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LES ÉPIDÉMIES, UN RÉVÉLATEUR DE SOCIÉTÉ ?

Avec la diffusion du coronavirus, ce qui semblait acquis — l’extinction des grandes pandémies — ne l’est plus. Quel regard chrétien sur les conséquences de l’épidémie ? La chronique de Jean-François Petit

Le contexte d’épidémie actuel marque le début d’une profonde remise en cause des fondements, du cadre, des formes de l’existence personnelle et collective. Ce qui semblait acquis — l’extinction des grandes pandémies — ne l’est plus. Dès lors, pour ne pas céder à la panique, un peu de recul s’impose, que cette chronique régulière proposera.  

Les Pères de l’Église ont accueilli sans réserve les catégories de la médecine d’Hippocrate et de Galien. Saint Jean Chrysostome a fait construire beaucoup d’hôpitaux. Depuis saint Luc, qui lui-même était médecin, l’art médical aura été considéré comme un moyen privilégié d’exercer la charité. 

Pour un chrétien, accepter la médecine et ses prescriptions permet, comme ledit saint Basile, de « manifester la gloire de Dieu ». C’est donc sans réserve qu’il se fie aux médecins d’autant plus, qu’eux aussi risquaient d’être emportés par les épidémies. 

Mais selon les Pères de l’Église, la guérison ne devait pas se situer sur un plan purement physiologique, mais aussi psychosomatique et même spirituel : « la tribulation produit la patience, la patience une vertu éprouvée, la vertu éprouvée l’espérance » (Rm, 5, 3-4).

Désormais, la médecine se caractérise par son très haut degré de connaissance scientifique, sa capacité technique, son pouvoir d’organisation sociale. Devenu le « nouveau prêtre des temps modernes » (Michel Foucault, Naissance de la clinique), le médecin ne peut exercer, sans que ses cadres de référence, ses modes d’action soient interrogés. Surtout quand des situations critiques le placent en position de toute-puissance, tenté de guérir les uns, laisser mourir les autres.

Dans l’épisode de la chute de la tour de Siloé, Jésus n’incrimine pas les dix-huit morts, mais plutôt l’inaction de tout Jérusalem (Luc 13,4–5). Dans le cas présent, les choix de santé ne peuvent être laissés à la responsabilité des seuls acteurs du système, mais relèvent de l’ensemble de la société. Dès les années 1970, Ivan Illich, précurseur de l’écologie, avait dénoncé sa dérive prométhéenne (I. Illich, Némésis médicale). Tout n’est pas permis, surtout parce que la vie ne nous appartient pas.

Jean-François Petit

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