« L’Église n’est pas un syndicat ». Le point de vue des protestants

Les différentes églises protestantes s’expriment sur la limite imposée par les Pouvoirs Publics à la célébration des cultes. Et nous partageons largement leur vision : l’Église est une ressource en temps de crise ! [1]

Selon la pasteure Emmanuelle Seyboldt, présidente de l’Église protestante unie de France, « on ne nous a jamais empêchés de faire nos cultes, puisque nous pouvons les faire par visioconférence, sur Skype, etc. Cela n’a pas limité notre liberté de culte, au contraire, cela a fait exploser les initiatives en ligne ! » Et d’admettre toutefois : « Certes, ne pas pouvoir nous retrouver physiquement nous a manqué. Mais qui sommes-nous pour ne pas supporter le manque ? Il était inimaginable pour moi d’aller manifester comme des petits enfants, car l’expérience du manque fait partie de la vie. Il y a des gens qui sont morts, d’autres qui ont perdu leur travail et qui se retrouvent dans la misère. Par respect pour ces gens-là, je ne pourrais pas aller manifester… »

Pour François Clavairoly, « l’Église n’est pas un syndicat qui défendrait des intérêts particuliers ». De plus, « la définition du culte est vécue différemment en protestantisme et en catholicisme ». Le président de la FPF se réfère au mot allemand, Gottesdienst, qui désigne « le service de Dieu pour l’humanité ». Les croyants sont donc dans une posture de « reconnaissance pour l’initiative de salut que Dieu a prise, et cela peut se vivre en dehors d’une église : le chant, la prière, la lecture de la Bible, la louange, tout cela peut se vivre en famille, à la maison, ou tout seul. Le culte, c’est la vie toute entière ! »

Jean-Raymond Stauffacher, président de l’Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques, abonde en son sens. Il était mal à l’aise vis-à-vis des manifestations catholiques. « Les gens priaient face à leur cathédrale, en tournant le dos au monde. C’est tout l’inverse, pour moi, de l’évangélisation. Les protestants ont une posture de vigie, fondue dans le monde pour partager le message de l’Évangile en refusant le communautarisme. Nous sommes au service du monde et pas de nous-mêmes. »

Néanmoins, certains protestants s’inquiètent comme les catholiques pour la liberté de culte. « On peut passer une heure dans un magasin au contact d’autres clients, mais pas dans le cadre d’un culte », regrette Stéphane Rémy. « Nous, les protestants, nous sommes trop gentils, trop dans la diplomatie. »

Le prochain défi pour les protestants sera alors le suivant, selon François Clavairoly : « Outre l’apparition d’un vaccin, que les conséquences économiques, sociales, psychologiques et politiques de la crise ne soient pas désastreuses. Dans ce contexte, il faudra réévaluer la part de la spiritualité dans la construction de la société. L’Église est présente en temps de crise, elle est une ressource ! La dimension spirituelle ne pourra plus être minorée, ignorée. »

[1]  Protestinter, Marie Lefebvre-Billiez / Paris, 25 novembre 2020


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