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Les EpouxP. Pascale & Damien Peyret. Cyanotype. L’œuvre du dimanche 12 avril

Artiste du jour : Les EpouxP. Pascale & Damien Peyret // Texte du jour : Luc (24, 13-35)

Cyanotype – célébrer la Cène au 24e jour de confinement

Pascale & Damien Peyret, photographes et plasticiens, font œuvres communes, sous leur nom Les EpouxP. Ils abordent de nombreux sujets, répondent aux commandes d’institutions les plus diverses, avec quatre constantes : leur sens du lieu et du moment (cf. la crèche de la Madeleine en 2019), leur très grande culture qui leur  permet de se situer de manière originale et très novatrice dans les traditions , la maîtrise technologique de certains médias, une évidente inspiration dans les projets qu’ils se donnent.

Cyanotype et son sous-titre, Célébrer la Cène au 24e jour de confinement, en sont l’illustration.

Cette œuvre étrange est une toile photographiée produite le jeudi Saint 2020, chez eux, alors qu’ils ne pouvaient se rendre aux offices de Saint-Merry. Elle a été produite par eux seuls avec les moyens à leur disposition, puis poursuivie le Vendredi Saint et, dans la période de silence qu’est le samedi, transmise à Voir et Dire, pour être publiée le dimanche de Pâques. Entre le jeudi, institution de l’Eucharistie, où le pain devient le moyen de faire communauté sans limite de temps, et le dimanche de Pâques, où l’évangile dit des disciples d’Emmaüs fait de la rupture du pain le moment de la reconnaissance du Christ et de la révélation de la résurrection, il y a continuité de sens, comme dans la production de l’œuvre.

Dans son mail accompagnant la transmission de l’œuvre, Pascale Peyret présentait leur démarche à la fois technique, artistique et humaine :

« 11 avril 2020 à 09:56
Deux journées denses, une concentration intense.
Jeudi Saint 24e jour de confinement.
Tout au long de la journée nous avons préparé la table, dressé le couvert : douze assiettes + une, une coupe pleine, puis nous avons offert cette tablée aux rayonnements du soleil, à la fin du jour, nous avons rincé abondamment la nappe à l’eau claire, progressivement l’image est apparue : douze cercles parfaits comme des hosties de part et d’autre d’un cercle lumineux au centre, et face à celui-ci une coupe traversée par la lumière.
Quand tout fut terminé, alors que nous contemplions en silence la grande toile qui séchait à la brise du soir, un voisin que nous ne connaissons pas a écouté le Requiem de Mozart toutes fenêtres ouvertes, bouleversant.
Vendredi Saint 25e jour de confinement :
Nous avons placé la nappe sur la table puis photographié et filmé, Damien est monté sur le toit pour embrasser d’un seul regard la scène, nous avons maintenant beaucoup de « matériel » pour rendre compte. »

Il y a dans le monde de l’art des thématiques qui définissent des genres très précis, dans lesquels les artistes expriment leur expérience et leur vision : les Vanités,  les natures mortes, les paysages, les crèches et les maternités, et bien sûr les Cènes. Ici, l’œuvre séminale qu’est devenue celle de Léonard de Vinci  est très pesante, car à chaque fois qu’un artiste se saisit de ce thème, la question se pose : comment dépasse-t-il ce modèle ? Voir et Dire a élaboré un dossier sur cette question >>>.

Requiem de Mozart à écouter en lisant l’article…

En général, les artistes jouent sur l’identité des personnages, le contexte de la société ou sur le simple nombre (12+1) signifié de mille et une manières.
Les EpouxP, eux, ont eu quatre idées lumineuses : exploiter une vieille technique de leur média (cyanotype inventé en 1842), qui consiste à rendre photosensible un tissu avec un mélange chimique avant de l’exposer aux UV du soleil ; reconstituer une scène en atelier, ici une cène avec des assiettes, couverts et coupe contemporains dont il ne reste que la trace minimale, le blanc et le bleu dynamisant visuellement l’ensemble, et le rendant immédiatement compréhensible ; disposer l’œuvre sur une table comme elle l’était initialement ; produire cette œuvre en un temps symboliquement très dense : le confinement de la semaine sainte et le jeu minimaliste sur le vide, avec des séparations aussi nettes que chez Ellsworth Kelly, rendant évidente une présence, comme dans le tombeau vide ou l’expérience des disciples d’Emmaüs.

Quand il fut à table avec eux,
ayant pris le pain,
il prononça la bénédiction
et, l’ayant rompu,
il le leur donna.
    Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent,
mais il disparut à leurs regards.

Ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » Luc 24 (30-32)

Une œuvre puissante, car elle est extrêment simple et dépouillée, où le signifiant colle au signifié, comme pourrait le dire un Lacanien…

Une œuvre que l’on est impatient de voir installée à Saint-Merry, à la fin du confinement.

Merci aux deux artistes d’avoir réalisé cette installation-photographique dans de telles conditions en réponse à la proposition de dialogue avec Voir et Dire.

Jean Deuzèmes

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