- Je pense que c’est ainsi que sont nées les premières communautés chrétiennes, à partir d’une expérience analogue à celles dont nous sommes témoins aujourd’hui, sur des événements, des pertes, parfois traumatisantes, mais fécondes.

Ceux qui ne sont rien avant, ceux qui sont seuls avant, se découvrent quelqu’un ensemble après. Ils se retrouvent liés, et quand le témoignage de certains d’entre eux leur fait découvrir le Christ vivant, ils se découvrent frères.
C’est aussi je pense l’expérience que beaucoup font en entrant dans une église, qui n’est sacrée que parce qu’elle est le lieu de l’hospitalité. Les passants occasionnels peuvent faire l’expérience de se dire « il se pourrait que j’appartienne un peu à ce qui se passe ici ». Les membres de l’accueil, dans notre église saint-Merry, entendent souvent quelque chose de cet ordre.

4- Bien entendu nous ne vivons pas (ou pas encore ?) de tels soulèvements. D’autres dans notre pays le vivent en ce moment, dans le Tarn, jusqu’à y compris l’événement tragique de la mort de l’un d’entre eux. Nous pouvons ou non être solidaires, je le suis pour ma part, mais nous ne pouvons pas détourner notre regard.

5- Mais après tout, ne nous est-il pas proposé à nous, chrétiens de saint-Merry, de nous soulever à notre tour. Je pense au synode.
Huit jours avant que le cardinal ne nous le demande, nous avions déjà constitué ici une commission synodale.  Bravo, mais danger! Pour enterrer une question on crée une commission. Michel qui anime cet atelier est lucide et ne laissera pas faire. Si nous nous réunissons pour discuter de textes et de prétextes, pour faire des compilations d’articles et de bouquins et organiser des débats ronflants, ce sera un enterrement de première classe.
Au contraire nous pouvons nous mobiliser, tous, pour que dans chaque famille, dans chaque couple, une parole vraie puisse émerger. Il est beau de concept de famille tel que l’Église et les « manifs pour tous » le brandissent, mais une famille, un mariage ce n’est pas un concept, ce sont cinq, dix, trente, soixante ans de vie et d’histoire : il s’en passe de choses dans une famille, des choses qui sont loin du modèle imposé, des choses malheureuses ou des choses formidables, mais des choses dont il faudrait parler en vérité.
Et si la commission synode nous poussait à rencontrer et à écouter, en vérité, les homosexuels, les divorcés, les familles monoparentales, les parents se lançant dans le parcours éprouvant et aléatoire de la procréation médicalement assistée, les célibataires (on les oublie souvent ceux-là). – Vous savez, ces gens-là ne sont pas loin, ils sont faciles à trouver, en ce moment ils sont assis à côté de nous…– les rencontrer et les écouter pour découvrir, dans leur cheminements à tous, cheminements humains et spirituels, de quoi renouveler notre propre vision de l’amour et de la fraternité, notre propre vision de la filiation et de l’adoption, et ensemble avec tous, de bénir et de rendre grâce pour ce don de l’esprit.
Alors notre commission synodale aura rempli son rôle, susciter un dialogue qui fasse sortir chacun de l’anonymat sans l’enfermer dans une case, dans un jugement, créer de l’agitation, créer de l’écoute, de la parole, une parole vraie si possible, et faire grandir l’Église dans toutes nos vies.

Jacques Mérienne

Préface

Père,
Ce n’est ni spécialement à Rome, ni spécialement ici que nous devons te prier
Mais, comme le dit Jésus à la Samaritaine, dans notre tête et dans notre cœur
Nous voulons notre église ouverte, libre et stimulante
Nous la voulons combative au service de tout homme
Nous la voulons pugnace au service de la paix
Nous en sommes les bâtisseurs encore aujourd’hui
Sur les fondations des apôtres et de ceux qui nous ont précédés
Mais si tu ne nous envoies pas ton Esprit
En vain peinent les maçons.

Jacques Mérienne

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